Ma réponse à l’association Jumeaux et plus : petite enfance et santé

J’ai été sollicitée par l’Association Jumeaux et plus, qui agit pour que soient reconnus les spécificités et les besoins des familles comptant des jumeaux, des triplés ou plus : cela me permet de réaffirmer mes engagements en matière de petite enfance et de santé.

Je suis partisane d’une politique publique ambitieuse pour la petite enfance car cela constitue un investissement pour l’avenir. Si je suis élue députée, je défendrai une politique de la petite enfance qui permettra à toutes les familles, qui le souhaitent, d’accéder, pour leur enfant, à un mode d’accueil de qualité et à l’école maternelle, dès 2 ans.

Je le  fais en tant que féministe convaincue car c’est  la première condition pour assurer le droit au travail des femmes mais je le fais aussi avec la volonté de pouvoir offrir à chaque famille le choix de son mode de garde, ce qui n’est plus aujourd’hui le cas pour de nombreuses familles.

En effet, depuis plus de 10 ans, les  mesures et les projets gouvernementaux concernant les modes d’’accueil et l’école maternelle convergent, en dépit des annonces ministérielles, vers une dégradation des dispositifs existants, au détriment des attentes des familles et des besoins fondamentaux des enfants. Cela s’est traduit notamment par :

  • le projet de diminuer la proportion des professionnels les plus qualifiés (éducateurs de jeunes enfants, puéricultrices et auxiliaires de puériculture) dans les établissements et services d’accueil des jeunes enfants (crèches, multi-accueils…) ;
  • l’extension des capacités maximales d’accueil des assistantes maternelles de trois à quatre enfants et la création de regroupements d’assistantes maternelles pouvant accueillir jusqu’à 16 enfants sans aucune règle collective de fonctionnement ;
  • la perte de 68 000 places depuis 2000 pour cette tranche d’âge en école maternelle du fait des suppressions massives de postes d’enseignants.

Tout cela constitue une atteinte inadmissible à la qualité d’accueil des enfants. Cela accentue le coût financier pour les familles de la prise en charge de la petite enfance. D’une façon générale, la situation actuelle prive  plus de la moitié des familles de tout véritable choix, ce qui conduit de nombreuses femmes à adopter une solution contrainte de retrait du marché du travail.

Les familles     accueillant des naissances multiples se voient donc, du fait de cette situation générale, confrontées à une double peine : celle de devoir, comme chacune des familles, se débrouiller face à une politique de l’offre de services de la petite enfance qui organise la pénurie pour mieux satisfaire les appétits privés et le faire, non pas pour un enfant, mais pour plusieurs. Ce qui relève alors du parcours du combattant pour chaque parent peut devenir une mission impossible pour les familles de multiples.

Cette dégradation des conditions d’accueil ou de scolarisation des jeunes enfants est inacceptable mais elle n’est pas inéluctable. L’exigence de qualité pour l’accueil des jeunes enfants est légitime et indispensable pour promouvoir leur développement et leur bien-être et répondre aux attentes de leurs familles. C’est pourquoi, si je suis élue députée, je me battrai pour la reconnaissance de la spécificité des besoins de garde et d’éducation des enfants de moins de 3 ans.

Cela passe par le respect d’un taux d’encadrement d’au moins un adulte pour 5 enfants, qui ne marchent pas, puis d’un pour 8 enfants qui marchent en établissement d’accueil. En maternelle, je me battrais pour la présence d’un enseignant et d’un ATSEM à temps plein pour 15 enfants.

Par mon travail législatif, je ferai en sorte que l’école maternelle ne serve pas de variable d’ajustement et soit, au contraire, dotée des moyens nécessaires pour que chaque famille qui le souhaite puisse scolariser son enfant entre deux et trois ans dans des conditions adaptées à cet âge d’entrée à l’école maternelle.

Je me battrai pour le renforcement et le développement des structures et des dispositifs, publics ou à but non lucratif, pour l’accès aux modes d’accueil et à l’école maternelle des jeunes enfants, en privilégiant la continuité de l’accueil (0-3 ans en établissement d’accueil, 2-6 ans en maternelle).

Si je suis élue députée, je soutiendrai tout au long de ma mandature les lois qui permettront l’abaissement du reste à charge financier pour les familles. Car c’est l’unique moyen d’offrir réellement aux familles le choix du mode d’accueil pour leur(s) enfant(s). Je ne perdrai pas de vue que le combat pour l’égalité entre les familles et entre les sexes passe nécessairement par la gratuité des modes d’accueil. Cela doit être l’objectif de toute politique publique ambitieuse en direction de la petite enfance.

Dans ce cadre général, j’apporterai évidemment un regard singulier sur la situation des familles de jumeaux, triplés ou plus qui sont confrontées à des difficultés spécifiques que vous évoquez dans votre courrier.

Je suis convaincue que les difficultés que les familles de multiples rencontrent ne pourront pas se résoudre dans le cadre d’un marché dérégulé de l’offre de service de la petite enfance mais bien uniquement dans le cadre d’une politique nationale qui fait du droit des femmes et du droit à l’éducation pour chaque enfant les piliers de toute politique de la petite enfance.

Cela passe évidemment par une reconnaissance des difficultés spécifiques liées aux grossesses multiples. Dans la même logique que ce que j’évoque pour la dégradation de l’offre en matière de petite enfance, la dégradation de notre système de santé public accroît les risques encourus par les femmes connaissant une grossesse multiple. Je pense notamment à la fermeture de nombreuses maternités sur notre territoire.

Les grossesses multiples appellent bien sûr des prises en charge particulières, de même qu’on doit porter une attention particulière aux familles de multiples. Mais je suis convaincue que la capacité à apporter des solutions aux problèmes spécifiques, que ces familles rencontrent, passe par une politique publique volontariste de santé et de la petite enfance à l’opposé de ce qui a été fait, pendant plus de dix ans, par les gouvernements de droite successifs. C’est l’insécurité sociale et économique qui crée, dans bien des cas, la fragilité psychologique que vous évoquez dans votre courrier. L’arrivée de plusieurs enfants en même temps, quand on en attendait un seul, est un bouleversement suffisant important pour qu’on n’y ajoute pas les préoccupations d’ordre matériel.

Si je suis élue députée sur la 6ème circonscription du Val-de-Marne, vous pourrez compter sur moi pour faire avancer la reconnaissance de la spécificité de la prise en charge des familles de jumeaux, triplés et plus dans la refonte des politiques publiques de santé et de la petite enfance que je souhaite initier à l’Assemblée nationale et dont je vous ai présenté les grandes lignes.

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