Le PS éliminé de la législative partielle dans le Lot-et-Garonne : la faute de la division à gauche ?!

Au lendemain du premier tour de l’élection législative partielle qui s’est tenue à Villeneuve-sur-Lot (la circonscription de feu Jérôme Cahuzac), je suis estomaquée par les commentaires d’un certain nombre d’analystes et, plus encore, par ceux des responsables socialistes, à commencer par le premier d’entre eux, Harlem Désir, qui attribuent l’élimination du candidat socialiste dès le premier tour à « la division à gauche ».

Ainsi, donc, ce seraient la faute du Front de gauche et d’Europe Ecologie-Les Verts qui, chacun, ont présenté un candidat si « la gauche » n’est pas représentée au 2ème tour, alors même que le candidat socialiste qui, certes, n’était pas le même que l’année dernière (et pour cause !) a perdu plus de 20 points par rapport à l’élection législative de juin 2012.

Faut-il voir dans ces commentaires, de la part du Parti socialiste, une mauvaise foi terrible ou un aveuglement tout aussi terrible ? Il semble en tout cas que la rengaine du vote utile ait vocation à nous être servie sans vergogne et sans limite. Si le Parti socialiste n’est pas présent au 2ème tour, ce n’est pas la faute de ce ministre du Budget qui nous parlait efforts et rigueur et s’en mettait plein les poches depuis des années. Et ce n’est pas la faute non plus, bien sûr, de la politique que le PS mène depuis un an à la tête du pays, entre cadeaux aux grandes entreprises, attaques contre les retraites, hausse continue du chômage.  Non, messieurs-dames, c’est la faute du Front de gauche et d’Europe-Ecologie… j’en reste coite !

Il n’en reste pas moins que les résultats de cette élection partielle sont inquiétants. Pour ce qui concerne le Front de gauche, la progression est insignifiante (un point de plus, avec une participation moins importante). Si la circonscription de Villeneuve-sur-Lot ne représente pas la sociologie du vote français, cela doit quand même nous interroger sur notre capacité à représenter une alternative crédible. Cela questionne également la représentation que les électeurs se font de « la gauche » : tandis que la fracture entre le PS et les autres forces de gauche est de plus en plus nette, la majorité des électeurs ne continuent-ils pas de nous amalgamer dans le même ensemble, cette « gauche » qui continue à former une unité d’histoire et de sens et qui déçoit, désespère… depuis le printemps dernier ?

Cette stagnation du Front de gauche et cet effondrement de la gauche dans son ensemble sont, bien sûr, d’autant plus inquiétants que le Front national en est le grand bénéficiaire. Sur ce point, je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire et je m’avoue assez impuissante. Il m’arrive malheureusement trop souvent, en allumant la radio, d’avoir besoin de quelques secondes pour reconnaître un orateur du Front national, qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Florian Philippot, tant des pans entiers de leurs discours pourraient être tenus par les nôtres. Il nous faut encore beaucoup travailler pour dénoncer cette imposture et la rendre visible.

Pour ne pas finir cet article sur une note trop « brune », j’évoquerai ce sondage dont on a très peu parlé ou, en tout cas, qui n’a été commenté que partiellement. Aux élections européennes de 2014, l’UMP recueillerait 19% des intentions de vote, talonnée par le Front national à 18%. Quant au Parti socialiste, il s’effondrerait à 15%, à jeu égal avec le Front de gauche, lui aussi crédité de 15%. Un sondage reste un sondage et il y a très loin de la coupe aux lèvres… mais là voilà quand même la réponse que je veux adresser à la rengaine du vote utile.

Gagner le combat de la crédibilité et de l’utilité, je ne doute pas que cette question aura animé les Assises pour une refondation sociale et démocratique qui se sont tenues ce dimanche, à Montreuil, et qui réunissaient un spectre très large d’organisations vraiment de gauche.

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