Caricatures de Mahomet : une partie de la gauche a un problème avec les musulman-e-s !

La liberté d’expression est un droit inaliénable et un droit qui ne s’use que si on ne s’en sert pas. Il faut rappeler cela autant de fois que nécessaire. Et je le ferai, sans doute comme beaucoup d’autres, si les différentes plaintes déposées contre Charlie Hebdo, pour les caricatures de Mahomet qu’il a publiées ce mercredi, devaient entraîner des poursuites à son encontre.

Une fois dit cela, cela n’empêche pas d’avoir un avis sur ces caricatures. Je ne partage pas les cris d’orfraie, entendus dans les médias, sur les dangers que la publication de ces dessins ferait encourir aux Français installés à l’étranger. Ce n’est pas que le sort de mes compatriotes expatriés m’indiffère mais je pense que les fanatiques de tout bord trouvent toujours de bonnes raisons pour justifier leurs actes. Et c’est justement quand on commence à agir (ou à ne pas agir) en fonction de leurs réactions qu’on abdique la démocratie.

Ce qu’on dit moins, c’est que l’ampleur des manifestations dans le monde arabe et musulman, ces jours-ci, est inversement proportionnelle au relais qu’on leur donne dans les médias occidentaux. N’en déplaise à certains, les « Arabes », les « musulmans » ne sont pas ces sauvages, prêts à s’enflammer à la moindre caricature du Prophète. Il y avait 200 personnes, ce jeudi matin, qui manifestaient à Téhéran et, à peine plus, à Islamabad.

Ce qui me pose problème, ce n’est donc pas tant les réactions que suscite la publication des caricatures à l’étranger mais plutôt dans mon propre pays. Pourquoi Charlie Hebdo, un journal qui se réclame de « la gauche plurielle étendue à l’extrême-gauche » (dixit Charb, son directeur), fait-il ses meilleures ventes quand il se paye la tête des musulman s ?

Aussi triste que cela m’apparaisse, il me semble qu’une bonne partie de la gauche, dans notre pays, a encore un sérieux problème à régler avec nos concitoyens de confession musulmane. Pendant combien de temps, encore, ces derniers devront-ils faire la preuve que leur religion est soluble dans la démocratie ?

Quand des catholiques intégristes veulent empêcher, parfois par la violence, la représentation d’une pièce de théâtre mettant en scène le Christ, d’une façon qu’ils jugent déshonorante ou quand ils entravent le fonctionnement normal d’un centre pratiquant l’IVG (Interruption volontaire de grossesse), accuse-t-on le catholicisme d’être contraire à la démocratie ?

A mon avis, c’est ce soupçon permanent pesant sur nos compatriotes de confession musulmane qui les offense, bien plus que le contenu de tel ou tel dessin. Alors oui, Charlie Hebdo peut publier autant de caricatures de Mahomet qu’il le souhaite : c’est la liberté d’expression et c’est tant mieux ainsi. Mais qu’il ne compte pas sur moi pour faire gonfler ses ventes à cette occasion…

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