La victoire au coeur lourd

J’ai vécu hier soir une expérience inédite : la victoire au cœur lourd.

Entre la ville où j’ai grandi et celle où je travaille, toutes deux conquises par la droite, et quelques autres encore emportées par la vague bleue, il y avait donc bien Fontenay la rebelle, avec à sa tête le maire le mieux élu du Val-de-Marne.

Pendant que Jean-François Voguet proclamait les résultats, il me coulait des larmes d’émotions mêlées. Je ressentais, bien sûr, la fierté d’avoir participé à cette belle aventure, déjà décrite dans ces lignes et le soulagement d’avoir gagné, après six mois intenses de campagne.

Mais Fontenay n’est pas un îlot et, comme bien des camarades, je ne pouvais me départir d’une certaine tristesse, d’une inquiétude. Au-delà de ma situation personnelle, je pensais aux Maires communistes battus, à la douzaine de villes tombées aux mains du Front national et au paysage politique dans lequel il nous faudra désormais agir.

 

L’analyse de cette séquence électorale prendra un peu de temps et je ne prétends surtout pas la conduire seule ! Néanmoins, à partir de la situation de Fontenay, je me risque à avancer quelques facteurs d’explication, qui pourront nourrir la réflexion collective.

Il y a tout d’abord la popularité de notre Maire, constatée chaque jour de la campagne. Je sais que certains continuent de lui reprocher une certaine distance. En réalité, sa popularité est d’autant plus solide qu’elle se fonde sur le respect et la confiance qu’inspire un homme intègre et jamais sûr de son fait.

Il y a également cette conception particulière du mandat électif, initiée hier par Louis Bayeurte, poursuivie aujourd’hui par Jean-François Voguet, qui veut que les élu-e-s soient très présents sur le terrain, dans les initiatives municipales ou associatives, dans leurs quartiers respectifs, à la mairie… Nous devons cette disponibilité à nos concitoyens. Mais c’est aussi ce qui nous permet d’être toujours attentifs – et, si possible, réactifs – à ce qui se vit, se dit, s’échange dans la ville. Je crois que cette présence, intense et continue, est mise à notre crédit.

Il faut ajouter que cette présence a d’autant plus de poids que le Maire n’hésite pas à déléguer les responsabilités, dans un cadre collectif de fonctionnement. Ca aide à trouver sa place, à se sentir légitime pour aller dans tel ou tel endroit et, bien sûr, pour prendre des décisions et agir.

 

Pour en venir à des éléments pour une analyse plus globale, il semble acquis que la politique nationale a très fortement pesé dans le vote – et plus que je ne l’avais imaginé. Pour ma part, je pensais le rassemblement possible avec le Parti socialiste, malgré mon opposition à la politique gouvernementale, car je croyais que les choix des électeurs seraient avant tout guidés par des considérations locales. Je reconnais m’être trompée sur ce point. Cela laisse ouvert en entier le chantier de la reconstruction de la gauche.  

Pourquoi, dans ce contexte, les maires communistes ont-ils connu des fortunes si diverses, avec plusieurs pertes lourdes et symboliques en banlieue (Bobigny, Saint-Ouen, Villejuif…) au profit de la droite, que ne compensent pas les victoires à Aubervilliers et Montreuil (déjà à gauche) ?  Sans doute avons-nous bénéficié à Fontenay d’un contexte un peu moins dur qu’ailleurs – contexte qui n’est pas déconnecté, soit dit en passant, des choix politiques qui ont été faits dans cette ville depuis cinquante ans.

En tout cas, dans des villes moins mixtes socialement que la nôtre, plus pauvres également, il semble que les politiques municipales, même frappées du sceau de la solidarité et de la justice sociale, aient plus vite atteint leurs limites. Les réponses, mais aussi les perspectives données,  n’ont pas semblé suffisantes. Là où ce sentiment d’insuffisance aurait pu (aurait dû) aboutir à une démarche de construction et de mobilisation collective avec les équipes municipales en place, les Maires et les équipes sortants, mis en difficulté ou battus, ont été au contraire accusés d’éloignement, de déconnexion…

A Fontenay, sans céder aux promesses faciles (la pression était par exemple forte sur la police municipale), il me semble que nous avons réussi à faire passer le message, évidemment de façon partielle et inachevée, que la réalisation de notre programme ne serait possible qu’avec une mobilisation citoyenne d’ampleur.

C’est à cette mobilisation, alliant luttes sociales et engagement politique, que le Front de gauche doit œuvrer – sans pour autant chercher à l’encadrer, voire à la contenir complètement – s’il veut contribuer à la reconstruction de la gauche, perspective indispensable pour qui rêve encore à des jours « couleur d’orange » !

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