Pourquoi les maisons de naissance ne me semblent pas une bonne idée

Ces jours-ci, les parlementaires ont à se prononcer sur une proposition de loi, présentée par Muguette Dini, sénatrice UDI, visant à relancer l’expérimentation des maisons de naissance en France.

Les maisons de naissance se veulent une alternative à l’accouchement à l’hôpital, pour mettre au monde son enfant « comme à la maison ». Comprenez : un accouchement qui se passe sans hospitalisation et sans médecin, donc sans péridurale. Seules seront admises les femmes dont la grossesse est normale et sans complication particulière.

La proposition de loi prévoit, en outre, que les maisons de naissance soient situées près d’une maternité, afin de réagir dans les meilleurs délais en cas de problème. En effet, le critère de la grossesse « normale » est un peu trompeur car, comme le soulignent un certain nombre de professionnels, une brusque souffrance fœtale ou un cordon qui se coince ne sont pas prévisibles…

La proposition d’expérimenter les maisons de naissance me laisse assez sceptique. Même si j’entends le souhait de certaines femmes d’accoucher plus naturellement, je ne suis pas sûre que ce soit vraiment à cette aspiration qu’on cherche à répondre avec cette proposition, surtout  quand j’entends les partisans des maisons de naissance brandir l’argument du moindre coût d’un accouchement dans une telle structure (600€ contre 1200€ pour un accouchement à l’hôpital, la belle affaire !).

Je me méfie aussi des discours sur la sur-médicalisation de l’accouchement, tout d’abord parce que cette médicalisation fait encore défaut dans bien des pays du monde, alors que la France a aujourd’hui un taux de mortalité infantile (3,37 enfants pour 1000 naissances) parmi les plus bas du monde.

Je crois que ce n’est pas la médicalisation en elle-même qui pose problème mais la médicalisation sans les moyens humains. Ainsi, Marie-José Keller, présidente du conseil de l’ordre des sages-femmes explique : « Par manque de personnel, on aboutit à une prise en charge technicisée. Quand une sage-femme suit trois ou quatre accouchements, il faut un monitoring et une péridurale pour pouvoir aller de l’un à l’autre. »

A mon avis, plutôt que de développer les maisons de naissance, c’est donc bien ce problème qu’il faut régler : redonner à l’hôpital public en général, et aux maternités en particulier, les moyens d’accueillir les patient-e-s avec humanité, en leur accordant le temps et l’attention nécessaires, au-delà du simple traitement médical. Et, ça, ce n’est pas l’austérité qui va nous y aider…!

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