De la légitimité secondaire des femmes en politique et de la crise démocratique dans notre pays

Il me trotte depuis quelques temps des mots dans la tête, à propos de la place des femmes en politique et de la crise démocratique que traverse notre pays, mélange de mon cheminement personnel et de l’actualité qu’il nous est donné de connaître, ces dernières semaines. Autant profiter du 8 mars pour essayer de les coucher sur la toile…

72 ans après avoir obtenu le droit de vote, 17 ans après la loi sur la parité, les femmes semblent toujours reléguées au rang d’une légitimité secondaire dans l’espace politique. Quand elles arrivent à des postes de responsabilité, on en recherche toujours la raison cachée, celle qui prévaudrait nécessairement sur leurs compétences : de qui sont-elles la fille, l’épouse, la protégée ou la maîtresse ? On se pose rarement la question pour un homme, en tout cas pas en des termes similaires.

En parallèle, les phénomènes de reproduction sociale, de connivence et d’entre-soi pourrissent la vie politique et démocratique de notre pays. Cela doit inviter à la réflexion et à l’exemplarité, quel que soit le niveau auquel on décide de s’engager.

Cela forme un ensemble de questions que je me pose beaucoup pour moi-même.

Les parents s’efforcent de transmettre à leurs enfants une culture, des valeurs, une façon de se conduire dans la vie et avec les autres. Certains font naître la passion d’un métier. Les miens m’ont transmis – avec bien d’autres choses – le sens de l’engagement et de la révolte. Comme eux, je suis devenue militante communiste et, comme mon père, très tôt, j’ai été élue.

Certains amoureux se rencontrent sur les bancs de l’école, au travail, au cours d’une soirée entre ami.e.s. J’ai rencontré celui qui est devenu mon mari et le père de mon fils en menant campagne électorale. Depuis, ce jeune militant associatif dont je suis tombée amoureuse, il y a bientôt dix ans, est devenu Maire de Fontenay.

En politique, j’ai donc d’abord été « la fille de » avant de devenir « la femme de ». Cette propension à me réduire aux liens qui m’unissent à des hommes (mon père, mon mari) n’est ni systématique, ni toujours mal intentionnée. Mais elle est certainement révélatrice de cette « légitimité secondaire », que j’évoquais plus haut, et elle m’est difficile à digérer, comme s’il me fallait toujours me justifier de mes compétences ou de mon parcours.

Mais quels que soient la sincérité et le désintérêt dont je me sens animée, il me revient de prendre en compte le contexte dans lequel se déploie mon engagement. Ne comptant pas abdiquer ma légitimité à exister et à agir par moi-même.il m’a néanmoins semblé préférable de ne pas proposer, cette année, ma candidature pour l’élection législative, alors que j’avais été candidate en 2012. Par cette décision, j’ai souhaité ne pas prêter le flanc à ceux qui pourraient penser que nous gérons la ville « en famille » ou que nous prétendons concentrer les responsabilités dans quelques mains.

Les récentes affaires, en particulier l’affaire Fillon, génèrent de la suspicion et creusent encore le fossé entre la politique et les citoyen.ne.s, poussant légitimement ces derniers à s’interroger sur les intérêts personnels que tirent les hommes et les femmes politiques de l’exercice de leur mandat.

En ces temps troublés, il ne faut surtout pas renoncer à combattre le « tous pourris » car il y a, en France, des milliers d’élu.e.s, de tous bords, qui, dans l’anonymat, donnent de leur temps pour servir sincèrement l’intérêt général. Il faut le combattre également car cet argument du « tous pourris » est d’abord utilisé par ceux qui ne le sont pas moins, mais qui réussissent à se faire une virginité à bon compte.

Pour se régénérer, notre vie politique a besoin d’un profond renouvellement : cela passe par un véritable statut de l’élu.e (facilitant, notamment, le retour à la vie professionnelle et/ou la reconversion après un mandat exercé à temps plein), par le non cumul des mandats (entre eux et avec une limite dans le temps), par de nouvelles mesures de transparence, notamment concernant le financement de la vie politique et les avantages octroyés à certains « grands » élu.e.s (je pense, en particulier, au régime spécial des parlementaires).

Cela passe également par l‘approfondissement de la parité femmes / hommes, qui doit être garantie par la Constitution, mais qui sera réellement rendue possible par les mesures citées ci-avant : en effet, pour faire place à de nouvelles têtes, notamment des femmes, il faut d’abord que ceux qui sont bien installés dans leurs fauteuils laissent de la place et si nous ne les y contraignons pas, nul doute qu’ils ne partiront pas d’eux-mêmes…

C’est le sens de l’engagement pour la 6e République, que portent Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens pour l’élection présidentielle. Puisse la situation actuelle de pourrissement que connaît notre vie politique avoir au moins le mérite de donner à voir l’urgence de porter loin cet engagement pour changer profondément nos institutions démocratiques.

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