En direct du Conseil national du PCF des 24 et 25 septembre

Je partage, ci-dessous, le texte de l’intervention que j’ai prononcée au Conseil national du PCF, ce samedi 24 septembre, qui porte sur la stratégie des communistes pour l’élection présidentielle.
Les interventions que j’ai trouvées les plus intéressantes sont celles qui nous donnent à partager l’état de la réflexion des communistes dans les départements, dans les sections. Pour travailler à l’unité des communistes, à un débat respectueux – nécessité que beaucoup de camarades ont soulignée – il me semble important de faire cet effort. C’est aussi notre rôle de direction nationale.
J’y prends donc ma part, en rendant compte rapidement – trop rapidement – de l’échange entre les communistes de Fontenay, réunis en assemblée de section cette semaine, qui met en lumière les points suivants :
- une difficulté à s’impliquer dans la consultation citoyenne, bien que la démarche soit partagée sur le fond, en raison des défauts intrinsèques du questionnaire (très compliqué) mais surtout du manque de perspectives, qui nous rend mal à l’aise dans la discussion avec les citoyens ;
- le sentiment d’être inaudibles et le besoin de rendre public notre appel au rassemblement ;
- dans le même temps, des interventions qui, majoritairement, invitent à prendre acte de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, sans beaucoup d’enthousiasme mais avec le sentiment que nous ne pouvons plus faire autrement ;
- pour résumer, du désarroi et beaucoup d’attente vis-à-vis de notre Conseil national, pour y voir plus clair rapidement.
Pour ma part, et pour donner ma réflexion dans le débat, je fais partie de ceux qui pensent que le soutien critique à la candidature de Jean-Luc Mélenchon est, désormais, la position la plus réaliste.
Si j’ai été heurtée par certaines des positions de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de proclamer sa candidature et de mener campagne, je dois dire que je suis heurtée également par les propos que certains camarades, en particulier des dirigeants nationaux du Parti, tiennent vis-à-vis de lui, comme s’il était devenu notre principal adversaire politique.
Quelle que soit la décision que nous prendrons, in fine, je crois nécessaire de nous demander pourquoi la candidature de Jean-Luc Mélenchon nous gêne tant :
Certes, il y a ses maladresses, les désaccords que nous pouvons avoir avec lui – qui ne doivent d’ailleurs pas faire oublier tous les points d’accord, dont nous parlons pourtant très peu.
Mais je crois que sa campagne, certaines de ses prises de positions nous heurtent surtout car elles nous renvoient à des questions non réglées chez nous, qui posent la question de notre utilité, de la légitimité de notre action. Je résume ce propos en 3 questions :
1. Comment surmonter la crise politique, celle qui plonge dans le discrédit tous les partis politiques, y compris le nôtre ? Jean-Luc Mélenchon y répond en tentant une campagne hors partis, directement du candidat au peuple : je ne partage pas cette position mais le constat qui y conduit m’interroge et me parle. Nous pouvons, nous devons continuer de penser qu’une organisation politique est nécessaire pour mener le combat qui est le nôtre, tout en étant lucides sur le discrédit qui pèse sur les partis, qui doit nous conduire à remettre en cause nos pratiques politiques.
2. Autre question : Comment faire face à la crise de la gauche, gauche à laquelle nous sommes associés et que le quinquennat de Hollande a abîmée de façon désastreuse, provoquant une situation de fracture entre la gauche et celles et ceux qui ont le plus besoin ? Jean-Luc Mélenchon y répond par l’effacement du concept de gauche, en prônant une lutte entre le peuple et les élites. Encore une fois, je ne partage pas cette stratégie mais reconnaissons que la reconquête de l’hégémonie politique et culturelle par les idées de gauche n’est pas un combat gagné d’avance.
3. Enfin, 3e et dernière question : Comment faire face à l’échec, dont nous portons une part de responsabilité et que constitue le fait de n’avoir pas su rendre incontournable une construction politique alternative à gauche, dont le Front de gauche semblait pourtant, en 2012, une belle préfiguration ? Certes, Jean-Luc Mélenchon a dit que le Front de gauche était dépassé mais n’avons-nous nous-mêmes pas dit la même chose ou, pire, fait en sorte qu’il en soit ainsi ?
Traiter ces questions et examiner les divergences que nous avons dans les réponses à apporter, c’est un gros chantier. C’est celui de la recomposition de la gauche et je crois que nous ne sommes pas dans le moment politique qui permette de mener ce chantier.
C’est pourquoi, à ce stade, il me semble nécessaire de nous adresser à Jean-Luc Mélenchon et de rendre public notre échange. Si nous avons la responsabilité du rassemblement, nous avons aussi la responsabilité d’aller au bout de notre relation avec celui qui a donné un visage au Front de gauche en 2012.
Pour finir, je dois dire que je suis assez étonnée par les camarades qui considèrent que cet échange avec Jean-Luc Mélenchon est, à priori, voué à l’échec.
Car considérer que la position de Jean-Luc Mélenchon est immuable, sur des questions comme le clivage gauche / droite, sur le cadre de la campagne, sur les législatives, sur certains points programmatiques,
Considérer, en somme, que la candidature de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de mener campagne existent indépendamment de la position que nous, communistes, pouvons prendre, 
N’est-ce pas faire le constat de notre propre échec, de notre inexistence dans le rapport de forces que Jean-Luc Mélenchon a su construire et qui le rend, aujourd’hui, incontournable dans le paysage politique ?
Nous pouvons, nous devons peser dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon comme en 2012 et même mieux qu’en 2012 !

12 réflexions au sujet de « En direct du Conseil national du PCF des 24 et 25 septembre »

  1. Au delà des questions abordées, sur lesquelles les différences d’opinions et d’appréciations relevant du débat politique peuvent exister , cette intervention est d’une limpidité et lucidité remarquable ! Allons nous attendre encore longtemps ou se fourvoyer dans une candidature témoignage ou encore pire dans celle d’un ralliement à peine voilé « sauce programme commun » à un candidat pseudo PS ? Plus on attend et plus notre force participative et critique sera amoindrie !

  2. Bonjour,lors d’élections locales,nous avons assistés a pas mal de luttes fratricides entre membres du front de gauche qui ont conduit a la quasi disparition de celui-ci,il serait temps de le refonder sur des bases plus solides en vu des législatives qui vont suivre,cesser les nombreuses polémiques,qui donnent a la droite ainsi qu’a leurs médias de nombreux arguments pour tenter d’affaiblir la seule gauche combative…(loi travail,démantèlement du servisse public,privatisations e.c.t.)

  3. Le Front de gauche est encore pour moi une base importante pour rassembler. A Boulogne sur mer nous avons créer une association (loi 1901) pour que chacun puisse s’y retrouver.. qu’il adhère à un parti politique ou pas. Chacun compte pour un. Nous continuons régulièrement à nous réunir et travailler pour essayer de peser localement en vu des prochaines législatives. Si les communistes tiennent un e place importante dans cette association, il est à noter que les plus réguliers à nos réunions n’appartiennent à aucun parti politique.

  4. Tout à fait d’accord avec cette intervention.

  5. Bravo pour cette analyse d’une clarté sans faille. Engager le PCF aux côtés de celui qui a été – et qui reste – le visage du Front de Gauche est le seul moyen intelligent de permettre à l’élan populaire actuel de bénéficier pleinement de la qualité militante des communistes.

  6. Je ne partage pas ta réflexion car elle ne traite pas du fond du débat. Peu importe mais ce que je trouve désolant c’est que des camarades de la direction nationale rendent publiques leur intervention alors que le rapport n’est pas encore transmis aux communistes. Avant de me prononcer et de donner un avis je veux voir le rapport complet qui donne l’ensemble des termes du débat et aussi des réalités politiques : qui dit quoi exactement quand on interroge Mélenchon, Poutou, Mondebourg, Dufflot, Autain etc etc.

  7. je ne suis ni au pcf – ni au front de gauche – mais compte tenu de la politique désastreuse de la soi disant « gauche » au pouvoir – je pense que la candidature
    de JL Mélenchon est la seule vraiment à gauche …..la seule alternative dans la conjecture actuelle…….ou alors je n’y comprend plus rien….JD.

  8. Merci Nora pour cette approche réfléchie, non sectaire et pleine de bon sens.
    Juste quelques remarques : 1) le 11 janvier 2016 étiez vous avec d’autres militants communistes, consultée sur l’avis favorable donné par le porte parole du PCF à l’égard des primaires de la gauche ? qui chez vous a été consulté ? pour rappel la candidature de JLM fut annoncée postérieurement. 2) ce n’est pas Mélenchon qui « efface » le concept de gauche mais les représentants de la « gauche » dite de gouvernement, au point que tout le monde se demande qui est de gauche et où sont passés les repères habituels. 3) ce n’est pas JLM qui a avancé le premier l’idée du dépassement du Front de Gauche mais Olivier Dartignoles porte parole du PCF 4) Mélenchon ne prône pas la lutte du peuple contre les élites: il nomme élites, l’ensemble des ouvriers qualifiés, des cadres, des ingénieurs, des techniciens, des élus, les artistes, les poètes etc….. qu’il oppose à l’oligarchie incarnée par le Président de la république présent et passé entourés de leurs coures respectives et flattés par les médias aux ordres; (réécouter son discours de la fête de l’huma et celui de Toulouse au lieu de caricaturer); on peut ne pas être d’accord mais éviter de lui faire dire ce qu’on aurait envie qu’il dise pour le discréditer;

    • Merci pour ce commentaire qui remet bien les événements à leur place .

  9. nous partîmes à 180 à l’issue du dernier Congres du PCF pour siéger au CN à 80 pour décider des futures présidentielles et législatives Ou sont les autres 80 en vacances au tennis à la piscine? pourquoi les cotisants enfin celles et ceux qui payent leur timbre PCF n’ont ils droit à lire les positions de celles et ceux qui votent (en leur nom) au CN que le lendemain et incomplètement par bribes illisibles et incohérentes Pourquoi les dirigeantes et dirigeants du PCF se positionnent par rapport aux dirigeantes aux dirigeants d’autres composantes style PG qui ne comptent que 5000adherents? que représente la France Insoumise par qui est elle financée?

  10. Bonjour Camarade,
    Je viens de lire ton billet, au hasard de mes pérégrinations sur la toile.
    Je suis un militant de La France Insoumise et du PG. Je milite dans mon département (la Charente) avec beaucoup de copains du PCF.
    Je me réjouis toujours lorsque l’union peut se faire.
    Je tiens à te préciser que La France insoumise ne minimise en aucune façon le rôle des partis. Le PG s’est mis « à la disposition » du mouvement citoyen.
    Nous considérons toujours qu’il existe un clivage Gauche/Droite et je dirai plus que jamais… En parallèle, nous disons que les temps ont changé et que le Mouvement des citoyens est devenu incontournable aujourd’hui. Les rôles se ré^partissent un peu comme : le Peuple dicte le cahier des charges et les partis ont pour mission de s’en emparer, de construire et mettre en action un programme et de faire des propositions qui s’inscrivent dans ce que veut le Peuple, sauf lorsque c’est dangereux, injuste ou inapproprié et là il y a débat avec le souci de se comprendre et de finalement se retrouver sur une position qui tient compte de l’ensemble des paramètres.
    Sur le clivage Gauche/Droite, la difficulté est que le terme Gauche est sali par le pouvoir socialiste et banalisé, détourné, accaparé, grâce à une presse complaisante avec les idées dominantes.
    Lorsque nous disons avec JLM qu’il y a « nécessité à dépasser le FDG », on veut tout simplement dire que la solution du cartel (c’est bien ainsi que le FDG s’est caractérisé) ne peut plus répondre à la situation, justement parce que le mouvement citoyen frappe à la porte. Ça n’est pas tout à fait pareil que dire « Jean-Luc Mélenchon a dit que le Front de gauche était dépassé » !
    Débattons et avançons enfin. Merci de votre ouverture d’esprit.

  11. Enfin un peu de réalisme, vu la situation de la vraie gauche!
    on peut avoir toutes les raisons de ne pas intégrer »le cas Mélenchon » dans la perspective des présidentielles….mais qui alors?
    Depuis qu’il a annoncé sa proposition de candidature que de palinodies nous ont été débitées de la part des responsables des divers mouvements qui constituaient le défunt front de gauche
    ma question brutale: quelques mandats électoraux sont-ils plus importants que le sort de notre REPUBLIQUE