Après le 37e Congrès du PCF : doutes, responsabilité et espérance

Déléguée au 37e Congrès du PCF, qui s’est tenu du 2 au 5 juin 2016, je sors de cette période intense de réflexion et de débats entre communistes avec des sentiments mitigés.

L’essentiel des débats entre communistes a porté sur notre stratégie de rassemblement, notamment en vue des échéances de 2017. La proposition, portée par la direction nationale sortante, de participer à l’organisation d’une primaire, pour désigner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle, a tout particulièrement cristallisé les débats.

Par ailleurs, dans la première version du texte soumise au débat des communistes, le Front de gauche avait littéralement disparu. Il a ensuite été réintégré mais plutôt pour constater son état de mort clinique, sans faire l’effort suffisant d’analyse pour expliquer ce qui nous avait conduits à cet état de fait, la part de responsabilité que nous portions, alors que nous avions confirmé, lors de notre précédent Congrès (en 2013), la stratégie du Front de gauche et décidé de lui donner un nouvel élan (ce qui devait constituer sa « saison 2 »).

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Ces insatisfactions m’ont conduite à m’associer à la rédaction d’une base commune alternative de discussion, proposée au vote des communistes, que nous avons nommée « Ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen. » Comportant bien sûr lui-même des défauts et des manques, notamment sur la stratégie pour les mois à venir, ce texte a recueilli 24% des suffrages des adhérent-e-s.

Cette démarche a aidé à mettre en lumière les doutes de bien des communistes sur la stratégie de la primaire, à replacer l’analyse du Front de gauche au cœur de nos débats de Congrès et à pousser les questions relatives à l’état de la gauche, notre rapport au PS et à la social-démocratie, la vocation majoritaire de notre rassemblement.

Au sortir du Congrès, quelques lignes ont bougé mais je reste dubitative quant à la stratégie retenue par les communistes.

Postulant qu’il n’est pas trop tard pour réussir à unir la gauche de transformation sociale pour les élections de 2017, cette stratégie consiste à organiser une grande consultation citoyenne, dont les communistes seraient les initiateurs et qu’il mettraient à disposition des organisations et des citoyen-ne-s, afin de définir une plateforme d’engagements communs, à laquelle devra adhérer le ou la candidate souhaitant se présenter à l’élection présidentielle. Cette plateforme devra être prête en octobre et une fois adoptée, s’il reste des candidats à départager, une primaire  (ou « tout autre processus de désignation citoyenne », comme le précise notre texte de Congrès) pourra être organisée, au mois de novembre.

Je ne suis convaincue ni par le calendrier, ni par le fond de la démarche.

Sur le calendrier, il me semble suicidaire d’attendre le mois de novembre pour entrer réellement en campagne, avec le risque de sortir divisés d’une démarche dont les contours restent flous et pour laquelle nous n’avons aucune assurance que d’autres veuillent s’associer à nous.

Par ailleurs, à juste titre, les communistes estiment nécessaire d’engager, dès le lendemain de leur Congrès, la campagne des élections législatives, refusant ainsi la présidentialisation du régime et mettant en avant la nécessité de disposer d’un groupe fort de parlementaires pour peser réellement dans les rapports de forces politiques et institutionnels. Mais comment engager cette campagne, désigner des candidat-e-s, élaborer des propositions sans avoir d’abord clarifié notre position pour l’élection présidentielle qui, malgré tout, structure la vie politique de notre pays ? Avec qui discuter, dans quel cadre puisque le Front de gauche est en sommeil mais que nous ne lui avons substitué aucun autre espace d’élaboration collective ? Doit-on mettre en place des collectifs ad hoc, dont je doute qu’ils soient très bien perçus ?

En outre, sur la votation citoyenne et l’éventuelle primaire, il reste beaucoup de flous. En aucun cas, Hollande, Valls ou Macron ne pourront y participer… mais s’agit-il d’une question de personnes ou d’une question politique ? Notre texte de Congrès parle d’un « clan » au pouvoir et élude, en fait, la question de la rupture à gauche, au motif de n’exclure personne et de laisser ouvertes toutes les possibilités de construire un rassemblement majoritaire. Mais s’il est louable et légitime de vouloir s’adresser à tous les électeurs dont le coeur bat à gauche, ce qui inclut donc une partie des électeurs socialistes, est-il raisonnable de vouloir encore ménager les responsables, qu’ils soient frondeurs ou non, d’un parti qui n’a plus de socialiste que le nom ?

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C’est la question de la stratégie de conquête du pouvoir qui est posée. Et elle ne se joue pas entre, d’un côté, les sectaires, ceux qui voudraient garder les mains propres et, de l’autre, ceux qui prendraient leurs responsabilités.

Pour espérer être majoritaires, il faut, bien sûr, viser bien au-delà de nos rangs, bien au-delà même de nos 4 millions d’électeurs de 2012. Mais pour espérer être entendus et utiles, il faut porter et rendre crédible l’idée d’une transformation radicale du système. Il faut gagner des rapports de forces. Cela suppose des ruptures, du courage – que nous ne pouvons pas avoir pour les autres mais que beaucoup attendent de nous.

Notre démarche ne doit pas être excluante mais elle doit être claire. Elle ne remet pas en cause, comme j’ai pu l’entendre, les expériences de gestion que nous avons, dans les collectivités territoriales, même si elle peut bien sûr conduire à les questionner, toujours à l’aune de cette dialectique entre l’exercice des responsabilités pour être utiles – ce qui suppose du pragmatisme et des compromis – et la poursuite d’une visée transformatrice de la société – ce qui nécessite de la radicalité.

Enfin, ce déploiement, cet élargissement du rassemblement, que nous appelons de nos vœux, doit bien trouver un point de départ.

Il me semble que le Front de gauche constitue ce point de départ. Même si nous avons perdu beaucoup de temps en ne produisant pas tous les gestes nécessaires, pour aider à le pérenniser et à le structurer, le Front de gauche reste un repère politique, que ni les communistes, ni Jean-Luc Mélenchon ne peuvent abandonner, sans devoir s’en justifier.

Plutôt que d’en appeler chacun de notre côté – les communistes, la France insoumise – à un contact direct « avec le peuple », incantation qui sert en fait de prétexte pour contourner le Front de gauche et ses militant-e-s, nous devrions retrouver le chemin des assemblées citoyennes et de cet enthousiasme militant qui nous avait fait déplacer des montagnes en 2012 et nous avait permis de faire grandir, au fil des mois, une dynamique et un rassemblement enfin porteurs d’espoir.

C’est ce que nous aurions dû faire depuis des mois, mettant en partage « L’humain d’abord », attentifs à l’évolution du mouvement social, proposant un espace politique ouvert à celles et ceux qui voudraient prolonger leur engagement, permettant à des figures nouvelles d’émerger.

C’est encore possible. Mais, compte tenu du temps perdu, il me semble aujourd’hui raisonnable de penser que Jean-Luc Mélenchon sera notre candidat pour l’élection présidentielle. J’aimerais que nous réglions cette question rapidement afin de pouvoir entrer en campagne, en construisant du collectif.

Mais ce n’est pas le chemin que les communistes ont choisi… pour l’instant.

Au cours de ce 37e Congrès, j’ai été élue, avec 169 autres camarades, au Conseil national, organe de direction du PCF. C’est une responsabilité et un honneur. La première réunion est prévue le vendredi 17 juin et portera sur les suites à donner au Congrès, en commençant par engager le processus de consultation citoyenne.

7 réflexions au sujet de « Après le 37e Congrès du PCF : doutes, responsabilité et espérance »

  1. je partage ton analyse comme d ailleurs nombre vde camarades de villeneuve saint georges amitiés christian joncret b

  2. Bonjour Nora, je viens de lire par le bias de facebook et qui m’a dirigé sur ton blog. Je partarge ton analyse et je partage complétement tes ressentis. Je pense qu’il ne faut plus attendre mais ce décider le plus rapidement possible pour que dés la rentrée on soit sur le terrain comme nous avons l’habitude de le faire. Je ne pense pas qu’il y a de fatalité alors consacrons nous à l’éssentiel. Bien à toi.

  3. En total accord avec ton analyse et tes propositions, j’ai été signataire du « texte alternatif n°1″ et j’étais présent le 5 juin place Stalingrad.

  4. Toutes mes félicitations pour avoir accepté d’assumer ces nouvelles responsabilités, même si je suis un peu déçu que 24% des communistes ne se retrouvent que 3% au CN…

  5. Camarade, Je milite pour Les insoumis aux côtés de Camarades Communistes qui font un boulot formidable. Nous avons emmené, en grande partie grâce à l’élan des copains du PC, 45 personnes à Paris pour le défilé des insoumis du 5 juin à Paris.
    J’ai lu attentivement ton billet et j’espère de plus en plus en ce mouvement de fond des militants Communistes qui ne se résignent pas.
    Merci de cette bataille pour retrouver l’Union !
    Je te souhaite courage et succès dans l’exercice de tes responsabilités.
    À bientôt (le 14) dans les luttes pour la victoire !

    JM Pascal, ancien militant (30 ans de Parti) du PCF, adhérent depuis 3 ans du PG et militant citoyen de la France insoumise : jlm2017.fr

  6. Tout à fait d’accord en particulier avec ton analyse de ce qu’aurait dû être la vie du front de gauche depuis 2012. Ancienne élue en Limousin (groupe Limousin terre de gauche ) je milite dans le parti pour que soit reprise et développée la stratégie du Front de gauche. J’ai signé le texte alternatif no 1 et était présente sur la liste alternative au CN . Bon courage à toi.Salut et fraternité

  7. Bonjour Nora, je partage tout à fait ton point de vue que l’idée d’une consultation citoyenne, (qui est en soi une bonne chose) a été donnée pour se justifier de ne participer ni à l’élan de la candidature de JLM (115 000 soutiens actuellement), ni au FdG. Les permanents et certains « dinosaures » de notre parti en Charente ne veulent ni entendre parler du FdG (il serait mort) ni de JLM (pas de programme, ancien socialiste…) les arguties volent bas ! Je leur fait entendre que le FdG n’attend que nous pour se relancer, et que la base du programme « l’Humain d’abord » n’est pas obsolète et ne demande qu’à se réactualiser ! Quand à la défiance vis à vis de JLM, n’a-t-il pas fait ses preuves ? Ne l’a-t-on pas porté en 2012 avec un excellent résultat ? Lorsque j’ai connu JLM, il était attablé devant un stand minable à la fête de l’Huma et cherchait le contact avec les communistes. C’était pas évident pour un ancien ministre, sénateur à l’époque je crois, de se remettre en cause à ce point, d’autant qu’il recevait des quolibets de nombreux communistes, comme de ma part ! Alors qu’il pouvait tranquillement accéder aux ors du pouvoir avec le PS, ses idées l’ont guidé par les chemins les plus ardus…respect ! Il faut vite que le PCF se rallie à la candidature de JLM, au risque de perdre au moins la moitié de ses adhérents qui ne comprennent pas ces tergiversations ! La bataille autour de la candidature de JLM va renforcer notre parti , lui redonner l’élan nécessaire et vital pour sa pérennité. Et si l’on gagne l’élection de JLM, le rôle de notre part sera prépondérant pour la mise en place des états généraux pour une 6 ème république !