La baisse des allocations familiales, une mesure de justice sociale ?

La modulation des prestations familiales en fonction du revenu des ménages, autrement dit la baisse des allocations familiales pour les familles les plus aisées, est-elle vraiment une mesure de justice sociale ?

Au premier regard, oui. Pourquoi une famille qui gagne confortablement sa vie devrait-elle percevoir le même montant de prestations qu’un ménage pauvre ? Un rapide calcul suffit d’ailleurs à démontrer que là où l’allocation semble superflue, elle sera indispensable pour d’autres : ainsi, dans une famille avec 2 enfants dont les parents gagnent 10 000€, les allocations familiales (128.57€) représentent 1,3% de revenu supplémentaire tandis que dans une famille monoparentale avec 2 enfants dont le parent isolé est au SMIC, les allocations familiales apporteront un complément à hauteur de 11.5% de son revenu.

CQFD… mais cette analyse me semble trop facile.

Tout d’abord, cette proposition de moduler les prestations familiales en fonction du revenu méconnaît le principe d’universalité qui est attaché à certaines prestations et dont relèvent les allocations familiales. Au titre de sa politique familiale, l’État français aide toutes les familles à partir du 2e enfant et, ce, quel que soit leur revenu. En admettant que ce principe est légitime (pour ma part, j’y souscris), on peut se demander si les allocations familiales sont le meilleur moyen d’inciter les gens à faire des enfants.  Ne faudrait-il pas plutôt créer et garantir un service public de la petite enfance, défendre l’école maternelle à 2 ans, assurer l’égalité professionnelle des femmes et des hommes… ?

Par ailleurs, cette proposition est bien loin des enjeux auxquels doit répondre la réforme fiscale. Si on se place du point de vue de l’objectif de réduction du déficit (qui est loin d’être le plus cher à mes yeux…), on constate que l’hypothèse la plus « dure » de réduction des allocations familiales proposée dans le rapport Fragonard (qui considère qu’on est riches à partir de 3 885€ par mois pour une famille !) ne rapporterait que 1.55 milliard d’économies par an. Ce n’est pas une peccadille mais c’est quand même moins de 2% du déficit public annuel de la France.

Mais, surtout, sous couvert de justice sociale, cette proposition, dont on a indiqué qu’elle méconnaît le principe de prestation universelle, passe en fait à côté des enjeux réels de la redistribution en France. Si le Gouvernement considère (et il aurait raison de le faire !) que les riches doivent « payer plus », ce n’est pas en diminuant les prestations familiales qu’il atteindra cet objectif mais en engageant une réelle réforme de la fiscalité sur le revenu et sur le capital. 

Dans le cas de la politique familiale, comme de la sécurité sociale en général, ce n’est pas la prestation qui doit assurer la redistribution mais bien les prélèvements – prélèvements qui serviront ensuite à financer les prestations et qui doivent donc être effectués en fonction de la capacité contributive de chacun (c’est même inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.»)

Or, en France, malgré la création, fin 2012, d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu (taux d’imposition de 45% pour les revenus dépassant 150 000€ annuels par part), il ne faut pas oublier que l’impôt sur le revenu est beaucoup moins progressif, donc moins redistributif, aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Depuis 1991, le nombre de tranches d’imposition s’est en effet réduit et les tranches les plus élevées ont disparu. 

C’est bien pourquoi, avec le Front de gauche, nous avons proposé, pendant la campagne présidentielle et législative, une réforme de l’impôt sur le revenu (qui inclurait revenus du travail et revenus du capital), avec 14 tranches, allant jusqu’à 100 % d’imposition quand on atteint 20 fois le revenu médian pour une personne. Et on a estimé que cette réforme rapporterait 20 milliards d’euros ! De quoi financer bien des prestations familiales…

A toutes fins utiles, je rappelle aussi qu’au moment du débat sur la loi de finances 2013, les député-e-s du Front de gauche ont plus modestement, et en dernier ressort, proposé de taxer à 50 % la fraction de revenu supérieure à 380 000 euros. Proposition rejetée car jugée irréaliste par le rapporteur socialiste !

Source : www.justicefiscale.fr

Source : www.justicefiscale.fr

Avec cette proposition de baisser les allocations familiales pour les plus riches, le Gouvernement tente donc de se donner, à bon compte, une allure un peu « sociale ». J’aimerais que personne ne soit dupe, sachant que le même Gouvernement a décidé d’une hausse de la TVA, qui est l’impôt le plus injuste qui soit puisqu’il mobilise de façon tout à fait inégale la capacité contributive des familles. En clair, avec la TVA, les pauvres payent plus que les riches : pour un panier de courses à 100€, le « smicard » donnera 1.79% de son revenu en TVA quand le couple gagnant 10 000€ ne s’acquittera d’une taxe n’atteignant que 0,2% de son revenu.

Quand on veut s’attaquer aux privilèges des riches, il ne faut pas rester à la surface des choses… et, surtout, il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles !

Droit de vote des résidents étrangers : qu’est-ce qu’on attend pour l’égalité ?

Il y a quelques jours, quatre projets de loi de révision de la Constitution ont été présentés en Conseil des ministres. Cette révision constitutionnelle viserait à élargir la responsabilité civile du chef de l’État (mais la question de son statut pénal est laissée de côté !), à réformer le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), à inscrire le dialogue social dans la Constitution, à interdire pour un ministre d’exercer un mandat exécutif local et enfin à en terminer avec le statut de membres de droit du Conseil constitutionnel des anciens présidents de la République.

Quel est le grand absent parmi ces projets ? Le droit de vote aux élections locales pour les résidents étrangers (hors Union européenne). Motif : la majorité des 3/5e n’est pas acquise au Parlement. Cela s’appelle abandonner une bataille avant même de l’avoir menée… et c’est d’autant plus honteux que cette mesure faisait déjà partie des promesses du président François… Mitterrand !

Consultation DDV des étrangersLe Front de gauche continue de se mobiliser pour obtenir le respect de cet engagement dès 2014. Ce week-end, à Fontenay, nous étions ainsi à la Fête de la Cité et des dizaines de personnes ont participé à la consultation citoyenne que nous avons lancée depuis le début de l’année. Dans le Val-de-Marne, le collectif « Droit de vote 2014″, qui regroupe différentes organisations politiques, syndicats et associations, organise, ce jeudi 28 mars à 18h30, à la Maison des syndicats de Créteil, une initiative-débat pour exiger que la révision constitutionnelle intègre le droit de vote des résidents étrangers. 

Ci-dessous le communiqué du collectif Droit de vote 2014 :

Le droit de vote des étrangers aux élections locales dès 2014 :
c’est important pour le « vivre ensemble » et la démocratie, c’est bon pour la République !

Le droit de vote et d’éligibilité des étrangers aux élections municipales ne figure pas dans les projets de loi constitutionnelle présentés au Conseil des ministres du 13 mars. Le collectif « Droit de vote 2014 » veut croire qu’il ne s’agit pas d’un abandon mais d’un simple délai de réflexion que se donnent le président de la République et le gouvernement.

Puisqu’il s’agit d’une modification constitutionnelle, la barre est haute à franchir. Avoir les trois cinquièmes des voix au Parlement réuni en congrès suppose que tous les efforts soient faits pour y parvenir. Le collectif « Droit de vote 2014 » considère que le temps du débat de conviction n’est pas révolu et qu’il convient de mettre les parlementaires devant leurs responsabilités : elles et ils ont le choix entre continuer à exclure de la citoyenneté une partie des résidents de nos communes, ou envoyer un message de reconnaissance et de dignité, message qui doit concrétiser cet enjeu de cohésion sociale et d’élargissement de la démocratie.

En 2013, je signe, en 2014, ils votentLe collectif « Droit de vote 2014 », qui regroupe plus de cent vingt organisations (associations, syndicats, partis politiques), va accentuer sa mobilisation auprès de la population et des parlementaires :

-          il appelle tous les collectifs locaux à continuer la mobilisation, en particulier le week-end du 6-7 avril, et à faire signer massivement la pétition –www.droitdevote2014.org – qui réunit déjà plus de quarante mille signatures ;

-          il demande instamment au président de la République et au Premier ministre d’engager, dans les prochaines semaines, la procédure de révision constitutionnelle permettant aux étrangers non communautaires de voter et d’être élus aux municipales de 2014.

Ne pas engager cette procédure serait non seulement ne pas honorer le programme politique sur lequel le candidat s’est engagé, mais aussi une faute politique qui marquerait négativement le quinquennat.

Cette Europe n’est pas la mienne !

Celles et ceux qui ont mené campagne, en 2005, contre le projet de traité constitutionnel européen (TCE) se souviennent encore des attaques dont nous faisions l’objet, accusés d’être les fossoyeurs de l’idéal européen, de freiner la construction d’une Europe de la cohésion et de la solidarité.

Suppression PEADLes mêmes qui nous accusaient hier, que nous disent-ils aujourd’hui alors que le Conseil européen vient de décider que l’aide aux plus démunis passerait de 500 à 300 millions d’euros par an, sur la période 2014-2020 ? Rappelons que le Programme européen d’aide aux plus démunis permet, chaque année, de nourrir plus de 18 millions d’Européens. Il représente 23% des ressources en nourriture d’une association comme les Restos du cœur !

Silence dans les rangs… Il y a bien Laurent Fabius, dans le camp du « non » en 2005, ministre des Affaires étrangères aujourd’hui, qui s’est empressé (avant même que les négociations aient eu lieu !) d’annoncer que la France compenserait à l’euro près la réduction de l’enveloppe dédiée à l’aide alimentaire, cédant ainsi aux gouvernements les plus conservateurs, Allemagne et Royaume-Uni en tête, qui arguent que l’aide aux plus démunis n’entre pas dans les compétences communautaires. Quel constat d’échec ! Quel aveu d’impuissance !

Où est-elle l’Europe de la solidarité dont on nous rebattait les oreilles ? Est-il atteint l’objectif que l’Union européenne s’était fixé de sortir 20 millions de personnes de la pauvreté entre 2010 et 2020 ? Bien sûr que non ! puisque des millions de personnes, et chaque année plus nombreuses – comme en témoignent, en France, des associations comme les Restos du cœur, le Secours catholique ou encore le Secours populaire -, en sont réduites à compter sur l’aide alimentaire pour manger à leur faim.

Cette Europe n’est pas la mienne, qui sauve les banques mais laisse crever les peuples. Plutôt que de se coucher devant le diktat de l’austérité, il est temps d’en inventer une autre ! Chiche, Laurent Fabius ?

 

 

Les communistes du Val-de-Marne s’engagent pleinement dans le Front de gauche !

Ce week-end, j’ai participé à la conférence départementale des communistes du Val-de-Marne, dernière étape avant le Congrès national du PCF qui se tiendra, à partir de jeudi soir, à Aubervilliers.

La première soirée a été consacrée à des échanges sur la situation politique générale, qui ont conduit à réaffirmer la nécessité de travailler à modifier les rapports de forces, en faisant grandir la conscience (de classe) qu’un changement de société est possible. Dans la campagne électorale du printemps dernier, nous avions fait progresser des idées avec notre programme « L’humain d’abord » mais, aujourd’hui, l’abattement gagne du terrain dans la population. Les communistes du Val-de-Marne s’engagent donc à remettre l’ouvrage sur le métier, notamment en s’investissant pleinement dans la campagne nationale du Front de gauche pour une alternative à l’austérité.

La journée du samedi a été en grande partie consacrée à la discussion sur l’avenir du Front de gauche et les transformations du PCF. Comme prévu, je suis intervenue pour dire que j’attendais de ce Congrès qu’il légitime l’engagement des communistes, dont je fais partie, qui s’investissent pour animer et développer le Front de gauche. J’ai expliqué qu’il ne s’agit pas pour moi – et comme on me le reproche quelquefois – de travailler à l’émergence d’un nouveau parti politique ou de déposséder les communistes de leur souveraineté. Cet engagement dans le développement du Front de gauche procède de ma conviction que c’est ainsi que je suis le mieux communiste, c’est-à-dire que je suis le plus utile au rassemblement, tout en faisant progresser les idées, la visée communistes.

J’ai dit qu’il me semblait que nous avions encore du chemin à faire de la parole aux actes et que pour passer à une nouvelle étape du Front de gauche, nous avions besoin de construire et partager des règles communes de fonctionnement. Dans cette mesure, j’ai fait part de mon approbation concernant les textes nationaux de stratégie et de développement du Front de gauche, qui viennent d’être rendus publics et de mon souhait qu’on puisse décliner, au niveau départemental, une instance (une coopérative ?) qui émanerait des assemblées citoyennes, qui serait un lieu d’échanges et d’informations sur les expériences locales menées dans les villes du département.

Dans le débat, j’ai ensuite pu constater que les craintes existent toujours d’une fusion dans le Front de gauche ou d’une perte de contrôle des communistes. Ces craintes nous empêchent un peu d’aller au fond des choses : par exemple, les textes nationaux du Front de gauche ont été très critiqués sur la forme (leur méthode d’élaboration et d’adoption), sans que personne ne discute du fond de ces textes qui réaffirment pourtant l’autonomie des organisations politiques composant notre rassemblement, ne proposent pas d’adhésion directe au Front de gauche (ce qui reste rejeté par une majorité des communistes), tout en appelant à « des formes d’organisation pérennes, à la fois ouvertes, souples mais également efficaces et capables de répondre aux aspirations à le rejoindre. »

Malgré ces points de discussion, la conférence a conclu à un engagement très clair des communistes du Val-de-Marne dans le développement du Front de gauche. J’ai été très satisfaite des propos de notre responsable départemental, Fabien Guillaud-Bataille, qui a appelé tou-te-s les communistes du Val-de-Marne à relancer les assemblées citoyennes. De ce point de vue-là, nous avons un peu d’avance à Fontenay puisque, avec nos camarades du Front de gauche, nous n’avons jamais cessé de réunir notre assemblée citoyenne mais je ne doute pas que cet appel donnera un nouvel élan à l’engagement des communistes fontenaysiens dans cette démarche. Par ailleurs, la conférence a adopté, à une large majorité, un voeu dont je reproduis ci-dessous le contenu et qui dit bien cette détermination des communistes à faire vivre et grandir le Front de gauche, tout en restant pleinement et fièrement communistes :

« Avec le Front de gauche, nous voulons construire des rassemblements majoritaires pour imposer un véritable changement de cap.

Y parvenir implique de permettre à chacune et chacun de pouvoir en être partie prenante, quels que soient son niveau d’engagement et ses choix d’investissement.

Réussir ce large rassemblement impose que chacune et chacun puisse en être acteur et décideur.

Les communistes du Val-de-Marne œuvrent quotidiennement au développement nécessaire du Front de gauche ; développement qui implique la valorisation permanente des organisations qui en sont membres, de leurs adhérent-e-s et des milliers de citoyen-ne-s qui partagent déjà cette aventure et, enfin, de toutes celles et ceux, sans doute plus nombreux encore, qui pourraient la partager.

Décider des formes, des modalités d’organisation et des règles de fonctionnement du Front de gauche appartient à celles et ceux qui le font vivre à tous les niveaux.

Les structures du Front de gauche doivent être conçues comme des espaces d’échanges, d’élaborations, d’initiatives, de coopération ou de coordination et non comme une direction chapeautant les organisations qui la composent ou s’y substituant.

Les conditions d’élaboration et de diffusion des textes d’orientation et de fonctionnement du Front de gauche par l’exécutif national [du PCF] ne satisfont pas à notre exigence de démocratie et de transparence.

Nous décidons de débattre et d’agir avec nos partenaires pour gagner l’engagement le plus large dans la bataille pour une alternative à l’austérité. »

Ce que j’attends du congrès du PCF… et la manif’ dimanche !

Ce week-end, les communistes de Fontenay sont en conférence locale pour préparer le congrès national de notre Parti qui aura lieu les 7-8-9-10 février prochains.

Comme de nombreux communistes, j’attends beaucoup de ce Congrès : j’aimerais qu’il nous aide à penser et réaffirmer l’actualité de la visée communiste pour sortir de la crise hors du capitalisme, c’est-à-dire d’un mouvement qui part du réel, donc des préoccupations et des situations vécues par les gens, des contradictions et des tensions que crée le système pour penser et faire advenir le possible.  Pour le dire autrement, en reprenant la belle formule de notre texte de discussion pour ce Congrès, « nous nommons communisme l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l’ancien régime du capitalisme et fera grandir l’humain dans l’humanité. » Cette visée suppose de prendre des responsabilités ici et maintenant, sans attendre le grand soir qui nous mettrait seuls au pouvoir, mais sans jamais perdre de vue non plus notre projet d’émancipation humaine. En bref, agir, toujours agir, mais en mettant du communisme dans chacun de nos actes.

Forts de cette identité communiste qu’il n’est nulle question de renier puisqu’il s’agit, au contraire, de réaffirmer son actualité, j’aimerais que nous sortions également de ce Congrès avec l’orientation claire de poursuivre et développer le Front de gauche, qui ne peut pas se réduire à une stratégie électorale. La politique menée par le Gouvernement nous montre l’urgence de construire un espace dans lequel se retrouvent celles et ceux qui refusent le diktat des marchés financiers et croient à une alternative d’émancipation humaine ; un espace qui soit aussi capable de s’élargir et de se modifier pour faire place à celles et ceux qui sont aujourd’hui très loin de nous (ou nous qui sommes très loin d’eux).

Mais il ne faudra pas s’en tenir aux grands discours sur le Front de gauche et le rassemblement pour, une fois sur le terrain, se retrouver dans des logiques de concurrence entre organisations, qui laissent bien loin de nous les citoyen-ne-s et ne favorisent pas de dynamique collective. La perspective des élections municipales, avec des villes à « sauver », ne doit pas nous paralyser : c’est par le rapport de forces que nous saurons construire à gauche que nous renforcerons nos positions, non pour garder des places, mais pour être utiles partout où nous le pouvons, pour faire de nos villes des espaces de résistance et de solidarité, des lieux où s’expérimente le communisme, au sens décrit plus haut.

Voilà, sans doute, le sens de ce que je porterai ce week-end, dans notre conférence locale, première étape vers notre Congrès national.

Affiche PCF Mariage pour tousEt, dimanche, je ne manquerai pas la manifestation pour le mariage pour tous. Je n’avais pas pu y être en décembre donc, malgré un programme chargé, cette fois-ci, je serai de la partie pour défendre ce qui me semble l’évidence : l’EGALITE.

Législatives partielles et augmentation du RSA

En ce moment, mon activité professionnelle et les réunions qui s’enchaînent à Fontenay, me laissent moins de temps que je ne le voudrais pour écrire par ici. Il y en a pourtant des choses à dire, des réflexions à partager… pour ne pas se laisser complètement abattre par les mauvaises nouvelles qui s’enchaînent !

Je voulais tout d’abord revenir sur les trois élections législatives partielles, dont le premier tour s’est tenu dimanche dernier. Il faut toujours être prudent avec les analyses qu’on peut faire à propos de ce type d’élection. D’une part, elles donnent toujours lieu à une abstention très élevée et, d’autre part, elles ne sont, par définition, pas représentatives de tout le pays.

Mais, au vu de ces résultats, il faudrait quand même que le Gouvernement soit aveugle pour ne pas comprendre qu’il est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Je crois malheureusement qu’il s’y résout : ayant l’austérité pour seul horizon, le Gouvernement verrait presque dans l’impopularité croissante dont il fait l’objet la preuve de son sérieux et de son efficacité !

Ce qui est grave, c’est la vague de désespérance qu’il emporte avec lui… Ces dernières semaines, j’ai quand même l’impression que les esprits bougent un peu : il me semble entendre un peu moins la rengaine sur « la gauche », qui ne vaudrait pas mieux que la droite, et un peu plus d’encouragements pour celles et ceux qui continuent de se battre pour une véritable alternative à gauche. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres, j’en ai bien conscience.

De ce point de vue, les résultats de la législative partielle qui s’est tenue dans le Val-de-Marne sont quand même assez riches d’enseignements. Je me concentre sur Bonneuil et Champigny Ouest : le Front de gauche y a largement dépassé le PS. Mais on observe aussi une progression du Front national dans les quartiers populaires. Dans un contexte d’abstention très forte, on note enfin que le Parti pirate et le Parti du vote blanc (non représenté en juin dernier) recueillent, à eux deux, plus de 5% des voix sur la circonscription (7% à Champigny Ouest). Ca dit quand même quelque chose de la fracture qui continue de se creuser entre les citoyens électeurs et le « personnel » politique.

Second sujet que je voulais aborder cette semaine : les annonces de Jean-Marc Ayrault pour lutter contre la pauvreté. Les associations spécialisées ont dit bien mieux que je ne saurais le faire en quoi ces mesures sont insuffisantes. Je note quand même un changement dans le discours à l’égard des « pauvres », par exemple à propos de la CMU : c’est toujours ça de pris, après des années de mépris sarkozyste.

Il me semble qu’un point a été peu commenté, qui m’inquiète particulièrement : par qui la hausse annoncée du RSA, pour insuffisante qu’elle soit, va-t-elle être financée ? Le Premier ministre n’a rien dit à ce sujet. Or, la gestion du RSA étrangle déjà un département comme le nôtre : pour un coût total du RSA socle de 173 millions, en 2011, l’État a compensé aux départements 129 millions, soit un reste à charge pour le Département de 44 millions !

Ou comment l’État continue de se défausser sur les collectivités territoriales pour des missions qui relèvent pourtant de la solidarité nationale !

Quel avenir pour le Front de gauche ?

Le PCF continue de préparer son Congrès, qui se tiendra en février 2013. Dans le contexte actuel, les questions à aborder ne manquent pas, de notre utilité à notre position à gauche, en passant par la transformation de notre Parti et notre contribution au développement du Front de gauche . Pour celles et ceux que ça intéresse, un site est dédié à la préparation du Congrès, avec toutes les contributions écrites par les militant-e-s, notamment celle que j’ai rédigée avec Marc Legendre, intitulée « PCF et Front de gauche : marchons fièrement sur nos deux jambes ! ». Ci-dessous, je vous fais partager le texte que j’ai, par ailleurs, rédigé sur l’avenir du Front de gauche, en partant de notre expérience locale.

A Fontenay, nous avons mis en place, dès la fin de l’année 2010, un collectif du Front de gauche qui rassemble aujourd’hui des militant-e-s des organisations politiques représentées dans la ville et des citoyen-ne-s le plus souvent engagés dans le mouvement associatif et/ou syndical local.

Ce collectif a pleinement démontré sa raison d’être au cours de la campagne électorale du printemps dernier. Sa souplesse de fonctionnement, son caractère ouvert et adaptable se sont alors révélés des atouts pour organiser des actions sortant de l’ordinaire et donnant de la visibilité à notre campagne : je citerai, par exemple, l’inauguration de la place du logement social à Vincennes ou l’invasion pacifique du centre commercial de Fontenay à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

Le collectif s’est également affirmé comme un lieu d’échange sur l’actualité et de réflexion sur le programme du Front de gauche (avec la constitution, notamment, des fronts thématiques), un espace dans lequel la parole se distribue relativement bien entre les différents participants.

Cependant, la question de notre structuration et de notre fonctionnement se pose régulièrement : les citoyen-ne-s, en particulier, sont préoccupés par la prise en compte de leur parole, par le poids qu’ils peuvent peser à côté des organisations. Nous n’avons pas mis en place de coordination des organisations (comme elle existe au niveau départemental) : nous avons, au contraire, privilégié une structure de coordination ouverte qui associe des membres d’organisation et des citoyens.

C’est là l’enjeu pour « la saison deux » du Front de gauche : ne pas reléguer la composante citoyenne. A ce titre, l’idée de la coopérative me semble intéressante, à condition qu’elle ne revienne pas à mettre en place une organisation des « sans organisation ». Il nous faut créer un lieu dans lequel nous affirmer comme participant toutes et tous du même mouvement. Pour le dire autrement, ce n’est pas l’addition des organisations, à commencer par le PCF et le PG, qui forme le Front de gauche mais bien chacun-e de celles et ceux qui s’y investissent.

Pour ce qui nous concerne, ce que nous apportons en tant que communistes à la construction du Front de gauche, nous le faisons bien sûr par le biais de notre organisation, qui fournit des ressources humaines et des moyens logistiques indispensables – ça demande sans doute à être clarifié pour être mieux mis en valeur – mais aussi et surtout nous y sommes utiles et reconnus en tant que militant-e-s communistes, avec ce que cela comporte d’expérience, d’originalité dans les pratiques politiques, de cohérence dans la visée poursuivie.

Il nous faut être toujours mieux communistes pour être toujours plus utiles au rassemblement : c’est, à mon sens, le lien indissociable entre les fenêtres 4 (l’avenir du Front de gauche) et 5 (les transformations du PCF) que la base commune nous propose d’ouvrir.

 

 

Il est temps que la gauche se retrouve !

En se lançant dans une grève de la faim pour réclamer des moyens pour sa commune, Stéphane Gatignon, Maire de Sevran, fait beaucoup parler de lui… et un peu de Sevran et de toutes ces communes de banlieue qui rencontrent les plus grandes difficultés à préparer leur budget, alors qu’elles concentrent les difficultés socio-économiques.

Je suis assez perplexe sur le procédé utilisé : si je laisse de côté le joli coup de communication, je trouve qu’il s’agit d’un triste aveu d’impuissance politique. Si Stéphane Gatignon, qui a fièrement fait campagne sous l’étiquette PS-Europe Ecologie au printemps dernier, n’a pas d’autres solutions que de mettre sa vie en jeu pour obtenir des moyens pour sa ville, n’a-t-il pas des enseignements politiques à en tirer ?

Je pense que les annonces de ces derniers jours, confirmées par la conférence de presse du Président de la République, créent beaucoup de malaise. Du malaise chez les gens, bien sûr, qui attendent de la gauche qu’elle réponde à leurs préoccupations quotidiennes, à commencer par l’emploi et le pouvoir d’achat. Mais aussi du malaise chez beaucoup de responsables, d’élu-e-s à gauche qui ne se reconnaissent pas dans l’orientation libérale que prend le Gouvernement.

Ces derniers jours, les parlementaires communistes et du Front de gauche ont pris à plusieurs reprises leurs responsabilités, en refusant de voter les lois qui leur semblaient injustes, comme sur les tarifs de l’énergie ou le financement de la Sécurité sociale. Certains, au PS, nous accusent de voter avec la droite. Mais je ne crois pas que cet argument rencontre beaucoup d’écho.

Nous empruntons un chemin étroit mais juste. Étroit car nous prenons à chaque instant le risque d’être mal compris : c’est pourquoi il nous faut élargir le Front de gauche, en faire un rassemblement populaire. Juste car  l’austérité échoue partout en Europe. Nous refusons que la gauche s’enferme dans cette voie-là. D’autres solutions existent, comme l’a montré le Parti de gauche, dans son contre-budget. Il faut avoir le courage et la volonté de les mettre en oeuvre !

Extradition d’Aurore Martin : la honte !

Aurore Martin

Avant ce week-end, je dois avouer que le nom d’Aurore Martin ne me disait pas grand-chose. La jeune femme, Française et militante pour l’indépendance du pays basque, a été interpellée jeudi dans les Pyrénées-Atlantiques et remise aux autorités espagnoles, en exécution d’un mandat d’arrêt européen émis par un magistrat madrilène en 2010.

La justice espagnole reproche à Aurore Martin ses liens avec le parti indépendantiste Batasuna, illégal en Espagne car considéré comme lié à l’ETA, mais légal dans notre pays ! Il est donc très important de souligner que notre jeune compatriote est poursuivie pour des faits en Espagne qui ne sont pas répréhensibles en France.

En juin 2011, une tentative d’arrestation avait échoué. Aurore Martin avait déclaré, il y a quelques mois, que son dossier faisait l’objet d’une « gestion politique ». C’est-à-dire, que vivant et travaillant en France sans se cacher, Aurore Martin se pensait protégée, même de façon précaire et tacite,  par un accord de non-application du mandat d’arrêt qui la visait.

Comment pouvait-elle imaginer, en effet, que ce que Claude Guéant n’avait pas fait, Manuel Valls le réaliserait… ou le laisserait faire ! Car le Ministre de l’Intérieur a beau dénier toute intervention personnelle dans cette affaire, on sait bien que dans un cas aussi politique, la police n’intervient pas sans en obtenir l’aval au plus haut niveau de l’État. 

D’ailleurs, les faits sont têtus : alors que depuis plus d’un an, personne n’avait inquiété Aurore Martin, son arrestation et son extradition sont intervenues quatre jours après une interview accordée par Manuel Valls au quotidien espagnol El Pais, dans laquelle il annonçait qu’il n’y aurait pas de Pays basque français dans la prochaine loi de décentralisation. Il  avait surtout ajouté qu’il refusait d’ouvrir ce débat tant « qu’ETA n’aura[it] pas restitué ses armes », adoptant ainsi une position très belliqueuse alors que l’heure était, depuis un an, à l’apaisement avec les indépendantistes baques. Sommé de s’expliquer, Manuel Valls enfonce encore le clou : « On ne peut avoir aucune complaisance à l’égard d’une personne qui a soutenu ETA. [...] D’une manière générale, nous ne cesserons pas de coopérer avec l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne lorsqu’il s’agit de terrorisme. »

On croirait rêver si ce n’était pas un cauchemar ! Aurore Martin risque aujourd’hui jusqu’à 12 ans de réclusion. Son extradition soulève une vague d’indignation qui ne semble pas près de faiblir. Des élu-e-s socialistes se joignent d’ailleurs à ce mouvement de protestation. Une manifestation sera organisée samedi 10 novembre pour protester contre cette extradition et défendre les droits des militants et des prisonniers de la cause basque. Le Front de gauche appelle à y participer.

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce Gouvernement… Pendant combien de temps encore la prétendue poigne du ministre de l’Intérieur, « ministre préféré des Français« , va-t-elle servir d’alibi pour cacher les errements du Gouvernement en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de lutte contre les inégalités ? La ficelle est vieille comme le monde : focaliser notre attention sur des menaces sécuritaires qui seraient toutes plus graves les unes que les autres, en pensant qu’on oubliera le reste.

J’habite moi-même un quartier populaire de Fontenay : je sais ce que c’est que la petite délinquance, les poubelles et les voitures qui brûlent à intervalles réguliers… Mais je sais aussi que je n’ai jamais eu peur quand je rentre tard chez moi le soir. Je sais surtout que la désespérance naît d’abord de l’absence de perspectives, des fins de mois de plus en plus difficiles à boucler, des vacances continuellement passées à « Fontenay Plage »…

D’ailleurs, 5 mois après l’élection de François Hollande, 79 % des Français se disent préoccupés par le chômage et l’emploi (ils sont 49% à citer ces sujets comme première réponse). Viennent ensuite la santé et la qualité des soins, l’évolution du pouvoir d’achat, le financement des retraites, l’école et la qualité de l’enseignement… La sécurité des biens et des personnes figure bien dans le baromètre mais elle arrive en 10ème position : elle est citée par 27% des sondés ; 4%, seulement, en font leur préoccupation principale ! Pour plus de détails, voir le baromètre réalisé chaque mois par l’institut TNS-SOFRES.

Ayrault et les 35h : il faut attaquer le fond, pas la forme !

A la radio, ce matin, on ne parlait encore que de ça : le nouveau « couac » de Jean-Marc Ayrault qui a répondu, dans une interview donnée au Parisien, que le retour aux 39h de travail hebdomadaires n’était pas une « question taboue »  pour, après, revenir sur ses propos et dire qu’il n’était pas question de toucher aux 35h.

Depuis hier matin, cette sortie du Premier Ministre donne donc un nouveau prétexte aux médias pour s’interroger sur la compétence de Jean-Marc Ayrault. On entend beaucoup parler de son supposé « amateurisme ».

Je dois dire que cette curée médiatique me met assez mal à l’aise. Je la trouve même dangereuse pour la démocratie. Je ne pense pas qu’un homme qui a été Maire d’une des plus grandes villes de France et président d’un des principaux groupes parlementaires pendant de longues années puisse être traité d’amateur. A qui profite ce dénigrement qui semble être devenu un sport national ? On remarquera, bien sûr, que les « ténors » de la droite s’engouffrent dans la brèche pour taxer d’inconséquence ou d’incompétence le Premier Ministre. Quant à Marine Le Pen, elle renvoie les uns et les autres dans leurs cordes, arguant qu’ »ils n’ont plus les manettes, les manettes c’est Bruxelles qui les a« .

Mais, pendant ce temps-là, qui parle du fond ? Car, à mon avis, le problème de Jean-Marc Ayrault, ce n’est pas son incompétence. Son profil d’enseignant me le rend même plutôt sympathique, lui qui est à la tête d’un Gouvernement un peu trop technocrate à mon goût (les ministres qui n’ont pas fait l’ENA se comptent sur les doigts de la main. Quant à leurs cabinets, n’en parlons pas !).

Ce qui m’interroge, c’est que le Premier Ministre d’un Gouvernement de gauche ne réaffirme pas clairement, quand on l’interroge sur les 35h, que la réduction du temps de travail va dans le sens de l’histoire, qu’elle a toujours été un marqueur du progrès social, une conquête obtenue par les travailleurs et accordée par des gouvernements de gauche (le Front populaire en 1936, l’union de la gauche en 1982 et la gauche plurielle en 1998).

Ce qui manque à Jean-Marc Ayrault, comme à une bonne partie de ses camarades socialistes, ce ne sont pas les compétences mais une colonne vertébrale politique.