Communistes/Insoumis, quel avenir en commun ?

« La séquence électorale », selon l’expression consacrée, étant terminée, je mets de côté mon désarroi pour tâcher de partager quelques réflexions. Je préfère prendre le temps de les écrire ici, les invectives et les commentaires à l’emporte-pièce sur les réseaux sociaux me semblant constituer un des aspects les plus désagréables de la campagne qui s’achève (en tout cas, pour ce que j’en ai observé dans ma famille politique).

La progression de l’abstention, une maladie qui nous engage tou.te.s

Je retiens d’abord, de cette séquence qui s’achève, la maladie de nos institutions. A l’élection présidentielle, si le record d’abstention n’a pas été battu (celui-ci datant de 2002  avec 28.4% au 1er tour),  le fait que la participation se soit située en-deçà de celle de 2012 (22.2% au 1er tour et 25.4% au 2nd tour contre 20.5% et 19.6% en 2012) constituait déjà un signal d’alerte. Lors des élections législatives, le phénomène s’est accentué, atteignant des records sous la Ve République (51,3% d’abstention au premier tour).

Nombreux ont été les commentaires sur cette progression de l’abstention mais qui en prend vraiment la mesure et, surtout, qui est prêt à en assumer sa part de responsabilité ?

Pour ma part, je considère que l’abstention est l’affaire de toutes celles et tous ceux qui prétendent exercer un mandat électif et, à ce titre, représenter leurs concitoyen.ne.s. Bien sûr, il faudrait une rénovation profonde de nos institutions et il est inutile de compter sur le nouveau pouvoir pour s’y engager, puisque Macron, comme ses prédécesseurs, a tout intérêt à faire perdurer ce système, qui lui donne les coudées franches pour mettre en œuvre son programme.

Mais, à côté d’un engagement résolu pour la VIe République – comprenant le passage à la proportionnelle aux élections législatives et la suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel – il faut, au quotidien, s’interroger sur ce qui peut permettre de retendre le lien entre les citoyen.ne.s et leurs représentant.e.s.

Le vent du renouveau ?

Dans ce contexte de participation faible, que retenir de cette séquence électorale, qui a tout de même bouleversé la situation politique nationale ?

Tout d’abord, contrairement au story telling dont on nous a abreuvés depuis son élection, il faut souligner la légitimité faible d’Emmanuel Macron. Son score de la présidentielle, au premier tour (8.656M de voix, soit 1.5M de voix de moins que François Hollande en 2012, 2.8M de voix de moins que Nicolas Sarkozy en 2007), ainsi que les études sur les motivations du vote (mettant en avant le phénomène de vote utile, ainsi que l’incarnation du « changement »), montrent qu’il est loin de disposer d’une majorité d’adhésion pour son projet.

Il est toujours délicat de faire parler « la majorité silencieuse ». On peut néanmoins, sans trop se tromper, retenir l’expression d’une colère et le rejet d’un système dépassé. Les leaders en place ont été balayés, les deux grands partis ayant animé la vie politique française depuis des décennies ont été sérieusement ébranlés. Bien sûr, il ne faut pas être dupe de cet effet de « renouveau » : l’Assemblée nationale est renouvelée, rajeunie, féminisée mais l’endogamie sociale continue d’y faire des ravages…

A l’occasion de l’élection présidentielle, l’extrême-droite a continué de progresser, Marine Le Pen atteignant, au second tour de la présidentielle, un score inédit, en pourcentage (33.9%) et en voix (10.6M), et parvenant à gagner 3 millions d’électeurs entre les deux tours. Des verrous ont sauté par rapport au vote Front national, rendant la menace fasciste plus prégnante encore. Le recul du Front national aux élections législatives, notamment lié à l’abstention, ne doit pas nous faire sous-estimer cette menace.

De quoi le résultat de Jean-Luc Mélenchon est-il le nom ?

Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon a créé l’événement. La campagne a permis de porter sur le devant de la scène politique des idées qui n’y avaient plus leur place, elle a suscité de la fierté, ramené au vote des abstentionnistes et permis de renouer avec un vote populaire.

Jean-Luc Mélenchon a aussi réussi à incarner le vote utile à gauche, ce qui est à la fois porteur d’espoir et source de questionnements pour comprendre les ressorts du vote et son ancrage possible dans le temps : en effet, il est difficile de distinguer ce qui relève de l’adhésion à un projet de transformation radicale, du choix du vote le plus utile à un instant t, dans un contexte de crise de la social-démocratie – les deux motivations pouvant bien sûr se conjuguer.

En tout état de cause, la belle dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et le résultat inespéré de 19.6% (7 millions de voix) ne doivent pas faire oublier qu’il est loin d’exister, en l’état actuel des choses et des forces, une majorité d’idées pour la transformation sociale, dans notre pays.

Dès lors, nos responsabilités sont immenses, tout comme la tâche qui nous attend. Avant de dresser quelques perspectives, je pense utile de revenir sur la stratégie de la France insoumise et les relations entre le PCF et la France insoumise, ces derniers mois.

Les relations PCF / France insoumise

Les militant.e.s communistes sont aujourd’hui nombreux à dire : « La France insoumise, sans moi ! », persuadés qu’ils sont d’avoir été maltraités durant la campagne, en particulier pour les législatives. Cependant, chacun devrait se demander si la France insoumise ne s’est pas contentée de nous rendre la monnaie de notre pièce…

En effet, après avoir tergiversé pendant de longs mois pour soutenir Jean-Luc Mélenchon, le PCF aurait voulu obtenir la moitié du gâteau au moment de se partager les circonscriptions pour les législatives. Il reproche en particulier à la France insoumise d’avoir présenté des candidats, souvent venus d’ailleurs (« parachutés »), là où les communistes sont implantés depuis longtemps et nourrissaient des espoirs de reconquête (comme à Ivry ou à Montreuil).

Au final, la France insoumise a gagné l’immense majorité des « primaires » qui l’opposaient aux candidats communistes…, y compris dans des endroits où l’implantation et la notoriété de nos candidats étaient fortes (dans les circonscriptions considérées comme gagnables, avant l’élection, les candidats soutenus par le PCF se sont imposés, face aux candidats France Insoumise, dans deux circonscriptions seulement, celles de Nanterre et de Gennevilliers).

Nous pouvons continuer de déplorer le manque de coopération de la France insoumise mais ce serait oublier que la politique est toujours affaire de rapports de forces. Nous pouvons donc plutôt essayer d’en tirer quelques enseignements, pas toujours agréables mais, si possible, lucides.

  • Tout d’abord, sur la question du « parachutage », avant de le reprocher à d’autres, on doit à l’honnêteté de dire que le PCF l’a lui-même beaucoup pratiqué et si nous avons à peu près abandonné la pratique aujourd’hui, il me semble que c’est moins parce que nous la condamnons qu’en raison de notre affaiblissement, qui limite les possibilités de succès de telles entreprises.  En outre, un « parachuté » d’hier peut devenir un excellent élu… nous en avons trop d’exemples au Parti pour le nier !
  •  Ces duels fratricides ont constitué des épisodes douloureux, dont personne ne sort grandi, quand bien même la France insoumise croit y avoir gagné ses galons de « première force de gauche ». En écrivant ces lignes, je pense bien sûr à mes camarades communistes, dont je connais le dévouement et la loyauté.

Mais aussi cruelle que soit l’épreuve, elle a le mérite de rappeler que les électeurs n’appartiennent à personne et que la notion de « bastions » est bel et bien dépassée. A l’efficacité de l’action quotidienne, à la présence militante assidue – quand elles existent encore – il faut pouvoir ajouter la cohérence d’une stratégie et d’un projet au niveau national.

  • On ne saurait oublier que la France insoumise a aussi réussi à faire élire des député.e.s dans des circonscriptions où l’implantation communiste est beaucoup moins forte et/ou déclinante : ainsi, l’Ariège, qui a envoyé deux député.e.s FI (sur deux sièges possibles), avait toujours, depuis 1958, élu des député.e.s socialistes. En Meurthe-et-Moselle, où Caroline Fiat a été élue face au Front national, il n’y avait plus de députée communiste depuis 1986.

On pourrait développer d’autres exemples (en Gironde ou à Paris) mais ces quelques lignes suffisent à éclaircir le propos : si la France insoumise place une bonne partie de ses troupes dans l’historique « banlieue rouge », elle réussit aussi une percée sur d’autres territoires et ces succès ne sauraient donc se résumer à celui d’un coucou qui se serait couché dans le lit préparé par d’autres.

  • Enfin, on se rappellera que plusieurs députés communistes élus n’avaient pas d’opposition France insoumise face à eux (Marie-George Buffet, Stéphane Peu, Sébastien Jumel, Hubert Wulfranc). Ce sont ces députés (avec les 7 autres) qui permettent aujourd’hui au PCF de se targuer d’avoir un groupe à l’Assemblée nationale.

Une fois posé cela, je ne donne pas pour autant un blanc-seing aux méthodes employées par la France insoumise lors de ces élections législatives.

  • Je continue de penser que « nos » gains (je parle d’un commun qui a eu du mal à exister mais dont je ne désespère pas qu’il advienne…) auraient pu être bien plus importants si nous avions su prolonger et démultiplier la dynamique indéniable née de l’élection présidentielle par un ancrage local fort et des pratiques militantes de proximité. La France insoumise est une toute jeune organisation et je ne doute pas qu’elle développera cet ancrage dans les années à venir.

Mais je pense que la table rase du passé n’est pas la méthode la plus efficace. En tout cas, je suis convaincue que nous aurions pu, dès cette séquence électorale, et à condition de pratiques moins verticales et moins dogmatiques, travailler à mieux mettre en commun nos atouts et, bien sûr, éviter ces candidatures concurrentes qui nous ont éliminés (Insoumis comme PCF) du second tour dans de trop nombreuses circonscriptions (y compris les plus emblématiques, comme celle de Myriam El Khomri, à Paris).

  • Le rajeunissement et la féminisation de l’Assemblée nationale, auxquels contribue la France insoumise, sont une bonne chose (surtout quand on voit que le PCF envoie 9 hommes sur 11…) mais je crois que nous pourrons réellement prétendre avoir contribué au renouvellement du personnel politique quand nous permettrons à des citoyen.ne.s « lambda » de s’engager, d’accéder aux responsabilités et fonctions électives, en bref de s’emparer eux-mêmes du pouvoir et non prétendre toujours l’exercer à leur place.

Or, parmi les député.e.s insoumis, on compte plusieurs cadres du Parti de gauche, constituant la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, avec un profil  de professionnels de la politique. On verra comment ceux qui sont arrivés quelques semaines avant l’élection, dans la circonscription qui les a élus, réussiront leur implantation et s’inscriront dans une action quotidienne de proximité.

En attendant, je préfèrerais toujours la victoire d’une enfant de Gennevilliers, Elsa Faucillon, celle de François Ruffin à Amiens ou, bien sûr, la magnifique campagne conduite par Farida Amrani et Ulysse Rabaté dans des villes, Corbeil et Evry, où ils mènent le combat depuis de longues années.

A l’arrivée de cette séquence électorale, si les états-majors peuvent faire mine de se réjouir – la France insoumise comme le PCF ont réussi à constituer chacun son groupe : la belle affaire ! , les blessures sont vives chez bien des militant.e.s. Que de mots qui blessent, que d’énergie gaspillée, alors que nous avions – nous avons – tant à faire ensemble !

Si l’élection de « 29 député.e.s de combat », comme l’a titré L’Humanité, a fini par apparaître comme une heureuse surprise, c’est pourtant loin de ce que pouvait laisser espérer le score de l’élection présidentielle, y compris en tenant compte de la baisse de participation et des effets de l’inversion du calendrier électoral.

C’est loin aussi, et surtout, du groupe qu’il aurait fallu pouvoir constituer pour s’opposer de manière efficace à la politique d’Emmanuel Macron et son Gouvernement et, ainsi, être fidèles au mandat donné par les 7 millions d’électeurs de la présidentielle.

Je sais que nos député.e.s feront leur possible pour remplir au mieux leur rôle, notamment auprès de leurs concitoyen.ne.s, mais dans la configuration actuelle de l’Assemblée, où le Président dispose d’une majorité absolue, ils n’en seront pas moins circonscrits, pour une grande part, à un rôle de porte-voix, sans possibilité réelle d’infléchir le travail parlementaire.

Alors, quel avenir en commun ?

Le défi qui se pose à nous, qui voulons continuer de rêver aux jours heureux et nous engager pour les faire advenir, m’apparaît aujourd’hui s’articuler autour de quatre séries de questions :

  • Quelle actualité du clivage gauche / droite ? quelle pensée de la transformation sociale ?

Au delà de son résultat, l’intérêt et la dynamique qu’a suscités la campagne de Jean-Luc Mélenchon ont révélé – ou rappelé – l’attente d’une véritable alternative et l’audience des idées de justice sociale, de transition écologique, de renouveau démocratique. Pour autant, la majorité d’idées n’existe pas ou, en tout cas, n’est pas constituée de façon solide.

Les repères sont brouillés, la gauche est discréditée ou vide de sens pour bien des électeurs. Jean-Luc Mélenchon a tenté de contourner le problème en substituant au clivage gauche/droite, l’opposition entre le peuple et les élites.

Cette substitution est-elle le juste chemin pour reconquérir la majorité d’idées dont nous avons besoin ? Je suis encore réticente à m’y engager, car je pense que le chemin reste aussi important que l’objectif à atteindre. Je me méfie des compromissions auxquelles il faudrait consentir pour traverser « le moment populiste » mais je sais aussi reconnaître le mérite de l’efficacité.

  • Quel rapport à l’exercice des responsabilités ? Quelle construction pour un rassemblement majoritaire ?

Dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon a su comprendre et capter la recherche, à la fois, d’une rupture franche avec les accords d’appareils, à géométries variables, et le besoin d’une cohérence dans la ligne et la stratégie défendues.

A ce sujet, il a notamment tiré enseignement des errements du Front de gauche.

Dans ce que donne à voir la France insoumise de son fonctionnement (charte d’engagement pour les législatives, fonctionnement du groupe parlementaire, création de groupes France insoumise dans les municipalités où cela est possible…), on voit que le souci de cette cohérence, associé à un enjeu de visibilité et d’installation dans le jeu politique, est prégnant.

Mais comment cela peut-il se concilier avec la recherche de majorités pour emporter des combats d’idées mais aussi des victoires électorales ? La France insoumise considère-t-elle, comme le PCF au temps de sa splendeur, que les majorités doivent se construire autour d’elle ?

A mon avis, les résultats décevants des élections législatives devraient, au contraire, engager la France insoumise à se garder de toute tentation hégémonique sauf à considérer, pour les années à venir, que son implantation dans le paysage politique national est plus importante que les changements concrets à faire advenir, qui nécessitent de construire et d’emporter des majorités.

Toutes ces questions peuvent bien sûr être posées en vue de prochaines échéances électorales, à commencer par les élections municipales mais elles dépassent le seul enjeu des élections et renvoient bien sûr à l’histoire de la gauche (ou des gauches) en France et en Europe.

  • Quel engagement citoyen ? Quelle mobilisation des classes populaires ?

Dans le contexte d’une abstention un peu plus élevée qu’en 2012 (+2 points, à 22.2%), la candidature de Jean-Luc Mélenchon a suscité une dynamique réelle. Nous l’avons notamment vu dans les quartiers populaires, où un vote spontané semblait s’exprimer, y compris chez des abstentionnistes de longue date.

Mais la France insoumise aurait tort de penser que les 7 millions de voix de la présidentielle sont acquises et qu’elles constituent un socle solide, voire monolithe, pour se projeter plus loin. Les législatives ont commencé de le montrer. Cela tient certes à notre système institutionnel, aux effets de l’inversion du calendrier électoral, à la dévalorisation des élections législatives, au sentiment de saturation ressenti par les électeurs.

Mais on a aussi constaté un phénomène de sur-abstention aux législatives, chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui tient à la fois à la sociologie de son électorat (dans les quartiers populaires) mais aussi, pour une part qu’il est difficile de quantifier, à la déception ressentie par certains électeurs de la présidentielle, tant concernant le positionnement de second tour, que la stratégie employée pour les législatives.

Cela nous rappelle le travail acharné que nous avons à produire pour passer d’un vote ponctuel à une réelle mobilisation populaire, pour faire passer le cap de l’engagement à des milliers, des millions de citoyens. Or, sans cette force populaire, il ne sera pas possible de conquérir les majorités d’idées et les majorités de vote dont nous avons besoin.

  • Quelle place pour les organisations politiques ?

La France insoumise continue de revendiquer ne pas être un parti politique. A mon avis, cela ne pourra pas durer très longtemps car il lui faudra donner à la fois des gages d’efficacité et de démocratie.

Comme l’écrivent les signataires de l’appel Front commun, « d’une manière ou d’une autre, il faut donc inventer, dans notre société socialement et politiquement diverse, les moyens de construire la force politique commune dans lequel tous les courants partisans des nécessaires ruptures économiques, écologiques et institutionnelles (insoumis, communiste, socialiste, écologiste, libertaire, féministes, altermondialistes, etc.) pourront trouver leur place, et susceptible ainsi d’être le ciment d’un rassemblement majoritaire. »

Certain.e.s considèrent que cette nouvelle force politique existe déjà, du moins à l’état d’embryon, et qu’elle se nomme la France insoumise. Pour ma part, je suis partagée entre le souci de l’efficacité (partir de l’existant et du socle le plus large possible) et mes réticences, tenant tant à la prise en compte de mon identité, qu’à mon aspiration à des pratiques politiques renouvelées, que je n’ai pour l’instant pas observées dans la France insoumise. Mais c’est aussi en investissant un espace qu’on peut en élargir les murs…

Je me donne l’été pour réfléchir !

 

Penser au temps d’après

De la séquence présidentielle désormais achevée, et pour les tâches qui nous attendent dans les semaines et mois à venir, je tire les premiers éléments de réflexion suivants :

Le score de Jean-Luc Mélenchon constitue un très beau résultat, dont on peut dire qu’il est loin d’avoir été anticipé, en tout cas par la majorité d’entre nous. Ce résultat valide une stratégie, celle d’une rupture franche avec les accords d’appareil ; il donne une visibilité et une crédibilité à un projet de transformation sociale qui portait, dans cette élection, le nom de « L’Avenir en commun » ; il s’accompagne de l’émergence d’une nouvelle force politique, La France insoumise.

Ces trois points, qui constituent les éléments de force, méritent d’être développés :

  • Sur la stratégie, je ne partage pas les regrets de ceux qui, au lendemain du premier tour, ont continué de déplorer l’absence d’accord entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, censé permettre d’accéder au second tour, tout d’abord parce que ceux-là pensaient en général que ce rassemblement devait s’opérer autour de Benoît Hamon, comme si, d’une part, le candidat socialiste restait la candidature maximum et naturelle de la gauche et comme si, d’autre part, la personnalité et le talent de Jean-Luc Mélenchon, donc la dimension individuelle de sa candidature, ne prenaient pas une part déterminante dans la dynamique de sa campagne.

Jean-Luc Mélenchon a anticipé avant tout le monde les errements auxquels conduisait toute stratégie de primaire et a senti mieux que quiconque le rejet dont faisait l’objet non seulement le Parti socialiste mais, au-delà, ce qu’on peut qualifier de « vieille politique » se traduisant par des accords d’appareil à géométrie variable. Bien que son lancement de campagne ait été solitaire, il a su incarner la cohérence d’un discours et le courage de l’indépendance, ce qui a été mis à son crédit et a fait oublier son profil de « vieux » professionnel de la politique – pourtant si reproché à d’autres ;

  • Sur le projet, quel dommage que le PCF ait si longtemps tergiversé pour se réclamer de « L’Avenir en commun », croyant bon de donner à voir des points de divergence, alors que l’essentiel était ailleurs : plus pédagogue qu’en 2012, ayant mûri son projet et sa posture, Jean-Luc Mélenchon a donné un écho nouveau à bien des idées que les communistes portent depuis longtemps, les enrichissant de ce qui a germé dans les courants de pensée de la gauche alternative, ces dernières années, notamment au sujet de l’épuisement des ressources naturelles et de la nécessaire transition écologique qui en découle et donnant à l’ensemble une dimension et une cohérence nouvelles, par son talent et sa hauteur de vue ;
  • Sur l’émergence d’une nouvelle force politique, nul ne saurait sous-estimer le poids que représente un mouvement que 500 000 personnes ont décidé de rejoindre, l’aspiration que cette nouvelle forme de rassemblement et d’engagement a rencontré.e. chez nombre de citoyen.ne.s, notamment des jeunes (je ne dispose pas des chiffres mais c’est qui transparaissait dans les rassemblements publics organisés par la France insoumise au cours de la campagne) et la continuité qui peut être donnée à ce mouvement.

 

Pour conforter ces points d’appui, la lucidité commande néanmoins de voir les éléments de fragilité, qui pourraient enrayer la belle dynamique. Je les résumerais ainsi : le rassemblement initié dans cette campagne n’épuise pas la question de l’engagement et la nécessité de renouveler le personnel, comme les pratiques politiques. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon ne suffit pas non plus à donner une majorité à nos idées, pas plus qu’il ne garantit de renouer de façon durable avec un électorat qui s’est éloigné de la gauche. Enfin, les errements déjà constatés à l’occasion des élections législatives montre que la nécessaire recomposition politique peut encore connaître bien des soubresauts, qui nous feront perdre un temps précieux.

  • Sur l’engagement, je crois que le modèle proposé par la France insoumise correspond à une forme souple d’engagement, qui répond à un rejet des partis politiques, tout en restant marqué par une verticalité qui me semble bien peu moderne. Le refus de se structurer en parti empêche la délégation de pouvoir et la désignation de responsables, ce qui peut sembler louable mais ce qui conduit à concentrer le pouvoir dans les mains d’un petit nombre, ce qui est le lot des partis politiques… mais qui prend, ici, un caractère d’opacité plus prononcé encore qu’ailleurs.

Par ailleurs, le besoin d’assurer la cohérence d’une ligne au niveau national est devenu le prétexte pour (ou, pour le dire de façon moins suspicieuse, a conduit à) retirer une grande partie du pouvoir d’initiative et de décision à l’échelon local. Sur le moyen terme, et sans la dynamique d’une campagne présidentielle centrée autour d’un candidat fédérateur et fortement animée sur les réseaux sociaux (notamment), il est possible que ce fonctionnement lasse et trouve des limites ;

  • Sur la majorité d’idées, le score de 19.6% réussi par Jean-Luc Mélenchon ne doit pas faire oublier que la gauche reste très largement minoritaire dans le pays. Si on veut bien additionner aux voix de Jean-Luc Mélenchon, celles de Benoît Hamon et des deux candidats de l’extrême-gauche, on atteint à peine 28% des suffrages exprimés.

En outre, si Jean-Luc Mélenchon réalise des scores tout à fait remarquables dans les villes et quartiers populaires, notamment dans ce qu’il fut coutume d’appeler la banlieue rouge, il demeure un déficit de participation dans ces quartiers, où réside sans doute le réservoir de voix qui aurait pu permettre l’accession au 2ème tour et, plus largement, cette majorité pour nos idées qui reste à conquérir.

Pour illustrer mon propos, je prends quelques exemples : à Bobigny, JLM réalise 43% mais l’abstention monte à 38% (+17 points par rapport à l’abstention au niveau national), à Saint-Denis, JLM réalise 43.4% et l’abstention était de 33.5% (+12.5 points), à Gennevilliers JLM réalise 46% (son meilleur score dans les villes de plus de 30 000 habitants) et l’abstention est de 25% (+4 points) ; à Montreuil, JLM réalise 40% et l’abstention est de 25% (+ 4 points). Dans toutes ces villes, on notera au passage que le Front national est contenu très en-deçà de son résultat national (avec un résultat entre 8 et 12%), ce qui montre qu’il n’y a pas de fatalité à ce que l’électorat populaire se tourne vers l’extrême-droite.

Ce déficit de participation, dans des villes où le score de Jean-Luc Mélenchon est très élevé, me semble démontrer qu’un travail de terrain, aussi méticuleux qu’ancré dans la durée, est nécessaire pour ramener au vote des électeurs qui s’en sont durablement éloignés. Cela est d’autant plus indispensable qu’on s’approche d’élections pour lesquelles la participation est toujours beaucoup plus faible que pour une présidentielle (c’est le cas des élections législatives pour lesquelles, en 2012, la participation avait crû de 22 points entre le premier tour de la présidentielle et le premier tour des législatives). C’est aussi, et bien sûr, un enjeu démocratique qui dépasse l’enjeu électoral.

  • Sur la recomposition politique, l’échec des négociations entre le PCF et la France insoumise porte déjà un coup d’arrêt à la dynamique de l’élection présidentielle. Si cet échec est en germe depuis bien longtemps, il n’en désespère pas moins ceux, parmi les militant.e.s, qui avaient tenté de l’éviter et ceux, parmi les nouveaux convaincus, qui ne peuvent comprendre une telle incapacité à se mettre d’accord.

Avec ces élections législatives, faute d’accord entre le PCF et la France insoumise, nous courons à la catastrophe, indignes de l’espérance qui s’est levée autour de Jean-Luc Mélenchon. Le temps viendra d’analyser les raisons qui conduisent à cette impasse coupable : cette analyse sera indispensable pour recomposer, sur des bases solides, la gauche de transformation sociale. Or, ni le PCF, ni la France insoumise ne sortiront grandis de cette séquence législative, ce qui est un mauvais point de départ pour un dialogue serein et respectueux.

Pour l’heure, un ami me faisait remarquer que la situation actuelle peut se lire à l’aune du dilemme du prisonnier : en théorie des jeux, cela caractérise une situation où deux joueurs auraient intérêt à coopérer, mais où, en l’absence de communication entre les deux joueurs, chacun choisira de trahir l’autre si le jeu n’est joué qu’une fois.

L’image me semble assez juste. En tout cas, nous sommes nombreux à nous sentir prisonniers de mauvaises décisions qui ont été prises, de querelles que nous n’avons pas voulues, et qui risquent de laisser des traces profondes entre des militant.e.s qui devraient être des partenaires naturels, sans compter l’image désastreuse que nous renvoyons aux électrices et électeurs.

Les Insoumis ont, pour eux, le rapport de forces et la conviction que la présidentielle leur donne la légitimité pour imposer le cadre de la France insoumise, misant sur un report de dynamique et, donc, de voix de la présidentielle vers les législatives dont ils surestiment, à mon avis, l’effet. Ils ont également peu à perdre puisqu’ils ne disposent pas aujourd’hui de représentation parlementaire et qu’ils semblent faire de l’élection de quelques personnalités nationales l’enjeu principal des ces élections législatives.

Pour les communistes, la situation est plus cruelle, puisque le rapport de forces nous est défavorable (nous n’avons pas fini de regretter ce soutien si tardif, puis si timide, à Jean-Luc Mélenchon) et que la division risque de nous faire perdre dans les quelques circonscriptions où nous avons encore des député.e.s et dans celles où nous nourrissons des espoirs légitimes de reconquête.

Pour sortir de ce dilemme, il faudrait (ou il aurait fallu) que chacun puisse dépasser son réflexe premier d’orgueil, pour penser à ce qui constitue le commun combat : faire entrer un maximum de député.e.s à l’Assemblée pour pouvoir marcher sur deux jambes (la rue et le Parlement) dans les luttes à venir. Mais il semble qu’une nouvelle fois, nous, militant.e.s dévoués et, surtout, électrices et électeurs pleins d’espoir, devions être sacrifiés à l’aune de logiques d’appareils. 

Pour ma part, j’essaie, pour dépasser la colère présente, de penser au temps d’après, quand les élections législatives, qui se solderont par une occasion historique manquée, auront rappelé le caractère indispensable du rassemblement. Nous aurons encore perdu un temps précieux – et ce sera difficile de nous le faire pardonner, mais nous n’aurons d’autre choix que de nous asseoir, une nouvelle fois, autour d’une même table.

Après le vote des communistes, soulagement et espoir

Ce week-end, les communistes français ont choisi, à 53.6%, de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, inversant le vote des cadres du Parti, trois semaines plus tôt (à l’issue de la Conférence nationale du 5 novembre).

Je suis soulagée de ce résultat mais je ne peux pas dire que je m’en réjouis. J’en conçois même une certaine amertume, à la vue de toute cette énergie dépensée, ces derniers mois, à étaler et exacerber nos divergences internes, prenant le risque de nous abîmer profondément.

Certes, il était nécessaire que le débat ait lieu et que les points de vue cheminent mais nous ne nous sommes pas facilité la tâche. L’heure n’est pas à régler des comptes, ni à analyser les failles de notre fonctionnement de parti. Nous avons déjà perdu suffisamment de temps et nous avons tant à faire.

J’espère que les communistes vont pouvoir se rassembler et être là où ils sont le plus utiles : sur le terrain, déployant leur énergie et leur intelligence militantes, non au service d’un homme providentiel, mais à disposition d’un rassemblement qui doit s’élargir, de propositions qui doivent se faire connaître, de voix qu’il est nécessaire de faire entendre.

A Fontenay, comme partout, il me semble impératif de déployer rapidement une campagne publique de proximité, joyeuse et déterminée, qui nous fasse retrouver et, si possible, décupler l’élan de 2012. Entre partenaires politiques, au sein de l’assemblée citoyenne du Front de gauche, avec les représentant-e-s de la France insoumise, nous avons besoin de nous parler, de nous comprendre pour, sans attendre davantage, occuper l’espace public, recouvrir les murs, frapper à chaque porte qui voudra bien s’ouvrir, afin de semer, une à une, les graines qui feront grandir l’espoir.

Nous sommes condamné-e-s à réussir.

Conférence nationale des communistes : pour un choix lucide et courageux

Les communistes sont réuni-e-s aujourd’hui en conférence nationale, pour débattre de leur choix pour l’élection présidentielle, entre le soutien à Jean-Luc Mélenchon et la désignation d’un-e candidat-de communiste. Je reproduis ci-dessous l’intervention que j’ai prononcée à cette occasion.

Je me permets tout d’abord de remercier Pierre Laurent pour sa prise de position, en faveur du soutien à Jean-Luc Mélenchon. Je la trouve courageuse, au terme d’un engagement sincère et obstiné pour construire le rassemblement le plus efficace possible. Je la crois lucide, prise à la lumière du rapport de forces qui se dessine, attentive à ce qui se dit chez les communistes, qui ne sont pas tous d’accord, mais qui veulent tou-te-s entrer en campagne et retrouver le sentiment de leur utilité.

Il me semble important que la conférence nationale se prononce pour un soutien clair à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui ne soit pas un choix sans enthousiasme, mais une prise de position exigeante et optimiste.

La candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a pas vocation, comme nous l’avons entendu souvent, à n’être qu’une candidature de témoignage. S’il existe un infime espoir qu’un candidat de gauche soit présent au 2nd tour, c’est Jean-Luc Mélenchon qui l’incarne. Cet état de fait ne changera plus, surtout pas avec un candidat issu du PS ou ayant participé au Gouvernement. Mais, surtout, la candidature de Jean-Luc Mélenchon peut permettre d’ouvrir un nouvel espace politique.

Les contours de cet espace politique, son mode de fonctionnement, son positionnement sur l’échiquier politique nous posent des questions. Il ne peut pas s’appeler seulement « France insoumise ». Mais, pour nous poser toutes ces questions et, surtout, être en mesure d’y apporter notre part de réponses, encore faut-il que cet espace existe et que nous en soyons.

C’est pourquoi les communistes ne peuvent pas, ne doivent pas être absents de cet espace politique, que la candidature de Jean-Luc Mélenchon nous permet d’ouvrir :

Par ce choix, il ne s’agit pas d’assurer notre survie, bien qu’il en soir aujourd’hui question. Il s’agit de représenter la famille communiste, d’apporter nos idées, indispensables pour construire l’alternative de gauche que nous appelons de nos vœux depuis de longues années.

Il ne s’agit pas de nous rallier, d’être les petites mains invisibles de la campagne d’un leader tout puissant, bien que plus plus notre décision tarde, plus ce risque sera grand. Il s’agit de diffuser nos pratiques, de permettre un élargissement du rassemblement, par notre présence sur le terrain.

Enfin, il ne s’agit pas, par ce choix, de sauver des places, bien que la question des élu-e-s et, en particulier, des député-e-s soit essentielle. Il s’agit de porter nos exigences, notre capacité à porter le renouvellement, à faire émerger de nouvelles figures et de nouvelles pratiques politiques, pour enfin réconcilier les citoyen-ne-s et la politique.

Cher-e-s camarades, faire de la politique, en tout cas comme nous souhaitons en faire,  c’est-à-dire en partant du mouvement réel des choses, c’est toujours faire des choix et, par ces choix, prendre le risque d’abandonner un peu de nous-mêmes pour donner une chance à nos idées de vivre, de prospérer.

C’est le choix que les communistes ont fait plusieurs fois dans leur histoire, avec courage et lucidité. C’est le choix que nous devons faire aujourd’hui.

Appel à faire front commun en 2017

Je reproduis ci-dessous le texte que je viens de co-signer pour appeler à « faire front commun » en 2017 (à retrouver et signer sur www.frontcommun.fr)

Cette signature n’enlève rien de mes réserves à l’égard de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de faire de la politique tellement Ve République, ses prises de positions douteuses (sur les travailleurs détachés, sur le burkini, sur certains points de politique étrangère…), sa France insoumise qui n’est pas la mienne.

Cette signature, c’est une tentative d’aller de l’avant, pour retrouver du collectif, des perspectives, ne pas se laisser piéger dans des débats interminables et sans issue.

C’est une signature pleine de doutes, qui tient compte du contexte dans lequel nous sommes tenus d’agir, qui n’oublie pas ce que nous n’avons pas su ou voulu faire ces dernières années pour être à la hauteur de l’espoir ouvert par le Front de gauche en 2012 et qui mesure tout le chemin qui reste à parcourir pour faire de la politique autrement.

 
Citoyennes et citoyens de gauche, organisés ou non, nous voulons que les élections présidentielle et législatives de 2017 soient utiles pour ouvrir dans notre pays une perspective politique de progrès humain, démocratique, social et écologique.

Après cinq ans de gouvernements se réclamant de la gauche tout en poursuivant les politiques néolibérales et autoritaires de la droite, l’écœurement et la colère risquent de se traduire par une abstention record de l’électorat populaire, une défaite historique du parti socialiste et la victoire d’une droite radicalisée flanquée d’une extrême droite plus menaçante que jamais. Quant à la gauche de transformation sociale et écologique, qui avait commencé à créer du neuf, notamment avec le Front de gauche, elle pourrait bien revenir une nouvelle fois à sa dispersion antérieure et tuer pour longtemps l’espoir qu’elle avait réussi à faire naître en 2012. Nous ne voulons pas de ce scenario épouvantable qui aboutirait à un très dangereux face à face entre néolibéralisme et néofascisme, confortant la supercherie visant à faire passer celui-ci pour la seule alternative envisageable au « système » qui ravage nos sociétés. Le pire deviendrait alors possible.

Au vu des risques bien réels d’une catastrophe politique aux conséquences incalculables, nous en appelons à l’esprit de responsabilité et d’audace de toutes les forces de la gauche de transformation sociale et écologiste. Elles sont diverses, à l’image du peuple qu’il s’agit de rassembler, comme des combats dont elles sont héritières : socialiste, communiste, écologiste, libertaire, féministe, anticolonialiste, pacifistes, altermondialistes, etc. Mais elles ont tellement en commun comme l’ont montré l’adoption du programme « l’Humain d’abord » il y a cinq ans, les luttes que nous avons mené ensemble et l’intérêt soulevé en Europe par des expérience novatrice comme celle de Syriza et Podemos qu’il serait inacceptable qu’elles ne réussissent pas à se rassembler aujourd’hui pour mener ensemble le combat difficile qui s’annonce.

Dans cet esprit, nous décidons de nous engager dans la campagne électorale de 2017. Les jeux ne sont pas faits. En profondeur, le peuple français est en attente. Les mobilisations au moment de la COP 21, celles contre la déchéance de nationalité et à Notre Dame des Landes, contre la loi travail et Nuit debout ont montré que, dans l’autonomie de leurs mouvements et dans leurs diversités, les exigences de justice sociale et écologiste, d’égalité, de démocratie sont toujours bien vivantes. Elles doivent pouvoir trouver l’expression de leur potentiel politique. Il est donc vital de créer un élan, et pour cela de jeter de toute urgence les bases du rassemblement politique à construire.

Il faut aujourd’hui pour cela une nouvelle proposition politique, un programme et des candidatures en rupture avec l’ordre productiviste et néolibéral, permettant un très large rassemblement de forces et de personnalités représentatives des différentes sensibilités de gauche, à égalité avec des citoyennes et des citoyens engagées dans la vie politique, syndicale, associative, intellectuelle et culturelle.

En l’état, EELV s’apprête à désigner son candidat. Les « frondeurs » du PS risquent, après la primaire, de se retrouver à soutenir un candidat qu’ils n’ont eu de cesse de combattre. Le Front de Gauche est éclaté. Le Parti communiste désigne ses candidats aux législatives et annonce qu’il décidera le 5 novembre prochain de la candidature qu’il présentera ou soutiendra pour la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a annoncé la sienne et entend que « La France insoumise » qu’il a créée soit le cadre unique d’organisation des campagnes électorales de l’an prochain. Cet éparpillement serait suicidaire. Et des candidatures fratricides, y compris aux législatives, aboutiraient à un désastre complet.

Nous refusons de laisser une nouvelle fois le piège de l’élection présidentielle et les débats sur une candidature ruiner tout espoir avec la vaine recherche d’une femme ou d’un homme providentiel. Une candidature de large rassemblement est possible et peut résulter d’une construction collective impliquant directement, au-delà des forces concernées, les citoyen-nes. Quels que soient les arguments des uns et des autres ou les divergences que nous pouvons avoir avec lui, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique. Elle exprime dans les classes populaires le refus à gauche de la politique mise en œuvre par François Hollande. A près de six mois de l’échéance, il serait, à nos yeux, irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation. Cependant son mouvement « La France insoumise » ne représente qu’une partie des forces disponibles. Réussir à les rassembler très largement nécessite une alternative politique pluraliste, démocratique, répondant aux exigences d’un fonctionnement plus horizontal et citoyen portées notamment par la mobilisation contre la loi travail et les Nuits debout.

Il faut donc franchir une étape. Afin de nous engager toutes et tous ensemble dans ce combat politique si important pour l’avenir de notre pays, il est indispensable que soit constitué au plan national, avec toutes les parties concernées, un lieu d’échange et de coordination qui rendra compte de notre diversité politique et sera ouverte aux acteurs des mouvements sociaux, aux intellectuels, créateurs et artistes, qui manifestera notre ambition commune et donnera à nos campagnes présidentielle et législatives la plus grande efficacité. Nous proposons que celles et ceux qui entendent se joindre à notre appel contribuent activement à la convergence des forces sociales et politiques de gauche et écologiste dans les villes, les départements et les 577 circonscriptions législatives, avec les organisations locales de « la France insoumise », du PCF et du PG, d’Ensemble, d’EELV et des groupes de socialistes critiques, ceux de l’Appel des cent, les assemblées citoyennes créées dans le cadre du Front de gauche ainsi que les citoyennes et citoyens, celles et ceux qui se sont mobilisés depuis des mois contre la politique du gouvernement, les femmes et les hommes susceptibles de participer à une démarche de rassemblement et d’innovation à gauche pour 2017. C’est la clé d’une convergence à gauche audacieuse et déterminée, d’une véritable dynamique collective et donc du succès. Nous prenons à cette fin toutes les initiatives nécessaires.

Nous appelons toutes les femmes, tous les hommes et toutes les forces de progrè s à se joindre à cette démarche en signant cet appel et en s’engageant concrètement pour la réalisation des objectifs qu’il se fixe. C’est la condition pour échapper au piège qui nous est tendu en 2017. Et pour que cette campagne marque une étape décisive dans la reconstruction dans notre pays d’une gauche digne de ce nom.

Oui à la laïcité, non aux discriminations !

Je m’associe pleinement à l’appel que plusieurs collectifs, défendant notamment les droits des femmes portant le voile, ainsi que des universitaires et des personnalités engagées à gauche ont publié, en cette date symbolique du 18 juin : « Appel du 18 juin 2014 : oui à la laïcité, non aux discriminations ».

L’appel, que vous trouverez ci-dessous, demande l’abrogation de la circulaire Chatel, qui interdit aux mères d’élèves de participer aux sorties scolaires, lorsqu’elles portent le voile. Dans ces lignes, je m’étais moi-même déjà insurgée contre cette humiliation faite à certaines femmes (pratiquée dans au moins une école de Fontenay) et avais rappelé mon opposition à la loi du 15 mars 2014, sur le port de signes religieux à l’école.

Cette position ferme n’enlève rien à mes interrogations sur le voile. Mais je m’interdis de porter un jugement sur celles qui font le choix de le porter et, surtout, je reste convaincue que la République ne peut être fidèle à elle-même quand elle fait le choix de l’exclusion, de la discrimination, de l’humiliation. Quant au repli communautaire, si souvent brocardé comme une menace et utilisé en réalité pour stigmatiser une seule religion, il serait temps de l’analyser davantage comme un symptôme que comme une cause d’une République qui va mal.

Partout, des exemples nous laissent heureusement penser que le vivre ensemble est toujours possible, bien qu’il nous appartienne de l’entretenir, de le développer comme un bien commun, à la fois fragile et précieux.

L’inauguration de la mosquée de Fontenay, hier, en présence de la communauté musulmane mais aussi des élu-es, des représentants des communautés juive et chrétienne, de Fontenaysien-nes en est une belle illustration. Je suis fière que ce projet, porté depuis de longues années par l’Association Cultuelle Musulmane Fontenaysienne, ait été soutenu par la municipalité (malgré l’opposition d’une partie de la majorité municipale d’alors). Ce fut « un moment de joie et un moment d’histoire pour notre ville », comme l’a justement souligné M. le Maire, un moment qui appartient à la communauté des citoyen-nes.

Appel du 18 juin : oui à la laïcité, non aux discriminations

Nous, femmes voilées interdites de sorties scolaires, mais aussi parents d’élèves, femmes, syndicalistes, politiques, militant-e-s associatifs, femmes et hommes politiques, intellectuel-le-s, citoyen-ne-s, lançons un appel pour le respect de la laïcité et la fin des traitements discriminatoires

A l’heure où la France fait la une des journaux du monde entier, où la patrie des droits humains est devenue la patrie du rejet des étrangers, des « autres », de toutes celles et de tous ceux qui ne correspondent pas à la norme dominante (blanc, homme, chrétien, riche…), nous lançons cet appel pour tenter un sursaut et faire émerger de l’intelligence, du désir d’être ensemble quelles que soient nos différences.

Parce que nous portons un foulard, nous n’avons pas le droit d’accompagner nos enfants aux sorties scolaires, mais nous avons le droit de nous présenter aux élections de délégués de parents d’élèves, nous avons le droit de siéger dans les conseils d’écoles, nous avons le droit de participer aux activités dans l’enceinte de l’école mais nous sommes surtout les bienvenues pour faire des gâteaux…

Nous ne pouvons pas trouver les arguments cohérents pour expliquer cela à nos enfants, sans parler des doutes et interrogations qu’ils vivent chaque jour face à l’exclusion de leur mère. Que penser à leur âge de la maltraitance subie par leur maman de la part de l’institution scolaire ?

Malgré la multiplication des agressions, des discriminations et des humiliations… que nous subissons chaque jour devant nos enfants, nos voisins, les parents d’élèves, les enseignants, nous poursuivons nos mobilisations et nos actions, pour que la laïcité, qui articule la neutralité des institutions et les libertés individuelles des citoyens, soit enfin respectée et appliquée.

Notre résistance face à toutes ces intimidations s’amplifie chaque jour afin de poursuivre notre but : citoyennes de ce monde, nous revendiquons l’égalité pour toutes. Nous exigeons l’arrêt des traitements discriminatoires.

Rien ne nous fera reculer, nous sommes déterminées à être présentes, engagées à part entière dans cette société, à l’école comme dans nos quartiers, au travail comme dans nos familles. Partout où nos droits sont bafoués.

Nous, signataires de cet appel, demandons l’abrogation de la circulaire Chatel, cette circulaire sexiste et islamophobe, ainsi que toutes les lois et circulaires discriminatoires qui l’ont précédée.

Islamophobie, discriminations, sexisme, injustice, inégalités, stigmatisation : ça suffit.

Nous invitons les femmes, les parents d’élèves, la société civile, les journalistes, les intellectuels, les enseignants, les politiques, les mouvements féministes et les associations à nous rejoindre et à soutenir ce combat : celui de la laïcité, celui de l’égalité, à mettre fin à ces peurs sans cesse agitées favorisant la montée de l’extrémisme qui contribue à monter les populations les unes contre les autres.

« J’habite une douleur »

Ce qui est le plus choquant ce matin, c’est que la France ne soit pas choquée. « Séisme », « tsunami », les images ne manquent pas mais elles sont trop éculées pour faire sens. Les discours des responsables politiques tournent à vide. Le traumatisme du 21 avril 2002 semble appartenir à un autre siècle. 

Dans un contexte d’abstention très élevée (56,9%), un électeur sur quatre, soit 4 701 051 personnes, a voté pour les listes du Front national. C’est 1,7 million de voix en moins que le score de Marine Le Pen à l’élection présidentielle.
 
Au cours de cette élection européenne, il n’y a donc pas davantage de personnes qui ont franchi le pas de voter pour l’extrême-droite. La progression du Front national n’est pas numérique, elle est psychologique. Qui est encore convaincu que le Front national est un parti dangereux pour la démocratie ? Qui s’est réveillé ce matin en ayant peur de ce qui se passe dans notre pays ?
 
Voilà bien ce qui m’inquiète. Il existe encore une majorité de Français qui ne sont pas prêts à voter pour le Front national. Mais ils sont de plus en plus nombreux à rester indifférents, voire à se dire « après tout, pourquoi pas ? ».
 
Je ne me joins pas aux discours de ceux qui blâment les abstentionnistes. Il existe des comportements négligents, désinvoltes vis-à-vis du vote, qu’il faut sûrement continuer de condamner. Mais je crois que l’abstention est devenue, dans notre pays, un phénomène politique.
 
Pour aller voter, il faut être convaincu que le vote peut avoir un impact sur la vie réelle. De ce point de vue, l’élection européenne est sans doute la plus compliquée. Il n’est plus à démontrer que l’Union européenne est une construction éloignée des citoyens, dans le fond et dans la forme. Si les analystes disent que les électeurs se sont déterminés sur des considérations européennes, je crois que la politique menée dans le pays est aussi pour beaucoup dans les choix fait par nos concitoyens – dans le vote comme dans l’abstention.
 
En tout cas, j’ai été frappée de voir certaines personnes très investies dans la campagne pour l’élection municipale ne pas comprendre l’intérêt d’aller voter pour l’élection européenne. Au moment des municipales, j’avais souligné, avec d’autres, cette perception de la commune comme rempart. Pour filer la métaphore, il est difficile de faire comprendre qu’il s’agit d’un rempart dont les fondations sont de plus en plus fragiles, si on ne change pas les orientations prises dans le pays et en Europe.
 
Au niveau local, nous allons être condamnés à l’impuissance et les citoyens nous reprocheront – à raison ! – cette impuissance, sans saisir qu’ils en sont aussi responsables. Voilà le difficile mandat qui est le nôtre : continuer de mener et, si possible, de développer des politiques solidaires, utiles au plus grand nombre, tout en faisant progresser la conscience d’un système qui ne tourne pas rond et d’une responsabilité collective pour le remettre à l’endroit.
 
Dans mes nouvelles fonctions, qui me mettent notamment en contact avec de nombreuses associations locales, j’ai décidé de ne pas cacher les difficultés auxquelles nous faisons face, d’une part parce que la situation ne m’en laisse pas vraiment le choix (nous avons voté un budget avec des lignes de fonctionnement en baisse !) mais aussi car je me dis qu’il existe une seule alternative : soit nous parvenons à transformer les colères, les déceptions que suscite cette situation en mouvement pour le changement, en point de départ pour la mobilisation ; soit il n’y aura de toute façon bientôt plus d’intérêt à être élu local, si tant est qu’on considère que le seul intérêt du mandat électif, c’est la capacité à changer les choses.
 
Dans ce mandat, plus que jamais, je continuerai donc d’être une élue et une militante, une adjointe au Maire consciencieuse et une ouvrière zélée de la construction du Front de gauche, ouverte à la critique, bâtisseuse de petits ponts, à la disposition du rassemblement. Fontenay, qui a placé le Front de gauche en tête des forces politiques à l’issue de l’élection européenne, est un bel endroit pour s’assigner un tel programme.
 

C’est la rentrée !

Mon congé maternité n’est pas encore terminé – et je compte bien en profiter jusqu’au bout – mais, cette fois-ci, il n’y a plus de doute possible, c’est bien la rentrée !

Repas Jean Zay-PicassoSamedi midi, j’ai participé au désormais traditionnel repas organisé par l’amicale de locataires CNL du quartier Jean Zay-Picasso. Près de 100 repas ont été servis, dans une ambiance à la fois conviviale et combative. Bernard Thoreau, le président de l’amicale et vice-président de la CNL locale, a rappelé que les attentes des locataires restaient grandes.

En effet, si le projet de loi dit ALUR (Accès au logement et urbanisme rénové), porté par Cécile Duflot et discuté à partir d’aujourd’hui à l’Assemblée, présente quelques avancées, on est quand même loin du compte par rapport aux enjeux, notamment en ce qui concerne les moyens alloués au logement social. Pour avancer un peu, le Président de la République pourrait commencer par tenir ses promesses de candidat, à savoir le doublement de l’aide à la pierre et une mobilisation plus grande du livret A.

Au lieu de cela, le Gouvernement vient de décider de ponctionner l’épargne des Français à hauteur de 30 milliards d’euros (prélevés sur le produit du livret A) pour les mettre à disposition des banques privées, qui sont censées utiliser cette somme pour aider les PME. Une chose est sûre, c’est autant qui manquera pour construire des logements sociaux !

Repas Jean Zay-Picasso 2J’ai poursuivi la journée de samedi par un tour du Forum des associations sportives. Ce rendez-vous est toujours l’occasion pour moi de m’enquérir auprès des clubs de la progression de la pratique sportive féminine dans notre ville. En cette rentrée, je suis d’ailleurs sollicitée par la section football de l’USF et par le club des Météores (football américain), pour appuyer le développement de leurs sections féminines. J’aurai l’occasion d’y revenir.

Cette semaine est aussi celle de la rentrée sociale et politique. Cet après-midi, je serai par la pensée avec les manifestants pour défendre cette belle conquête de la retraite à 60 ans. Et ce soir, je serai bel et bien présente à l’assemblée citoyenne de rentrée du Front de gauche local.

Après une fin d’été marquée par l’affichage de quelques dissensions entre les deux leaders du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, il me semble important que les militant-e-s reprennent la main. La stratégie pour les élections municipales suscite certes des différences de vue, concernant en particulier la question des alliances. Mais il me semble qu’elles peuvent être dépassées si chacun fait l’effort de partir des contenus (le « quoi » avant le « qui »).

Dans une ville comme la nôtre, la campagne des élections municipales doit être l’occasion de rencontrer des centaines de personnes, pour construire le plus largement possible le programme sur lequel s’engageront les candidat-e-s. Il est temps d’engager ce travail et j’espère que c’est la décision que nous prendrons à l’issue de l’assemblée citoyenne !

Le PS éliminé de la législative partielle dans le Lot-et-Garonne : la faute de la division à gauche ?!

Au lendemain du premier tour de l’élection législative partielle qui s’est tenue à Villeneuve-sur-Lot (la circonscription de feu Jérôme Cahuzac), je suis estomaquée par les commentaires d’un certain nombre d’analystes et, plus encore, par ceux des responsables socialistes, à commencer par le premier d’entre eux, Harlem Désir, qui attribuent l’élimination du candidat socialiste dès le premier tour à « la division à gauche ».

Ainsi, donc, ce seraient la faute du Front de gauche et d’Europe Ecologie-Les Verts qui, chacun, ont présenté un candidat si « la gauche » n’est pas représentée au 2ème tour, alors même que le candidat socialiste qui, certes, n’était pas le même que l’année dernière (et pour cause !) a perdu plus de 20 points par rapport à l’élection législative de juin 2012.

Faut-il voir dans ces commentaires, de la part du Parti socialiste, une mauvaise foi terrible ou un aveuglement tout aussi terrible ? Il semble en tout cas que la rengaine du vote utile ait vocation à nous être servie sans vergogne et sans limite. Si le Parti socialiste n’est pas présent au 2ème tour, ce n’est pas la faute de ce ministre du Budget qui nous parlait efforts et rigueur et s’en mettait plein les poches depuis des années. Et ce n’est pas la faute non plus, bien sûr, de la politique que le PS mène depuis un an à la tête du pays, entre cadeaux aux grandes entreprises, attaques contre les retraites, hausse continue du chômage.  Non, messieurs-dames, c’est la faute du Front de gauche et d’Europe-Ecologie… j’en reste coite !

Il n’en reste pas moins que les résultats de cette élection partielle sont inquiétants. Pour ce qui concerne le Front de gauche, la progression est insignifiante (un point de plus, avec une participation moins importante). Si la circonscription de Villeneuve-sur-Lot ne représente pas la sociologie du vote français, cela doit quand même nous interroger sur notre capacité à représenter une alternative crédible. Cela questionne également la représentation que les électeurs se font de « la gauche » : tandis que la fracture entre le PS et les autres forces de gauche est de plus en plus nette, la majorité des électeurs ne continuent-ils pas de nous amalgamer dans le même ensemble, cette « gauche » qui continue à former une unité d’histoire et de sens et qui déçoit, désespère… depuis le printemps dernier ?

Cette stagnation du Front de gauche et cet effondrement de la gauche dans son ensemble sont, bien sûr, d’autant plus inquiétants que le Front national en est le grand bénéficiaire. Sur ce point, je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire et je m’avoue assez impuissante. Il m’arrive malheureusement trop souvent, en allumant la radio, d’avoir besoin de quelques secondes pour reconnaître un orateur du Front national, qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Florian Philippot, tant des pans entiers de leurs discours pourraient être tenus par les nôtres. Il nous faut encore beaucoup travailler pour dénoncer cette imposture et la rendre visible.

Pour ne pas finir cet article sur une note trop « brune », j’évoquerai ce sondage dont on a très peu parlé ou, en tout cas, qui n’a été commenté que partiellement. Aux élections européennes de 2014, l’UMP recueillerait 19% des intentions de vote, talonnée par le Front national à 18%. Quant au Parti socialiste, il s’effondrerait à 15%, à jeu égal avec le Front de gauche, lui aussi crédité de 15%. Un sondage reste un sondage et il y a très loin de la coupe aux lèvres… mais là voilà quand même la réponse que je veux adresser à la rengaine du vote utile.

Gagner le combat de la crédibilité et de l’utilité, je ne doute pas que cette question aura animé les Assises pour une refondation sociale et démocratique qui se sont tenues ce dimanche, à Montreuil, et qui réunissaient un spectre très large d’organisations vraiment de gauche.

Au printemps de quoi rêves-tu ?

En ce moment, alors que nos esprits sont assaillis par la triste actualité et que le soleil tarde à venir réchauffer nos corps, il me revient souvent en tête les paroles de la chanson de Jean Ferrat que Jean-Luc Mélenchon avait citées à la fin de son très beau discours de Marseille, l’année dernière : « Au printemps, de quoi rêvais-tu ? ».

Ces paroles résonnent en moi parce qu’elles parlent de la possibilité d’espérer encore « que quelque chose change », à condition « que l’on se batte dans la rue » mais aussi parce qu’elles suffisent à me remémorer le formidable élan d’enthousiasme et d’espérance que nous avions collectivement construit et ressenti, l’année dernière, en menant la campagne du Front de gauche.

Mais ces paroles ne sont pas dénuées non plus d’une certaine mélancolie : pour celui ou celle qui lutte, le renoncement n’est jamais très loin, quelque part en équilibre avec la gratuité et l’entièreté de l’engagement. Par les temps qui courent, en particulier, il faut beaucoup de foi en l’espèce humaine et des convictions bien accrochées, pour continuer de penser que nous pouvons vivre ensemble autrement et mieux.

MARCHE-5MAICe dimanche, j’irai marcher de la Bastille à la Nation « contre la finance et l’austérité, pour une VIème République » et je souhaite que nous soyons nombreux, même si je sais que cette marche ne pourra être que le début (ou le recommencement) du long processus que nous devons engager pour que, nous, citoyen-ne-s, reprenions en mains notre avenir. 

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l’on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi riais-tu?
Jeune homme bleu de l’innocence,
Tout a couleur de l’espérance,
Que l’on se batte dans la rue
Ou qu’on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille,
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi doutais-tu?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d’un Ave, pas plus
Ou d’un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu?

Au printemps de quoi rêves-tu?
D’une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D’autres s’élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu?

D’un printemps ininterrompu