De la légitimité secondaire des femmes en politique et de la crise démocratique dans notre pays

Il me trotte depuis quelques temps des mots dans la tête, à propos de la place des femmes en politique et de la crise démocratique que traverse notre pays, mélange de mon cheminement personnel et de l’actualité qu’il nous est donné de connaître, ces dernières semaines. Autant profiter du 8 mars pour essayer de les coucher sur la toile…

72 ans après avoir obtenu le droit de vote, 17 ans après la loi sur la parité, les femmes semblent toujours reléguées au rang d’une légitimité secondaire dans l’espace politique. Quand elles arrivent à des postes de responsabilité, on en recherche toujours la raison cachée, celle qui prévaudrait nécessairement sur leurs compétences : de qui sont-elles la fille, l’épouse, la protégée ou la maîtresse ? On se pose rarement la question pour un homme, en tout cas pas en des termes similaires.

En parallèle, les phénomènes de reproduction sociale, de connivence et d’entre-soi pourrissent la vie politique et démocratique de notre pays. Cela doit inviter à la réflexion et à l’exemplarité, quel que soit le niveau auquel on décide de s’engager.

Cela forme un ensemble de questions que je me pose beaucoup pour moi-même.

Les parents s’efforcent de transmettre à leurs enfants une culture, des valeurs, une façon de se conduire dans la vie et avec les autres. Certains font naître la passion d’un métier. Les miens m’ont transmis – avec bien d’autres choses – le sens de l’engagement et de la révolte. Comme eux, je suis devenue militante communiste et, comme mon père, très tôt, j’ai été élue.

Certains amoureux se rencontrent sur les bancs de l’école, au travail, au cours d’une soirée entre ami.e.s. J’ai rencontré celui qui est devenu mon mari et le père de mon fils en menant campagne électorale. Depuis, ce jeune militant associatif dont je suis tombée amoureuse, il y a bientôt dix ans, est devenu Maire de Fontenay.

En politique, j’ai donc d’abord été « la fille de » avant de devenir « la femme de ». Cette propension à me réduire aux liens qui m’unissent à des hommes (mon père, mon mari) n’est ni systématique, ni toujours mal intentionnée. Mais elle est certainement révélatrice de cette « légitimité secondaire », que j’évoquais plus haut, et elle m’est difficile à digérer, comme s’il me fallait toujours me justifier de mes compétences ou de mon parcours.

Mais quels que soient la sincérité et le désintérêt dont je me sens animée, il me revient de prendre en compte le contexte dans lequel se déploie mon engagement. Ne comptant pas abdiquer ma légitimité à exister et à agir par moi-même.il m’a néanmoins semblé préférable de ne pas proposer, cette année, ma candidature pour l’élection législative, alors que j’avais été candidate en 2012. Par cette décision, j’ai souhaité ne pas prêter le flanc à ceux qui pourraient penser que nous gérons la ville « en famille » ou que nous prétendons concentrer les responsabilités dans quelques mains.

Les récentes affaires, en particulier l’affaire Fillon, génèrent de la suspicion et creusent encore le fossé entre la politique et les citoyen.ne.s, poussant légitimement ces derniers à s’interroger sur les intérêts personnels que tirent les hommes et les femmes politiques de l’exercice de leur mandat.

En ces temps troublés, il ne faut surtout pas renoncer à combattre le « tous pourris » car il y a, en France, des milliers d’élu.e.s, de tous bords, qui, dans l’anonymat, donnent de leur temps pour servir sincèrement l’intérêt général. Il faut le combattre également car cet argument du « tous pourris » est d’abord utilisé par ceux qui ne le sont pas moins, mais qui réussissent à se faire une virginité à bon compte.

Pour se régénérer, notre vie politique a besoin d’un profond renouvellement : cela passe par un véritable statut de l’élu.e (facilitant, notamment, le retour à la vie professionnelle et/ou la reconversion après un mandat exercé à temps plein), par le non cumul des mandats (entre eux et avec une limite dans le temps), par de nouvelles mesures de transparence, notamment concernant le financement de la vie politique et les avantages octroyés à certains « grands » élu.e.s (je pense, en particulier, au régime spécial des parlementaires).

Cela passe également par l‘approfondissement de la parité femmes / hommes, qui doit être garantie par la Constitution, mais qui sera réellement rendue possible par les mesures citées ci-avant : en effet, pour faire place à de nouvelles têtes, notamment des femmes, il faut d’abord que ceux qui sont bien installés dans leurs fauteuils laissent de la place et si nous ne les y contraignons pas, nul doute qu’ils ne partiront pas d’eux-mêmes…

C’est le sens de l’engagement pour la 6e République, que portent Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens pour l’élection présidentielle. Puisse la situation actuelle de pourrissement que connaît notre vie politique avoir au moins le mérite de donner à voir l’urgence de porter loin cet engagement pour changer profondément nos institutions démocratiques.

Aux Assises du Val-de-Marne, une victoire pour les droits des femmes

Ce mercredi 16 octobre, un homme a été condamné à trois ans de prison ferme par la cour d’assises du Val-de-Marne pour avoir violé son épouse. La cour a assorti cette condamnation de deux ans d’emprisonnement avec sursis et de l’inscription de l’accusé au fichier des auteurs de violences sexuelles.

Comme l’a déclaré l’une des avocates de la victime, « c’est une victoire » car le viol conjugal, bien qu’inscrit dans notre droit, reste peu reconnu et rarement renvoyé devant une juridiction criminelle. Beaucoup, dans la société, mais également parmi les magistrats, continuent de douter qu’on puisse parler de viol au sein d’un couple, quand bien même la femme subit des violences depuis de longues années (comme ce fut le cas dans cette affaire).

Il faut saluer le courage de la victime qui a refusé le huis clos afin de « parler au nom de toutes ces femmes qui ont subi des violences«  selon son autre avocate. C’est d’autant plus courageux qu’une fois de plus, la justice a été très longue à faire son oeuvre puisque le procès est intervenu près de trois ans après les faits.

Ce procès marque donc une victoire pour les droits des femmes mais illustre aussi, et une fois encore, le manque de moyens, dans notre pays, pour lutter contre les violences faites aux femmes. En tant qu’élue locale, je dois dire que la relative impuissance dans laquelle je me trouve pour répondre aux situations de violences conjugales m’est de plus en plus insupportable.

Heureusement, nous arrivons quelquefois à faire bouger un peu les choses. Récemment, avec mon collègue Jean-Philippe Gautrais, nous avons obtenu d’un bailleur qu’il raccourcisse la période de préavis, change les serrures et pose des portes « anti-squatt » pour un logement que venait de quitter une femme victime de violences et que continuait d’occuper illégalement son ex-compagnon.

Mais c’est une bien maigre avancée par rapport à tout ce que nous pourrions/devrions faire ! Pour le prochain mandat, je suis bien décidée à ce que nous mettions dans nos priorités la constitution et l’animation d’un réseau local contre les violences faites aux femmes. Ce réseau viserait à mettre autour de la table tous les acteurs concernés par le phénomène (services municipaux, services du Conseil général, bailleurs, police, justice, associations…) et permettrait à la fois de définir une politique locale de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (actions de formation, de sensibilisation…) et de traiter de façon efficace, coordonnée et rapide un certain nombre de situations individuelles.

L’engagement des femmes, précurseur et moteur d’une autre société

Ce blog commence à marcher au ralenti… un peu comme moi, en somme ! Ce n’est pourtant pas l’actualité à commenter qui manque. Pour m’en tenir au calendrier fontenaysien, je reviendrai sur le temps d’échange organisé dans le cadre des Rencontres pour Fontenay autour de l’engagement des femmes, jeudi dernier, à la Maison du Citoyen.

Pour nourrir cet échange, nous avions convié les femmes qui avaient accepté de participer, au mois de mars dernier, à l’exposition « Fontenaysiennes en résistance » (voir l’article consacré à ce sujet). De celle qui tient sa famille à bout de bras à la chercheuse engagée dans le combat contre l’amiante, en passant par la militante associative pour le droit au logement, elles nous ont fait part de leur parcours de vie, mettant en lumière l’importance de l’engagement des femmes dans la vie de la cité, le développement du lien social.

Rencontres pour FontenayA la suite de la remarque un peu courroucée d’un participant, j’ai été amenée à préciser qu’une telle initiative n’avait pas vocation à célébrer l’engagement, la solidarité, l’attention portée aux autres… comme des qualités intrinsèquement féminines. Quand bien même ça serait valorisant pour les femmes, cela reviendrait en effet à reconnaître des inégalités « naturelles » entre les femmes et les hommes.

Il convient plutôt de nous interroger sur les conditions d’existence, les constructions sociales qui amènent les hommes et les femmes à adopter des comportements différents en société. Moins valorisées que les hommes dans le monde du travail, restant très majoritairement responsables du bon fonctionnement de la sphère familiale (les femmes continuent d’effectuer plus de 80% des tâches ménagères), les femmes sont aussi très nombreuses à faire vivre l’association de parents d’élèves, l’amicale de locataires, la vie du quartier…

A mon avis, l’engagement des femmes pose la question du rapport au temps non marchand. Ainsi, s’il faut bien sûr continuer de se battre pour que les femmes accèdent à l’égalité dans le monde du travail, ce ne doit pas être à n’importe quel prix. C’est pourquoi le combat pour la réduction du temps de travail, pour la retraite à 60 ans me semblent pleinement d’actualité !

Pour construire une société solidaire, agréable à vivre pour tous les individus, il faut plus que jamais du temps qui échappe au salariat, à la logique marchande… en bref, du temps « gratuit » au sens le plus noble du terme. Sans doute de tels propos paraîtront-ils bien naïfs aux oreilles expertes et aux esprits « réalistes ». Pour ma part, ils fondent mon engagement et j’en suis fière !

Fontenay dans le réseau des collectivités engagée pour l’égalité femmes-hommes

Ce mardi 14 mai, j’ai participé, à Bordeaux, à la 2ème rencontre nationale des collectivités signataires de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale. Mon activité professionnelle me laisse peu de temps pour participer à ce genre d’événements : je le regrette car c’est toujours une respiration bienvenue de pouvoir écouter le témoignage d’autres élu-e-s, partager ses questionnements, confronter ses expériences…

Cette rencontre m’a aussi donné la satisfaction de constater que la ville de Fontenay-sous-Bois se situe plutôt bien parmi les collectivités mettant en oeuvre une politique pour les droits des femmes.

Conférence AFCCREEn effet, l’action en faveur des droits des femmes est encore trop peu considérée comme un champ de politique publique à part entière. C’est souvent un petit supplément d’âme ou une façon de se donner bonne conscience une fois dans l’année… par exemple le 8 mars. La conseillère au cabinet de la Ministre des Droits des femmes, Laure Kermen-Lecuir, nous disait qu’elle avait été surprise de constater, en arrivant au Ministère, qu’il y avait finalement peu d’élu-e-s délégué-e-s, dans les collectivités, aux droits des femmes et/ou à l’égalité.

Mais, quelquefois, ce sont les élues elles-mêmes qui s’enferment dans une vision réductrice de leur mission, quand elles ont une délégation aux droits des femmes : ainsi, nombreuses sont celles qui se plaignent de ne pas avoir de budget propre. Certes, disposer d’un budget est un élément d’autonomie et un signe de reconnaissance mais l’enjeu auquel nous devons nous atteler est plus vaste : l’action en faveur des droits des femmes et de l’égalité ne peut être sectorielle. Elle doit encore au contraire irradier, « chapeauter » l’ensemble des champs de l’action publique .

Or, peu de collectivités ont intégré le genre dans l’analyse de leurs politiques publiques. A Fontenay, nous sommes encore loin d’en avoir fait une démarche systématique mais nous progressons en ce sens. C’est d’ailleurs le principe qui préside au plan d’action local, que nous avons adopté l’année dernière et qui a été mis en ligne sur le site de l’Association Française du Conseil des Communes et Régions d’Europe, signe que l’action de la ville de Fontenay est reconnue au-delà de nos frontières !

Fontenay pour l'égalité

Dans les mois qui restent désormais pour terminer ce mandat municipal, j’aimerais avancer sur plusieurs sujets : la lutte contre les violences faites aux femmes (c’est, en partie, déjà acquis grâce au partenariat renforcé avec l’association HOME), la santé des femmes et le droit à disposer de leur corps avec notamment la campagne que nous allons lancer sur la contraception, le soutien à la pratique sportive des filles et des femmes et, enfin, le rôle exemplaire de la collectivité en tant qu’employeur.

Je compte également m’appuyer sur cette expérience pour que la thématique des droits des femmes et de l’égalité soit pleinement prise en compte au moment de la construction du programme pour les prochaines élections municipales.

Femmes en résistance : exposition à la Halle Roublot

Cette année, à Fontenay, nous avions décalé la traditionnelle réception organisée pour la Journée internationale des droits des femmes à ce mardi 19 mars pour ne pas tomber en pleines vacances scolaires. Toute cette semaine, d’autres initiatives sont organisées : vous pouvez retrouver le programme en ligne.

Nous avions aussi décidé de changer la forme de cette réception : en partenariat avec le service culturel, nous l’avons ainsi organisée en même temps que le vernissage de l’exposition de portraits de « Femmes en résistance », réalisés par Pierre-Yves Ginet. Vous pouvez voir cette exposition et sa déclinaison locale « Fontenaysiennes en résistance » » à la Halle Roublot.

Je retranscris ci-dessous le discours que j’ai prononcé à cette occasion, avec quelques photos de l’événement :

Mesdames, Messieurs,

Cher-e-s ami-e-s,

Réception Halle RoublotCette année, nous célébrons donc le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes un peu en décalé. Comme le 8 mars tombait cette année en pleines vacances scolaires, nous voulions que le plus grand nombre d’entre vous puisse participer à ce moment à la fois convivial et revendicatif, où les femmes – et les hommes qui les soutiennent ! – rappellent le chemin qui reste à parcourir vers l’égalité.

Depuis plusieurs années, de toute façon, nous étalons le 8 mars sur plusieurs journées. C’est lié à la richesse des initiatives proposées, tant par les services municipaux que par les différents partenaires institutionnels et, bien sûr, par les associations locales.

J’y vois aussi une façon de rappeler que le 8 mars ne peut pas être une journée « alibi », un moment où l’on se donne bonne conscience pour les 364 jours restants dans l’année. Ainsi, nous nous inscrivons d’ores et déjà dans la campagne lancée par le Ministère des droits des femmes « Le 8 mars, c’est toute l’année ! » et nous comptons bien faire apparaître la ville de Fontenay-sous-Bois dans le calendrier de l’égalité proposé par le Ministère.

A propos de ce Ministère, j’avais souhaité, l’année dernière, que nous retrouvions, à l’occasion d’un changement à la tête du pays, un ministère de plein exercice pour les droits des femmes. C’est chose faite depuis 10 mois et c’est une bonne nouvelle !

Des décisions ont été prises, qui vont dans le bon sens : la nomination d’un gouvernement paritaire, l’adoption d’une nouvelle loi sur le harcèlement sexuel, le remboursement de l’IVG à 100% et la gratuité de la contraception pour les 15-18 ans, la création de 1600 places d’hébergement d’urgence et la création d’un Observatoire national des violences faites aux femmes.

Je salue ces décisions. Mais je sais aussi que le Ministère des droits des femmes ne pourra être pleinement utile s’il est un îlot isolé dans l’action gouvernementale.

Atelier théâtreOr, le contexte économique et social que nous connaissons, et les choix politiques qui sont faits pour y faire face, sont inquiétants pour la société toute entière et pour les femmes en particulier car nous savons qu’elles sont les premières à pâtir de la crise. L’égalité n’est absolument pas compatible avec l’austérité !

Heureusement, les femmes debout, les « femmes en résistance » ne manquent pas, comme nous le montre cette exposition de portraits de femmes, réalisés par Pierre-Yves Ginet, que nous vous proposons de découvrir ce soir.

Ces portraits permettent de sortir du stéréotype de la femme victime. Bien que les femmes, partout dans le monde, soient plus vulnérables à la pauvreté, à l’absence d’éducation, aux guerres, aux maladies…, Pierre-Yves Ginet nous rappelle qu’elles sont nombreuses à œuvrer pour la reconnaissance et le respect des droits humains fondamentaux.

Sur proposition de l’artiste, nous avons souhaité donner une déclinaison locale à cette exposition de « femmes en résistance ». Vous pouvez donc aussi découvrir sur les murs onze portraits de Fontenaysiennes.

Je les remercie d’avoir bien voulu participer à ce projet car je sais que leur parcours, leur engagement se caractérisent avant tout par la discrétion. Qu’elles soient à la tête d’une maison d’édition militante, investie dans la vie lycéenne, chercheure engagée dans le combat contre l’amiante, présidente d’une amicale de locataires… : elles sont nos héroïnes du quotidien.

Par leur action au service des autres, par leur engagement associatif ou personnel, par leur volonté de marcher toujours la tête haute, elles résistent à l’indifférence, à l’individualisme qui gangrènent notre société. Elles créent, tissent, renouent des liens dans notre cité. Elles incarnent l’espoir d’un monde plus juste et plus solidaire. En cela, sûrement, elles donnent raison au poète qui déclarait que « la femme est l’avenir de l’homme ».

PhotographesElles prêtent un visage à toutes les autres femmes, celles qu’on aurait aussi pu mettre à l’honneur dans cette exposition, mais également celles qui ont perdu la force ou l’envie de se battre.

Elles nous invitent à poursuivre notre action pour toutes les femmes, pour le respect de nos droits, pour l’égalité.

Pour cette dernière année de mandat municipal, nous travaillerons bien sûr à la mise en œuvre du Plan d’actions local pour l’égalité, adopté l’année dernière. J’ai souhaité – et j’en terminerai par là – que nous mettions tout particulièrement l’accent sur les priorités suivantes :

-         affirmer le rôle exemplaire de la ville de Fontenay-sous-Bois en tant qu’employeur ;

-         améliorer notre dispositif d’accompagnement pour les femmes victimes de violences : nous travaillons en ce moment avec l’association Home, dont je salue l’action, pour ouvrir un autre appartement-relais dans la ville, en partenariat avec Valophis, le bailleur départemental ;

-         encourager la pratique sportive des filles et des femmes, en mettant en place une bourse aux projets des clubs sportifs ;

-         défendre la santé des femmes et le droit à disposer de leur corps avec une grande campagne sur la contraception, qui fera suite à la polémique sur la pilule dont on voit déjà les effets désastreux dans les centres IVG et une campagne de prévention des cancers du sein pour inciter les femmes à participer au dépistage.

Bien sûr, toutes ces actions ne verront le jour qu’en partenariat avec mes collègues élu-e-s, avec les services municipaux, avec les partenaires institutionnels concernés et avec les associations locales. Le combat pour l’égalité ne sera victorieux que s’il est partagé !

Pour l’organisation et l’animation de cette soirée, je salue, en particulier, mon collègue Michel Tabanou et le service culturel de la Ville ainsi que Jacqueline Matrat et Clémentine Bretagnolle pour la mission Droits des femmes et, bien sûr, les élèves de l’école de théâtre, les lycéens de Picasso et les participants à l’atelier théâtre dans les quartiers Jean Zay et les Larris.

Merci pour votre engagement et votre travail !

Pourquoi les maisons de naissance ne me semblent pas une bonne idée

Ces jours-ci, les parlementaires ont à se prononcer sur une proposition de loi, présentée par Muguette Dini, sénatrice UDI, visant à relancer l’expérimentation des maisons de naissance en France.

Les maisons de naissance se veulent une alternative à l’accouchement à l’hôpital, pour mettre au monde son enfant « comme à la maison ». Comprenez : un accouchement qui se passe sans hospitalisation et sans médecin, donc sans péridurale. Seules seront admises les femmes dont la grossesse est normale et sans complication particulière.

La proposition de loi prévoit, en outre, que les maisons de naissance soient situées près d’une maternité, afin de réagir dans les meilleurs délais en cas de problème. En effet, le critère de la grossesse « normale » est un peu trompeur car, comme le soulignent un certain nombre de professionnels, une brusque souffrance fœtale ou un cordon qui se coince ne sont pas prévisibles…

La proposition d’expérimenter les maisons de naissance me laisse assez sceptique. Même si j’entends le souhait de certaines femmes d’accoucher plus naturellement, je ne suis pas sûre que ce soit vraiment à cette aspiration qu’on cherche à répondre avec cette proposition, surtout  quand j’entends les partisans des maisons de naissance brandir l’argument du moindre coût d’un accouchement dans une telle structure (600€ contre 1200€ pour un accouchement à l’hôpital, la belle affaire !).

Je me méfie aussi des discours sur la sur-médicalisation de l’accouchement, tout d’abord parce que cette médicalisation fait encore défaut dans bien des pays du monde, alors que la France a aujourd’hui un taux de mortalité infantile (3,37 enfants pour 1000 naissances) parmi les plus bas du monde.

Je crois que ce n’est pas la médicalisation en elle-même qui pose problème mais la médicalisation sans les moyens humains. Ainsi, Marie-José Keller, présidente du conseil de l’ordre des sages-femmes explique : « Par manque de personnel, on aboutit à une prise en charge technicisée. Quand une sage-femme suit trois ou quatre accouchements, il faut un monitoring et une péridurale pour pouvoir aller de l’un à l’autre. »

A mon avis, plutôt que de développer les maisons de naissance, c’est donc bien ce problème qu’il faut régler : redonner à l’hôpital public en général, et aux maternités en particulier, les moyens d’accueillir les patient-e-s avec humanité, en leur accordant le temps et l’attention nécessaires, au-delà du simple traitement médical. Et, ça, ce n’est pas l’austérité qui va nous y aider…!

Sur la venue de Jean-Claude Brisseau au cinéma Le Kosmos vendredi 8 mars prochain

Hier, au Bureau municipal, certain-e-s de mes collègues de la majorité municipale se sont émus que le cinéma municipal, le Kosmos, accueille le vendredi 8 mars prochain, le cinéaste Jean-Claude Brisseau, pour une rencontre-débat à l’issue de la projection de son film « La fille de nulle part ».

La raison de cette émotion ? Jean-Claude Brisseau, connu notamment pour son film « Noce blanche », a été condamné, en décembre 2005, à un an de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour harcèlement sexuel sur deux actrices à qui il avait demandé d’accomplir des actes érotiques lors d’auditions pour son film « Choses secrètes ».

Pour mes collègues, qui se sont exprimés hier, il apparaît donc peu approprié d’inviter un tel personnage à parler de son film le 8 mars, c’est-à-dire le jour même de la Journée internationale des droits des femmes. Pour ma part, je dois dire que je n’avais pas entendu parler de cette rencontre-débat avant ce début de polémique…

A toutes fins utiles, je commence donc par préciser que la programmation de cette rencontre le 8 mars est un hasard, fâcheux, mais un hasard quand même. Il ne s’agit évidemment pas d’une des initiatives que la délégation aux droits des femmes organise et/ou soutient dans le cadre de cette Journée internationale visant à sensibiliser l’opinion publique aux combats des femmes pour l’égalité. D’ailleurs, cette année, la majorité des événements prévus, dont une projection-débat au Kosmos, sont décalés à la rentrée des vacances scolaires afin de toucher le plus de monde possible.

Sur le fond de l’affaire, il est toujours délicat de se prononcer à la lecture des seuls articles de presse. Certains disent que Jean-Claude Brisseau est le symbole même du harcèlement sexuel qu’un homme en position dominante (en l’occurrence, un réalisateur) peut exercer sur des jeunes femmes en situation de faiblesse (en l’espèce, des actrices en quête d’un rôle), quand d’autres insistent sur l’ostracisme dont ce réalisateur talentueux serait l’objet du fait de son extraction modeste et de son anticonformisme.

Il y a un fait, en tout cas : Jean-Claude Brisseau a bel et bien été condamné par la Justice pour des faits de harcèlement sexuel. Pour ma part, j’aurais donc préféré que le cinéma municipal ne prenne pas l’initiative d’une rencontre avec lui. Même si M. Brisseau a le droit, comme tout un chacun, d’exercer sa liberté de création, je ne crois pas qu’on puisse considérer, voire admirer, l’œuvre d’un artiste indépendamment des comportements ou des idées que celui-ci adopte ou défend en tant qu’individu-citoyen.

Ainsi, pour moi, le problème n’est pas que cette rencontre soit organisée le 8 mars : même si je suis bien placée pour comprendre la charge symbolique particulière liée à la Journée internationale des droits des femmes, je ne pense pas qu’un individu puisse être déclaré persona non grata un jour et fréquentable le reste de l’année, sauf à considérer que le 8 mars sert seulement à se donner bonne conscience.

Puisque cette rencontre est programmée, je ne doute pas qu’il y aura dans le public, vendredi soir, suffisamment de monde pour rappeler, si nécessaire, que Fontenay est une ville dont le cœur bat pour les droits des femmes, le 8 mars… et tous les autres jours de l’année.

La parité en politique, une bonne idée ?

Sur proposition des écologistes, les députés ont approuvé, jeudi 31 janvier, la possibilité qu’un groupe parlementaire puisse être présidé par un homme et une femme. Le débat a donné une nouvelle occasion à certains députés de s’illustrer par leurs remarques franchement machistes, voire leur misogynie.

Je reste sceptique, également, devant l’argument qui a conduit le groupe du Front de gauche à s’abstenir sur cette proposition : pour le groupe, Marc Dolez a émis la crainte que la coprésidence paritaire « ne serve de prétexte pour ne pas élire une femme » comme présidente unique d’un groupe. Soit, mais pour éviter cette crainte, il suffirait d’élire… une femme, ce que le Front de gauche et les communistes n’ont jamais fait, du moins à l’Assemblée nationale (je précise qu’ils ne sont pas les seuls puisque jamais une femme n’a présidé de groupe parlementaire, à part Mme Pompili qui partage désormais officiellement cette tâche avec un homme) !

Parité

Je sais les réticences que suscitent les quotas et la parité imposée chez certaines féministes. Si on peut regretter que la représentation des femmes ait besoin d’être déterminée par la loi, n’oublions pas que ce déterminisme législatif ne fait que corriger les déterminismes économiques, culturels et sociaux qui placent les hommes en situation de domination dans la société. Pour parler en termes marxistes, on peut vouloir renverser l’infrastructure (qui fonde l’inégalité entre les femmes et les hommes), tout en ne négligeant pas l’action immédiate sur la superstructure (qui renforce et légitime cette inégalité et à laquelle appartiennent nos institutions politiques).

Pour ma part, je suis donc quand même plutôt favorable à la parité organisée par la loi,  même si la loi sur la parité du 6 juin 2000 (parité pour les scrutins de liste) et celle du 31 janvier 2007 (parité dans les exécutifs municipaux et régionaux) n’ont pas tout réglé. Il suffit de voir à quoi ressemblent nos assemblées municipales : certes, elles sont maintenant obligatoirement paritaires mais seuls 13,8% des maires en France sont des femmes !

Par ailleurs, dans la répartition des tâches au sein des exécutifs municipaux, à qui reviennent le plus souvent le poste de premier adjoint, la délégation aux finances…, tandis que l’autre moitié de l’exécutif se partage l’action sociale, la petite enfance….? Toute ressemblance avec la ville de Fontenay-sous-Bois n’est pas fortuite. Ce n’est pas un drame et, surtout, ça n’enlève rien à la qualité du travail mené par les uns et les autres mais ça demande à être examiné avec attention, par exemple à l’occasion du prochain renouvellement municipal…

Reconnaissance du viol : exigeons une réponse politique ! Rassemblement ce soir devant le Ministère de la Justice

Suite au verdict rendu dans le procès des viols collectifs, un rassemblement est organisé, ce lundi soir à 18h30, devant le Ministère de la Justice (place Vendôme, métro Tuileries). La décision du Parquet de faire appel du verdict est un premier pas, il faut poursuivre et amplifier la mobilisation afin qu’« un grand débat public autour sur les violences faites aux femmes soit lancé dans les mois qui viennent et débouche sur des politiques publiques à la hauteur du défi : éradiquer les violences faites aux femmes » (signer en ligne la lettre ouverte à François Hollande). Pour les Fontenaysien-ne-s, un départ collectif est prévu, depuis la gare RER Val de Fontenay, à 17h45.

Ci-dessous le texte de la lettre ouverte à François Hollande :

Monsieur le Président de la République,

Le verdict du procès du Tribunal de Créteil a créé, en France, une incompréhension. Ce verdict est catastrophique : Il semble dire aux victimes, porter plainte ne sert à rien, et aux violeurs, vous ne serez pas condamnés ou si peu !

Les médias continuent à tenir des propos inadmissibles en parlant de « tournantes », de « viols en réunion », au lieu de dire « viols collectifs » qui sont des crimes.

La France a soutenu la création par les Nations unies d’une journée internationale des droits des filles : c’était le 11 octobre ! Cette journée est proclamée par l’ONU parce que des millions de jeunes filles dans le monde sont victimes d’abus, de mariages forcés, de mutilations sexuelles. Le verdict du tribunal de Créteil arrive au moment même de cette journée mondiale et exige une réponse politique !

Ce procès n’est pas un fait isolé. Ce n’est pas un fait divers. Le viol est un crime. 75.000 femmes sont violées chaque année dans notre pays. 10% d’entre elles portent plainte et seuls 2% des violeurs sont condamnés. Cette situation traduit la tolérance de notre société vis-à-vis des violences faites aux femmes. Le viol est une domination des hommes sur les corps des femmes. Il est une des expressions les plus violentes des inégalités entre les femmes et les hommes qui persistent dans notre société.

Nous refusons que cette situation perdure. Nous refusons que les victimes de viol soient stigmatisées, culpabilisées, considérées comme folles. Nous refusons que leur parole soit ainsi décrédibilisée. Nous refusons que la honte pèse sur les femmes violées plutôt que sur les violeurs. Nous refusons que les violeurs ne soient pas jugés. Nous refusons que des violeurs, quand ils sont jugés, soient condamnés à des peines dérisoires.

Monsieur le Président, vous avez déclaré lors de la campagne présidentielle que « les violences sexistes doivent être fermement combattues ». L’inaction des pouvoirs publics a trop coûté aux femmes victimes de violences. Nous exigeons de votre part un engagement sans faille.

Un grand débat public autour sur les violences faites aux femmes doit être lancé dans les mois qui viennent et déboucher sur des politiques publiques à la hauteur du défi : éradiquer les violences faites aux femmes :
– Les lois en vigueur doivent être appliquées et complétées de nouvelles dispositions législatives, comme l’extension de l’ordonnance de protection aux victimes de viol ;
– Les professionnels doivent être formés ;
– Les plaignantes doivent être soutenues, hébergées, protégées, entendues ;
– Les associations doivent avoir les moyens de remplir leurs missions ;
– Les campagnes de prévention doivent être multipliées ;
– Tous les jeunes en particulier au sein de l’école doivent être informés, éduqués, entendus aussi quand ils sont eux- mêmes victimes.

Monsieur le Président, nous sommes révolté-e-s. Nous ne voulons pas de grands discours. Nous attendons des actes.

 

Deux vies brisées : la justice sur le banc des accusés

Je n’ai pas souhaité m’exprimer pendant que se déroulait le procès des viols collectifs, commis à Fontenay-sous-Bois, il y a 13 ans. Mais, maintenant que le verdict est tombé, c’est un goût amer qui me monte à la bouche.

L’une des avocates des deux plaignantes a parlé de « naufrage judiciaire ». Naufrage de deux vies brisées, ai-je envie d’ajouter. Car si le bénéfice du doute a finalement profité à dix des quatorze accusés, acquittés à l’issue de ce procès, nul ne peut douter, à voir l’état des deux jeunes femmes qui leur faisaient face, de la violence et du traumatisme irrémédiable qu’elles ont subis.

Je pense à elles et je leur souhaite bien sûr de trouver la force et le courage de se reconstruire. Mais je doute que ce procès, et la façon dont il a été instruit, les y aide.

Il y a tout d’abord cette lenteur intolérable de la justice. Certes, les deux jeunes femmes ont porté plainte longtemps après les faits mais cela même est symptomatique d’une justice, et donc d’une société, qui peinent à entendre la parole des femmes victimes de violences, de viols en l’occurrence. Et une fois les faits dénoncés, qui leur imposent encore des délais insoutenables, avant d’entamer le procès !

Délais insoutenables qui, dans ce cas précis, ont fini par profiter aux accusés qui, tous, à une exception, comparaissaient libres et mènent une vie « honorable », à en croire leurs avocats. Alors, soit, dix d’entre eux ont été acquittés. Mais, pour les quatre autres, reconnus coupables de viols, comment expliquer une telle clémence ? Rappelons qu’en droit pénal, le viol est puni de 20 ans de réclusion criminelle. L’excuse de minorité au moment des faits peut réduire la peine à 10 ans. Dans ce procès, l’avocate générale avait requis des peines de 5 à 7 ans de prison pour huit accusés. Et, finalement, quatre hommes, reconnus coupables, ont été condamnés à des peines allant de 3 ans avec sursis à un an de prison ferme !

Par ses propres faiblesses, ses propres défaillances, la justice se condamne à être injuste. Car, même 13 ans après les faits, condamner les auteurs reconnus d’un viol à de la prison avec sursis, c’est ne rendre service, et justice, à personne : ni aux femmes victimes, ni aux hommes violents, ni à la société tout entière.

En écrivant ces lignes, je pense donc à toutes ces femmes qui hésitent à parler, à briser la loi du silence pour dénoncer les viols, les violences dont elles sont, ou ont été, victimes. Et j’ai envie de leur dire qu’il ne faut pas renoncer à le faire, que leur parole sera entendue. Même si, des matins comme aujourd’hui, j’ai moi-même du mal à y croire…