Publication du patrimoine des ministres : une mesure inutile

Je ne suis pas allée consulter le patrimoine des ministres. Je trouve cette mesure inutile : si on avait demandé à Jérôme Cahuzac de publier son patrimoine, aurait-il révélé l’existence de son compte en Suisse ? Je trouve même la mesure dangereuse, en ce qu’elle nourrit un désagréable parfum de populisme dans notre pays.

J’observe quand même mi-amusée, mi consternée les réactions que suscite, parmi les hommes et les femmes politiques, cette nouvelle obligation de transparence. A droite, certains, qui s’étaient dépêchés de s’emparer de l’affaire Cahuzac pour taper sur le Gouvernement, regrettent un peu leur empressement… (on entend beaucoup moins Jean-François Copé ces derniers jours, non ?). Du côté du Gouvernement, la gêne de certains ministres à faire étalage de leurs biens est éloquente : ce matin, Michèle Delaunay, par exemple, s’est sentie obligée de dire qu’ »elle ne s’est jamais vécue comme riche » (?) malgré ses 5 millions d’euros de patrimoine. Certains ministres semblent craindre qu’on se rende compte, tout à coup, qu’ils ne vivent pas sur la même planète que nous.

Attention, cependant : de mon point de vue, il ne s’agit pas de montrer du doigt « les riches ». Ce qui est inquiétant pour la démocratie, ce n’est pas qu’il y ait des riches au Gouvernement, c’est que notre « personnel politique » soit de moins en moins représentatif de la population française. Et ce ne sont pas les quelques mesures de « moralisation » annoncées par François Hollande qui y changeront quelque chose. Ce qu’attendent les millieurs d’élus locaux, dont je suis, c’est un véritable statut de l’élu-e qui permettra que davantage de salariés du privé, d’ouvriers, d’employés mais aussi de femmes puissent prendre des responsabilités et exercer un mandat électif. Ce statut est le préalable et le corollaire indispensables d’une autre mesure d’importance fondamentale : l’interdiction du cumul des mandats et la limitation du nombre de mandats successifs exercés par une même personne.

Voilà deux mesures qui revivifieront la démocratie bien plus sûrement que toutes les publications de patrimoine possibles !

« Pour éviter des malentendus possibles, encore un mot. Je n’ai pas peint en rose le capitaliste et le propriétaire foncier. Mais il ne s’agit ici des personnes, qu’autant qu’elles sont la personnification de catégories économiques, les supports d’intérêts et de rapports de classes déterminés. Mon point de vue, d’après lequel le développement de la formation économique de la société est assimilable à la marche de la nature et à son histoire, peut moins que tout autre rendre l’individu responsable de rapports dont il reste socialement la créature, quoi qu’il puisse faire pour s’en dégager. »
Karl Marx, Préface de la première édition du Capital

Une affaire grave pour la démocratie

On commence à entendre, ici et là, qu’il ne faut pas trop accabler Jérôme Cahuzac, que le remords qu’il dit ressentir, et sa « carrière » détruite, sont des peines suffisamment lourdes à porter. C’est en effet facile de taper sur un homme à terre et j’ose espérer que certains ont bien balayé devant leur porte avant de s’engager sur cette voie (la discrétion affichée par d’autres laisse d’ailleurs à penser qu’il y a sans doute bien des comptes qui dorment encore en Suisse…).

Malheureusement, Jérôme Cahuzac n’est ni le premier, ni le dernier homme politique malhonnête. Et il faut d’ailleurs noter qu’ils sont bien peu ceux qui finissent par avouer leurs mensonges et leurs fautes, même quand tout les accable, même quand la Justice les a condamnés. Je souriais de voir Valérie Pécresse dire, ce matin, que « Nicolas Sarkozy, ce n’est pas pareil car il est innocent !« .

Ne pas accabler Jérôme Cahuzac, donc, mais ne pas hésiter, quand même, à dire sa colère, son dégoût devant tant de cynisme, d’arrogance de la part de celui qui nous demandait des « efforts » et se vantait de n’avoir jamais cru à la lutte des classes.

Ne pas avoir peur, non plus, de dire ses doutes sur le rôle joué par le chef de l’État et son Gouvernement pendant ces 4 mois de mensonges, même si les questionnements ainsi posés ouvrent sur une crise dont les conséquences pourraient être graves pour la démocratie.

En laissant Jérôme Cahuzac en poste pendant 4 mois, François Hollande a-t-il seulement respecté la présomption d’innocence, comme il l’a indiqué dans sa déclaration de ce midi, ou n’a-t-il pas essayé, plus ou moins directement, d’étouffer un scandale dont il savait qu’il ne pourrait se limiter à une mise en cause personnelle, celle de son ministre mais, au contraire, qu’il entacherait gravement la République irréprochable dont il se réclame ?

Non, il ne faut pas hésiter à poser tout haut ces questions car le plus dangereux serait que d’autres, positionnés à l’extrême et bien mal intentionnés, soient les seuls à s’en emparer. 

« Libre dans sa tête… »

Il y a quelques jours, je m’associais, sur ce blog, à la mobilisation naissante pour exiger la libération de Nadir Dendoune, journaliste incarcéré à Bagdad pour des raisons obscures. Il est désormais libre ! J’attends avec intérêt le récit qu’il fera de son « séjour » en Irak, prolongé contre son gré, dix ans  après le début de cette guerre, censée propager la liberté et à laquelle il s’était courageusement opposé, sur place, en tant que bouclier humain.

Mumia Abu-Jamal

Mumia Abu-Jamal

Aujourd’hui, je pense aussi à un autre journaliste, incarcéré depuis 30 ans, quelque part en Pennsylvannie : Mumia Abu Jamal. Ce jour, L’Humanité publie une long entretien avec cette « voix des sans voix » : j’ai été frappée par la lucidité et l’intelligence toujours aussi vive de ce grand homme. Mumia y parle du premier mandat décevant de Barack Obama, évoquant notamment Guantanamo. Il décrit aussi, avec une justesse frappante pour un homme qui n’a jamais touché un ordinateur, les modifications qu’imposent les technologies de l’information aux formes du combat politique. Il critique également le parti d’avant-garde, modèle qui lui semble aujourd’hui dépassé (et cette critique résonne bien sûr pour la communiste que je suis…). Enfin, Mumia dit ceci : « Même dans les moments les plus noirs, j’ai toujours senti que j’étais entouré par l’amour.» Puissent ces quelques lignes s’ajouter à toutes celles que d’autres écrivent et disent, de par le monde, pour soutenir Mumia Abu Jamal et exiger sa libération.

Agissons pour la libération de Nadir Dendoune !

Le journaliste français, Nadir Dendoune, a été arrêté et emprisonné en Irak, le 23 janvier dernier, alors qu’il y effectuait un reportage pour Le Courrier de l’Atlas et Le Monde diplomatique. On lui reprocherait d’avoir pris des photos sans y être autorisé. Pour l’instant, très peu de nouvelles sont parvenues en France et Nadir Dendoune n’a pas eu le droit à une visite consulaire en prison, comme le prévoit pourtant le droit international.

Nadir Dendoune sur l'EverestCertains d’entre vous connaissent peut-être ce journaliste : pour ma part, j’avais retenu de lui l’image d’un gars, arrivé en haut de l’Everest en brandissant un panneau « 93″, en référence, bien sûr, à son département d’origine. Il est aussi réputé pour sa connaissance du Proche et du Moyen Orient et son journalisme engagé : en 2003, au moment du déclenchement de la guerre en Irak, il était parti comme bouclier humain et en avait tiré un ouvrage Journal de guerre d’un pacifiste que je n’ai pas lu mais qui vaut sûrement le détour. Quant à son dernier film, Palestine, il sera diffusé, ce soir (18h30), à l’Institut du monde arabe, à Paris. Cette projection sera l’occasion d’un premier rassemblement de solidarité.

Dans les médias, sur les réseaux sociaux, la mobilisation commence en effet à prendre forme pour exiger la libération immédiate de Nadir Dendoune, arrêté dans l’exercice de sa profession de journaliste. Vous pouvez signer en ligne la pétition pour exiger sa libération, en espérant qu’il retrouve la France au plus vite.

Sur l’intervention militaire au Mali

Je reproduis ici un texte rédigé par ma collègue et amie, Sokona Niakhaté, conseillère municipale déléguée de Fontenay-sous-Bois et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, écrivain. Ils disent bien mieux que moi ce que je pense de l’intervention militaire engagée par la France, depuis quelques jours, au Mali : si cette intervention était devenue indispensable, je n’ai aucune illusion sur le fait qu’elle n’était pas dictée par les seules convictions humanistes de François Hollande. L’implantation française dans la région est trop ancienne et les intérêts économiques trop nombreux pour croire cela. Surtout, je ne crois pas à « l’union sacrée » à laquelle nous appelle le Gouvernement, pensant sans doute nous faire oublier tout ce qui ne va pas dans notre pays.

A propos du Mali, rien ne doit nous empêcher de réfléchir, de dire pourquoi nous en sommes toujours là des relations entre la France et un certain nombre de pays africains, anciennes colonies que nous n’avons jamais voulu décoloniser complètement. C’est ce que ce texte, parmi d’autres contributions, permet de penser.

Tempête. Un homme à la mer. Il va se noyer. Une embarcation se détourne de sa route, brave l’ouragan, jette une bouée au naufragé et lui sauve la vie. L’action militaire menée au Mali par la France répondait à une urgence vitale. Des hommes risquent leur vie. Certains déjà l’ont perdue. Attachés par nos existences à la France et au Mali, nous saluons et soutenons sans détour cet engagement.

Mais la situation ainsi créée est ambivalente. Elle témoigne des profonds déséquilibres hérités du colonialisme : un monde où la puissance et la richesse sont polarisées au Nord, des sociétés africaines qui peinent à reconstruire la confiance en elles-mêmes. Une fois le Mali rendu à son intégrité, à son indépendance, à sa démocratie, le poids pris par la France dans la libération du Nord peut être utilisé pour renforcer une tutelle néfaste qui est une des causes de la pauvreté de l’Afrique et qui alimente la démission éthique, parfois la trahison d’une part de ses élites.

Le peuple malien éprouve aujourd’hui une reconnaissance vive et sincère vis-à-vis de la France. Pour les centaines de milliers de personnes, souvent jeunes, qui disposent de la double nationalité, la situation ainsi créée desserre les nœuds identitaires compliqués dans lesquels ils se débattent. Les immigrés maliens, qui ont tant contribué par leur travail à la prospérité de la France, mettent beaucoup d’espoir dans cette alliance entre leur pays de naissance et leur pays d’accueil.

Cette évolution des sentiments survient alors qu’une forte majorité d’habitants du Mali n’ont pas connu la domination coloniale. Beaucoup s’habituent à converser sans complexe avec le monde grâce aux réseaux de communication. Une nouvelle donne apparaît. Elle ne porte pas par elle-même l’affaiblissement des rapports de domination. Mais elle en modifie positivement les conditions.

La phase militaire en cours sera, nous l’espérons, la plus brève possible. Prenons appui sur le fort lien de solidarité tissé dans ces heures tragiques pour solder l’héritage colonial et revisiter en profondeur les liens politiques, économiques, culturels, sécuritaires entre la France et l’Afrique. Mobilisons-nous nombreux autour de cet objectif de civilisation. Au Mali, inventons et construisons des autorités publiques fiables capables de représenter vraiment l’intérêt général. En France, mettons fin aux manigances de la Françafrique, à l’arrogance culturelle, au pouvoir démesuré des puissances économiques qui exploitent les richesses de l’Afrique.

Délaissons les réflexes qui, au Mali comme en France, entravent la pleine reconnaissance de celles et ceux qui ont la double nationalité. Nos sociétés établissent déjà des liens nouveaux, notamment dans le champ culturel où nous travaillons l’une et l’autre. La tragédie en cours nous invite à donner un coup d’accélérateur à toutes les initiatives, à toutes les réflexions où s’invente la mondialisation fraternelle et apaisée des peuples, de nos peuples. Ce chantier peut s’ouvrir sans attendre, localement, nationalement, partout où des énergies sont prêtes à l’engager.

Florence Cassez est libre !

Ce matin, Florence Cassez vole vers la France et c’est un grand soulagement. Soyons honnêtes : comme beaucoup, j’ai suivi de loin en loin l’histoire de cette Française emprisonnée au Mexique. Au fil des récits, il devenait pourtant de plus en plus évident qu’elle était devenue un « otage politique », symbole de fermeté et d’autorité pour le pouvoir mexicain, tandis que l’État français commettait des maladresses avec des déclarations à l’emporte-pièces sur la justice d’un Etat aussi souverain que le nôtre.

Alors qu’on avait cru l’espoir anéanti de la voir libre un jour, il y a finalement cet heureux dénouement. Aujourd’hui, je pense donc simplement à elle, à ses proches et à toutes celles et ceux qui n’ont jamais abandonné le combat pour la faire libérer.

Bienvenue au pays !

Forcément, une année de luttes et de mobilisations !

Les premiers jours de 2013 ont filé à toute vitesse et voilà que je n’ai pas encore pris le temps, sur ce blog, de céder à la tradition des voeux : il faut dire que c’est difficile d’être à la fois sincère et originale, de formuler des voeux d’espoir tout en ne cédant pas à un optimisme trop artificiel pour être honnête.

Les voeux les plus personnels vous ayant, sans doute, été adressés par celles et ceux qui vous sont les plus chers, je nous souhaite une belle année de résistance et d’engagement. Que nous trouvions, ensemble, l’enthousiasme et le courage de nous construire un avenir meilleur !

Et, comme les chantiers ne manquent pas, je formule quelques voeux plus précis mais, néanmoins très ambitieux, pour nos mobilisations à venir :

FDG Pancarte Austérité Bonheur

En 2013, je souhaite qu’on fasse progresser la conscience que l’austérité n’est pas une fatalité. Alors que même des économistes libéraux remettent en cause ses vertus et conseillent aux États de « lever le pied » dans leurs politiques de rigueur, le Gouvernement s’entête dans cette direction. Le clivage à gauche est désormais réel et il ne se situe pas entre une « gauche réaliste » et une « gauche inconsciente » comme aiment à le répéter les caciques socialistes mais entre une gauche qui n’espère plus changer le monde et une gauche qui, au contraire, n’y renonce pas ! Sinon, pourquoi être de gauche ?

En 2013, je souhaite que la cause de l’égalité et, donc, la cause des femmes progresse. Voilà un voeu qui peut paraître bien pieux ! Surtout que, pour faire le lien avec le sujet précédent, l’OCDE elle-même vient de publier un rapport dans lequel l’organisation annonce que l’austérité pénalise d’abord les femmes, en les écartant durablement du marché du travail et en les plongeant plus rapidement dans la pauvreté. Là encore, sans même parler de justice sociale et d’égalité, il s’agit pourtant d’un choix aberrant du point de vue de la croissance économique : d’après l’OCDE, un taux d’activité identique pour les hommes et les femmes peut entraîner une bonification de 12 % du produit intérieur brut d’un pays sur une période de 20 ans.

Sur le front des droits des femmes, j’ai quand même repéré une bonne nouvelle : Ernestine Ronai, l’emblématique responsable de l’Observatoire contre les violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis, vient d’être nommée par Najaut Vallaud-Belkacem pour intégrer la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences. Je ne doute pas qu’elle aura beaucoup de bonnes idées à proposer, pourvu qu’elle ait les moyens de les mettre en oeuvre !

Affiche suffrage des femmesEn 2013, je souhaite que le Parlement adopte rapidement, et sans tergiverser, deux réformes emblématiques pour l’égalité : le mariage pour tous et le droit de vote des résidents étrangers. Sur le mariage pour tous, en se prononçant pour le respect de la liberté de conscience et en refusant d’intégrer la question de la PMA dans le projet de loi, François Hollande a lui-même ouvert une brèche dont n’avaient pourtant pas besoin les conservateurs et rétrogrades de tout poil pour faire entendre leur voix ! Qu’on en finisse donc vite. Dans 50 ans, on regardera avec le même sourire les pancartes des « anti-mariage pour tous » qu’on regarde aujourd’hui les affiches de ceux qui se battaient contre le droit de vote des femmes au début du siècle dernier !

Affiche Droit de vote des étrangersQuant au droit de vote des résidents étrangers, il est pour l’instant aux oubliettes et, si nous ne faisons pas monter la pression, il a peu de chances d’être mis en oeuvre pour les élections municipales de 2014. Le collectif Front de gauche de Fontenay mène d’ailleurs, ces jours-ci, une campagne de consultation citoyenne pour réclamer que cette vieille promesse de la gauche soit tenue dès l’année prochaine. Si la majorité des 3/5e ne peut être réunie au Parlement, il faut convoquer un référendum !

Allez, je m’arrête là… Si on réussissait tout ça en 2013, la vie serait déjà beaucoup plus belle !

« C’est ça, être de gauche : savoir que la minorité, c’est tout le monde. Et que c’est là que se passent les phénomènes de devenir. » (Gilles Deleuze)

En attendant 2013…

A vous qui passerez par là,

Au moment de prendre quelques jours de congés, je vous souhaite une belle fin d’année. Même si ça peut sembler un peu convenu, j’ai une pensée particulière pour celles et ceux qui passeront ces moments de fête seuls ou dans la détresse.

Je souhaite que 2013 soit plus belle que 2012 mais je sais que ça ne tombera pas du ciel. Comme un grand nombre d’entre vous, je l’espère, je vais donc tâcher de bien me reposer et de faire le plein de bonheur pour prendre modestement mais fidèlement ma part au long travail qui nous reste à mener pour nous construire une société plus juste et plus solidaire.

A l’année prochaine !

Pourquoi je défends le mariage pour tou-te-s, avec le droit à l’adoption et l’accès à la PMA

Affiche Mariage pour tous 1Dimanche, je n’étais pas dans la rue pour défendre le mariage pour tou-te-s. Un week-end à Amsterdam, prévu de longue date, m’en a empêchée (Amsterdam : une ville très agréable, à taille humaine et à l’architecture surprenante, que j’ai beaucoup appréciée, si on excepte les femmes en vitrine, vendues comme des marchandises).

Pour en revenir au mariage pour tou-te-s, j’étais de cœur et d’esprit avec les manifestant-e-s et je me réjouis du succès populaire rencontré par cette manifestation. J’avoue avoir été assez surprise, ces dernières semaines, par la violence des propos entendus à l’encontre des personnes homosexuelles. Je pensais que c’était de l’histoire ancienne…

Je pensais également que François Hollande ferait de ce sujet dit « sociétal » un marqueur de son mandat. Au contraire, en n’intégrant pas l’accès à la procréation médicale assistée dans le projet de loi, en restreignant l’adoption aux couples mariés, pire en invoquant la liberté de conscience pour les Maires, François Hollande donne l’impression, une nouvelle fois, de louvoyer, d’hésiter…

Je ne partage pas l’avis de ceux, comme ces 15 députés socialistes de la « Gauche populaire » qui ont récemment interpelé le Gouvernement, qui pensent que le mariage pour tous est un sujet « de niche », en claire une réforme secondaire. Aimer librement est un droit constitutif de l’humanité, au même titre que boire, manger, travailler, se soigner : ça fait partie des « produits de haute nécessité », pour reprendre le titre d’un Manifeste que j’affectionne tout particulièrement.

Alors, bien sûr, les opposants au mariage pour tous vous expliquent qu’ils n’ont rien contre les homosexuels, que la raison pour laquelle ils se battent, c’est le droit des enfants. Ils invoquent à tout bout de champ la nature pour justifier qu’une famille, ça soit un père et une mère. Quid de la nature quand celle-ci interdit à un homme et une femme de faire des enfants ?

Affiche Mariage pour tous 2Pour ma part, qu’il s’agisse de l’adoption, qui se réalise aujourd’hui quasi-exclusivement à l’étranger, avec les dérives et les problèmes éthiques que ça pose ; ou qu’il s’agisse de la procréation médicalement assistée, où tout est fait pour gommer le géniteur, je pense que les questions liées à la filiation, à la parentalité… méritent d’être réinterrogées. .

Mais il n’y a aucune raison que ces questionnements, aussi essentiels soient-ils, servent de prétexte pour discriminer les homosexuels. Soit on décide de les reposer en grand et pour tout le monde, soit on donne les mêmes droits à tou-te-s, tout de suite.

 

« Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique) » (extrait du Manifeste pour les produits de haute nécessité).

Banlieusards et fiers de l’être : merci Kery James !

Samedi soir, j’ai assisté au concert de Kery James en acoustique, à Créteil. Si « le rap est un art prolétaire », comme il le chante, alors Kery James appartient à l’aristocratie de la classe ouvrière !

Kery James (www.leparisien.fr)

Loin du rap bling-bling ou commercial, Kery James construit une oeuvre en mouvement, de la rage de ses débuts avec Ideal J (et le morceau emblématique « Hardcore ») à des textes de plus en plus profonds, sur la banlieue (« Banlieusards », mon titre préféré), sur le passé colonial du « pays des droits de l’Homme » et le racisme ordinaire en France (il faut écouter sa « Lettre à la République ») ou encore sur le conflit israëlo-palestinien (son très juste « Avec le cœur et la raison »).

Kery James n’apprécierait peut-être pas d’être cité sur un blog « politique ». Pour sa participation à la Fête de l’Humanité, en 2008, il avait en effet déclaré :  « Très sincèrement, ma venue ne témoigne pas d’un engagement politique concret aux côtés de la gauche. [...] J’ai ma manière de faire des choses pour que cela avance concrètement, à travers ma musique et ce que je fais dans la vie de tous les jours. C’est aussi politique. »

Pour moi, pourtant, Kery James fait partie de ces voix à écouter et, surtout, à entendre pour quiconque prétend construire une alternative politique porteuse d’émancipation. Bien sûr, la militante du Front de Gauche que je suis rêve que quelqu’un comme lui décide de s’engager dans une construction politique, où nous pourrions avancer ensemble.

En attendant, j’essaie de mesurer et de combler, à mon niveau, le chemin qui reste à parcourir pour qu’une construction comme le Front de gauche noue des liens (de travail, et pas de subordination ou de récupération) avec les mouvements qui se structurent dans les quartiers populaires. Je crois qu’il y aura des gestes importants à produire, notamment, avant et pendant les élections municipales.

« Banlieusards et fiers de l’être / On n’est pas condamnés à l’échec

Ce texte je vous le devais / Même si je l’écris le cœur serré / Et si tu pleures, pleure des larmes de détermination / Car ceci n’est pas une plainte, c’est une révolution ! »