Communistes/Insoumis, quel avenir en commun ?

« La séquence électorale », selon l’expression consacrée, étant terminée, je mets de côté mon désarroi pour tâcher de partager quelques réflexions. Je préfère prendre le temps de les écrire ici, les invectives et les commentaires à l’emporte-pièce sur les réseaux sociaux me semblant constituer un des aspects les plus désagréables de la campagne qui s’achève (en tout cas, pour ce que j’en ai observé dans ma famille politique).

La progression de l’abstention, une maladie qui nous engage tou.te.s

Je retiens d’abord, de cette séquence qui s’achève, la maladie de nos institutions. A l’élection présidentielle, si le record d’abstention n’a pas été battu (celui-ci datant de 2002  avec 28.4% au 1er tour),  le fait que la participation se soit située en-deçà de celle de 2012 (22.2% au 1er tour et 25.4% au 2nd tour contre 20.5% et 19.6% en 2012) constituait déjà un signal d’alerte. Lors des élections législatives, le phénomène s’est accentué, atteignant des records sous la Ve République (51,3% d’abstention au premier tour).

Nombreux ont été les commentaires sur cette progression de l’abstention mais qui en prend vraiment la mesure et, surtout, qui est prêt à en assumer sa part de responsabilité ?

Pour ma part, je considère que l’abstention est l’affaire de toutes celles et tous ceux qui prétendent exercer un mandat électif et, à ce titre, représenter leurs concitoyen.ne.s. Bien sûr, il faudrait une rénovation profonde de nos institutions et il est inutile de compter sur le nouveau pouvoir pour s’y engager, puisque Macron, comme ses prédécesseurs, a tout intérêt à faire perdurer ce système, qui lui donne les coudées franches pour mettre en œuvre son programme.

Mais, à côté d’un engagement résolu pour la VIe République – comprenant le passage à la proportionnelle aux élections législatives et la suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel – il faut, au quotidien, s’interroger sur ce qui peut permettre de retendre le lien entre les citoyen.ne.s et leurs représentant.e.s.

Le vent du renouveau ?

Dans ce contexte de participation faible, que retenir de cette séquence électorale, qui a tout de même bouleversé la situation politique nationale ?

Tout d’abord, contrairement au story telling dont on nous a abreuvés depuis son élection, il faut souligner la légitimité faible d’Emmanuel Macron. Son score de la présidentielle, au premier tour (8.656M de voix, soit 1.5M de voix de moins que François Hollande en 2012, 2.8M de voix de moins que Nicolas Sarkozy en 2007), ainsi que les études sur les motivations du vote (mettant en avant le phénomène de vote utile, ainsi que l’incarnation du « changement »), montrent qu’il est loin de disposer d’une majorité d’adhésion pour son projet.

Il est toujours délicat de faire parler « la majorité silencieuse ». On peut néanmoins, sans trop se tromper, retenir l’expression d’une colère et le rejet d’un système dépassé. Les leaders en place ont été balayés, les deux grands partis ayant animé la vie politique française depuis des décennies ont été sérieusement ébranlés. Bien sûr, il ne faut pas être dupe de cet effet de « renouveau » : l’Assemblée nationale est renouvelée, rajeunie, féminisée mais l’endogamie sociale continue d’y faire des ravages…

A l’occasion de l’élection présidentielle, l’extrême-droite a continué de progresser, Marine Le Pen atteignant, au second tour de la présidentielle, un score inédit, en pourcentage (33.9%) et en voix (10.6M), et parvenant à gagner 3 millions d’électeurs entre les deux tours. Des verrous ont sauté par rapport au vote Front national, rendant la menace fasciste plus prégnante encore. Le recul du Front national aux élections législatives, notamment lié à l’abstention, ne doit pas nous faire sous-estimer cette menace.

De quoi le résultat de Jean-Luc Mélenchon est-il le nom ?

Dans ce contexte, la candidature de Jean-Luc Mélenchon a créé l’événement. La campagne a permis de porter sur le devant de la scène politique des idées qui n’y avaient plus leur place, elle a suscité de la fierté, ramené au vote des abstentionnistes et permis de renouer avec un vote populaire.

Jean-Luc Mélenchon a aussi réussi à incarner le vote utile à gauche, ce qui est à la fois porteur d’espoir et source de questionnements pour comprendre les ressorts du vote et son ancrage possible dans le temps : en effet, il est difficile de distinguer ce qui relève de l’adhésion à un projet de transformation radicale, du choix du vote le plus utile à un instant t, dans un contexte de crise de la social-démocratie – les deux motivations pouvant bien sûr se conjuguer.

En tout état de cause, la belle dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et le résultat inespéré de 19.6% (7 millions de voix) ne doivent pas faire oublier qu’il est loin d’exister, en l’état actuel des choses et des forces, une majorité d’idées pour la transformation sociale, dans notre pays.

Dès lors, nos responsabilités sont immenses, tout comme la tâche qui nous attend. Avant de dresser quelques perspectives, je pense utile de revenir sur la stratégie de la France insoumise et les relations entre le PCF et la France insoumise, ces derniers mois.

Les relations PCF / France insoumise

Les militant.e.s communistes sont aujourd’hui nombreux à dire : « La France insoumise, sans moi ! », persuadés qu’ils sont d’avoir été maltraités durant la campagne, en particulier pour les législatives. Cependant, chacun devrait se demander si la France insoumise ne s’est pas contentée de nous rendre la monnaie de notre pièce…

En effet, après avoir tergiversé pendant de longs mois pour soutenir Jean-Luc Mélenchon, le PCF aurait voulu obtenir la moitié du gâteau au moment de se partager les circonscriptions pour les législatives. Il reproche en particulier à la France insoumise d’avoir présenté des candidats, souvent venus d’ailleurs (« parachutés »), là où les communistes sont implantés depuis longtemps et nourrissaient des espoirs de reconquête (comme à Ivry ou à Montreuil).

Au final, la France insoumise a gagné l’immense majorité des « primaires » qui l’opposaient aux candidats communistes…, y compris dans des endroits où l’implantation et la notoriété de nos candidats étaient fortes (dans les circonscriptions considérées comme gagnables, avant l’élection, les candidats soutenus par le PCF se sont imposés, face aux candidats France Insoumise, dans deux circonscriptions seulement, celles de Nanterre et de Gennevilliers).

Nous pouvons continuer de déplorer le manque de coopération de la France insoumise mais ce serait oublier que la politique est toujours affaire de rapports de forces. Nous pouvons donc plutôt essayer d’en tirer quelques enseignements, pas toujours agréables mais, si possible, lucides.

  • Tout d’abord, sur la question du « parachutage », avant de le reprocher à d’autres, on doit à l’honnêteté de dire que le PCF l’a lui-même beaucoup pratiqué et si nous avons à peu près abandonné la pratique aujourd’hui, il me semble que c’est moins parce que nous la condamnons qu’en raison de notre affaiblissement, qui limite les possibilités de succès de telles entreprises.  En outre, un « parachuté » d’hier peut devenir un excellent élu… nous en avons trop d’exemples au Parti pour le nier !
  •  Ces duels fratricides ont constitué des épisodes douloureux, dont personne ne sort grandi, quand bien même la France insoumise croit y avoir gagné ses galons de « première force de gauche ». En écrivant ces lignes, je pense bien sûr à mes camarades communistes, dont je connais le dévouement et la loyauté.

Mais aussi cruelle que soit l’épreuve, elle a le mérite de rappeler que les électeurs n’appartiennent à personne et que la notion de « bastions » est bel et bien dépassée. A l’efficacité de l’action quotidienne, à la présence militante assidue – quand elles existent encore – il faut pouvoir ajouter la cohérence d’une stratégie et d’un projet au niveau national.

  • On ne saurait oublier que la France insoumise a aussi réussi à faire élire des député.e.s dans des circonscriptions où l’implantation communiste est beaucoup moins forte et/ou déclinante : ainsi, l’Ariège, qui a envoyé deux député.e.s FI (sur deux sièges possibles), avait toujours, depuis 1958, élu des député.e.s socialistes. En Meurthe-et-Moselle, où Caroline Fiat a été élue face au Front national, il n’y avait plus de députée communiste depuis 1986.

On pourrait développer d’autres exemples (en Gironde ou à Paris) mais ces quelques lignes suffisent à éclaircir le propos : si la France insoumise place une bonne partie de ses troupes dans l’historique « banlieue rouge », elle réussit aussi une percée sur d’autres territoires et ces succès ne sauraient donc se résumer à celui d’un coucou qui se serait couché dans le lit préparé par d’autres.

  • Enfin, on se rappellera que la majorité des députés communistes élus n’avaient pas d’opposition France insoumise face à eux (Marie-George Buffet, Stéphane Peu, Sébastien Jumel, Jean-Paul Dufrègne, Pierre Dharreville, Alain Bruneel, Hubert Wulfranc). Ce sont ces députés (avec les 4 autres PCF et le renfort d’élus ultramarins) qui permettent aujourd’hui au PCF de disposer d’un groupe à l’Assemblée nationale.

Une fois posé cela, je ne donne pas pour autant un blanc-seing aux méthodes employées par la France insoumise lors de ces élections législatives.

  • Je continue de penser que « nos » gains (je parle d’un commun qui a eu du mal à exister mais dont je ne désespère pas qu’il advienne…) auraient pu être bien plus importants si nous avions su prolonger et démultiplier la dynamique indéniable née de l’élection présidentielle par un ancrage local fort et des pratiques militantes de proximité. La France insoumise est une toute jeune organisation et je ne doute pas qu’elle développera cet ancrage dans les années à venir.

Mais je pense que la table rase du passé n’est pas la méthode la plus efficace. En tout cas, je suis convaincue que nous aurions pu, dès cette séquence électorale, et à condition de pratiques moins verticales et moins dogmatiques, travailler à mieux mettre en commun nos atouts et, bien sûr, éviter ces candidatures concurrentes qui nous ont éliminés (Insoumis comme PCF) du second tour dans de trop nombreuses circonscriptions (y compris les plus emblématiques, comme celle de Myriam El Khomri, à Paris).

  • Le rajeunissement et la féminisation de l’Assemblée nationale, auxquels contribue la France insoumise, sont une bonne chose (surtout quand on voit que le PCF envoie 9 hommes sur 11…) mais je crois que nous pourrons réellement prétendre avoir contribué au renouvellement du personnel politique quand nous permettrons à des citoyen.ne.s « lambda » de s’engager, d’accéder aux responsabilités et fonctions électives, en bref de s’emparer eux-mêmes du pouvoir et non prétendre toujours l’exercer à leur place.

Or, parmi les député.e.s insoumis, on compte plusieurs cadres du Parti de gauche, constituant la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, avec un profil  de professionnels de la politique. On verra comment ceux qui sont arrivés quelques semaines avant l’élection, dans la circonscription qui les a élus, réussiront leur implantation et s’inscriront dans une action quotidienne de proximité.

En attendant, je préfèrerais toujours la victoire d’une enfant de Colombes, Elsa Faucillon, celle de François Ruffin dans la Somme ou, bien sûr, la magnifique campagne conduite par Farida Amrani et Ulysse Rabaté dans des villes, Corbeil et Evry, où ils mènent le combat depuis de longues années.

A l’arrivée de cette séquence électorale, si les états-majors peuvent faire mine de se réjouir – la France insoumise comme le PCF ont réussi à constituer chacun son groupe : la belle affaire ! , les blessures sont vives chez bien des militant.e.s. Que de mots qui blessent, que d’énergie gaspillée, alors que nous avions – nous avons – tant à faire ensemble !

Si l’élection de « 29 député.e.s de combat », comme l’a titré L’Humanité, a fini par apparaître comme une heureuse surprise, c’est pourtant loin de ce que pouvait laisser espérer le score de l’élection présidentielle, y compris en tenant compte de la baisse de participation et des effets de l’inversion du calendrier électoral.

C’est loin aussi, et surtout, du groupe qu’il aurait fallu pouvoir constituer pour s’opposer de manière efficace à la politique d’Emmanuel Macron et son Gouvernement et, ainsi, être fidèles au mandat donné par les 7 millions d’électeurs de la présidentielle.

Je sais que nos député.e.s feront leur possible pour remplir au mieux leur rôle, notamment auprès de leurs concitoyen.ne.s, mais dans la configuration actuelle de l’Assemblée, où le Président dispose d’une majorité absolue, ils n’en seront pas moins circonscrits, pour une grande part, à un rôle de porte-voix, sans possibilité réelle d’infléchir le travail parlementaire.

Alors, quel avenir en commun ?

Le défi qui se pose à nous, qui voulons continuer de rêver aux jours heureux et nous engager pour les faire advenir, m’apparaît aujourd’hui s’articuler autour de quatre séries de questions :

  • Quelle actualité du clivage gauche / droite ? quelle pensée de la transformation sociale ?

Au delà de son résultat, l’intérêt et la dynamique qu’a suscités la campagne de Jean-Luc Mélenchon ont révélé – ou rappelé – l’attente d’une véritable alternative et l’audience des idées de justice sociale, de transition écologique, de renouveau démocratique. Pour autant, la majorité d’idées n’existe pas ou, en tout cas, n’est pas constituée de façon solide.

Les repères sont brouillés, la gauche est discréditée ou vide de sens pour bien des électeurs. Jean-Luc Mélenchon a tenté de contourner le problème en substituant au clivage gauche/droite, l’opposition entre le peuple et les élites.

Cette substitution est-elle le juste chemin pour reconquérir la majorité d’idées dont nous avons besoin ? Je suis encore réticente à m’y engager, car je pense que le chemin reste aussi important que l’objectif à atteindre. Je me méfie des compromissions auxquelles il faudrait consentir pour traverser « le moment populiste » mais je sais aussi reconnaître le mérite de l’efficacité.

  • Quel rapport à l’exercice des responsabilités ? Quelle construction pour un rassemblement majoritaire ?

Dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon a su comprendre et capter la recherche, à la fois, d’une rupture franche avec les accords d’appareils, à géométries variables, et le besoin d’une cohérence dans la ligne et la stratégie défendues.

A ce sujet, il a notamment tiré enseignement des errements du Front de gauche.

Dans ce que donne à voir la France insoumise de son fonctionnement (charte d’engagement pour les législatives, fonctionnement du groupe parlementaire, création de groupes France insoumise dans les municipalités où cela est possible…), on voit que le souci de cette cohérence, associé à un enjeu de visibilité et d’installation dans le jeu politique, est prégnant.

Mais comment cela peut-il se concilier avec la recherche de majorités pour emporter des combats d’idées mais aussi des victoires électorales ? La France insoumise considère-t-elle, comme le PCF au temps de sa splendeur, que les majorités doivent se construire autour d’elle ?

A mon avis, les résultats décevants des élections législatives devraient, au contraire, engager la France insoumise à se garder de toute tentation hégémonique sauf à considérer, pour les années à venir, que son implantation dans le paysage politique national est plus importante que les changements concrets à faire advenir, qui nécessitent de construire et d’emporter des majorités.

Toutes ces questions peuvent bien sûr être posées en vue de prochaines échéances électorales, à commencer par les élections municipales mais elles dépassent le seul enjeu des élections et renvoient bien sûr à l’histoire de la gauche (ou des gauches) en France et en Europe.

  • Quel engagement citoyen ? Quelle mobilisation des classes populaires ?

Dans le contexte d’une abstention un peu plus élevée qu’en 2012 (+2 points, à 22.2%), la candidature de Jean-Luc Mélenchon a suscité une dynamique réelle. Nous l’avons notamment vu dans les quartiers populaires, où un vote spontané semblait s’exprimer, y compris chez des abstentionnistes de longue date.

Mais la France insoumise aurait tort de penser que les 7 millions de voix de la présidentielle sont acquises et qu’elles constituent un socle solide, voire monolithe, pour se projeter plus loin. Les législatives ont commencé de le montrer. Cela tient certes à notre système institutionnel, aux effets de l’inversion du calendrier électoral, à la dévalorisation des élections législatives, au sentiment de saturation ressenti par les électeurs.

Mais on a aussi constaté un phénomène de sur-abstention aux législatives, chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui tient à la fois à la sociologie de son électorat (dans les quartiers populaires) mais aussi, pour une part qu’il est difficile de quantifier, à la déception ressentie par certains électeurs de la présidentielle, tant concernant le positionnement de second tour, que la stratégie employée pour les législatives.

Cela nous rappelle le travail acharné que nous avons à produire pour passer d’un vote ponctuel à une réelle mobilisation populaire, pour faire passer le cap de l’engagement à des milliers, des millions de citoyens. Or, sans cette force populaire, il ne sera pas possible de conquérir les majorités d’idées et les majorités de vote dont nous avons besoin.

  • Quelle place pour les organisations politiques ?

La France insoumise continue de revendiquer ne pas être un parti politique. A mon avis, cela ne pourra pas durer très longtemps car il lui faudra donner à la fois des gages d’efficacité et de démocratie.

Comme l’écrivent les signataires de l’appel Front commun, « d’une manière ou d’une autre, il faut donc inventer, dans notre société socialement et politiquement diverse, les moyens de construire la force politique commune dans lequel tous les courants partisans des nécessaires ruptures économiques, écologiques et institutionnelles (insoumis, communiste, socialiste, écologiste, libertaire, féministes, altermondialistes, etc.) pourront trouver leur place, et susceptible ainsi d’être le ciment d’un rassemblement majoritaire. »

Certain.e.s considèrent que cette nouvelle force politique existe déjà, du moins à l’état d’embryon, et qu’elle se nomme la France insoumise. Pour ma part, je suis partagée entre le souci de l’efficacité (partir de l’existant et du socle le plus large possible) et mes réticences, tenant tant à la prise en compte de mon identité, qu’à mon aspiration à des pratiques politiques renouvelées, que je n’ai pour l’instant pas observées dans la France insoumise. Mais c’est aussi en investissant un espace qu’on peut en élargir les murs…

Je me donne l’été pour réfléchir !

 

Penser au temps d’après

De la séquence présidentielle désormais achevée, et pour les tâches qui nous attendent dans les semaines et mois à venir, je tire les premiers éléments de réflexion suivants :

Le score de Jean-Luc Mélenchon constitue un très beau résultat, dont on peut dire qu’il est loin d’avoir été anticipé, en tout cas par la majorité d’entre nous. Ce résultat valide une stratégie, celle d’une rupture franche avec les accords d’appareil ; il donne une visibilité et une crédibilité à un projet de transformation sociale qui portait, dans cette élection, le nom de « L’Avenir en commun » ; il s’accompagne de l’émergence d’une nouvelle force politique, La France insoumise.

Ces trois points, qui constituent les éléments de force, méritent d’être développés :

  • Sur la stratégie, je ne partage pas les regrets de ceux qui, au lendemain du premier tour, ont continué de déplorer l’absence d’accord entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, censé permettre d’accéder au second tour, tout d’abord parce que ceux-là pensaient en général que ce rassemblement devait s’opérer autour de Benoît Hamon, comme si, d’une part, le candidat socialiste restait la candidature maximum et naturelle de la gauche et comme si, d’autre part, la personnalité et le talent de Jean-Luc Mélenchon, donc la dimension individuelle de sa candidature, ne prenaient pas une part déterminante dans la dynamique de sa campagne.

Jean-Luc Mélenchon a anticipé avant tout le monde les errements auxquels conduisait toute stratégie de primaire et a senti mieux que quiconque le rejet dont faisait l’objet non seulement le Parti socialiste mais, au-delà, ce qu’on peut qualifier de « vieille politique » se traduisant par des accords d’appareil à géométrie variable. Bien que son lancement de campagne ait été solitaire, il a su incarner la cohérence d’un discours et le courage de l’indépendance, ce qui a été mis à son crédit et a fait oublier son profil de « vieux » professionnel de la politique – pourtant si reproché à d’autres ;

  • Sur le projet, quel dommage que le PCF ait si longtemps tergiversé pour se réclamer de « L’Avenir en commun », croyant bon de donner à voir des points de divergence, alors que l’essentiel était ailleurs : plus pédagogue qu’en 2012, ayant mûri son projet et sa posture, Jean-Luc Mélenchon a donné un écho nouveau à bien des idées que les communistes portent depuis longtemps, les enrichissant de ce qui a germé dans les courants de pensée de la gauche alternative, ces dernières années, notamment au sujet de l’épuisement des ressources naturelles et de la nécessaire transition écologique qui en découle et donnant à l’ensemble une dimension et une cohérence nouvelles, par son talent et sa hauteur de vue ;
  • Sur l’émergence d’une nouvelle force politique, nul ne saurait sous-estimer le poids que représente un mouvement que 500 000 personnes ont décidé de rejoindre, l’aspiration que cette nouvelle forme de rassemblement et d’engagement a rencontré.e. chez nombre de citoyen.ne.s, notamment des jeunes (je ne dispose pas des chiffres mais c’est qui transparaissait dans les rassemblements publics organisés par la France insoumise au cours de la campagne) et la continuité qui peut être donnée à ce mouvement.

 

Pour conforter ces points d’appui, la lucidité commande néanmoins de voir les éléments de fragilité, qui pourraient enrayer la belle dynamique. Je les résumerais ainsi : le rassemblement initié dans cette campagne n’épuise pas la question de l’engagement et la nécessité de renouveler le personnel, comme les pratiques politiques. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon ne suffit pas non plus à donner une majorité à nos idées, pas plus qu’il ne garantit de renouer de façon durable avec un électorat qui s’est éloigné de la gauche. Enfin, les errements déjà constatés à l’occasion des élections législatives montre que la nécessaire recomposition politique peut encore connaître bien des soubresauts, qui nous feront perdre un temps précieux.

  • Sur l’engagement, je crois que le modèle proposé par la France insoumise correspond à une forme souple d’engagement, qui répond à un rejet des partis politiques, tout en restant marqué par une verticalité qui me semble bien peu moderne. Le refus de se structurer en parti empêche la délégation de pouvoir et la désignation de responsables, ce qui peut sembler louable mais ce qui conduit à concentrer le pouvoir dans les mains d’un petit nombre, ce qui est le lot des partis politiques… mais qui prend, ici, un caractère d’opacité plus prononcé encore qu’ailleurs.

Par ailleurs, le besoin d’assurer la cohérence d’une ligne au niveau national est devenu le prétexte pour (ou, pour le dire de façon moins suspicieuse, a conduit à) retirer une grande partie du pouvoir d’initiative et de décision à l’échelon local. Sur le moyen terme, et sans la dynamique d’une campagne présidentielle centrée autour d’un candidat fédérateur et fortement animée sur les réseaux sociaux (notamment), il est possible que ce fonctionnement lasse et trouve des limites ;

  • Sur la majorité d’idées, le score de 19.6% réussi par Jean-Luc Mélenchon ne doit pas faire oublier que la gauche reste très largement minoritaire dans le pays. Si on veut bien additionner aux voix de Jean-Luc Mélenchon, celles de Benoît Hamon et des deux candidats de l’extrême-gauche, on atteint à peine 28% des suffrages exprimés.

En outre, si Jean-Luc Mélenchon réalise des scores tout à fait remarquables dans les villes et quartiers populaires, notamment dans ce qu’il fut coutume d’appeler la banlieue rouge, il demeure un déficit de participation dans ces quartiers, où réside sans doute le réservoir de voix qui aurait pu permettre l’accession au 2ème tour et, plus largement, cette majorité pour nos idées qui reste à conquérir.

Pour illustrer mon propos, je prends quelques exemples : à Bobigny, JLM réalise 43% mais l’abstention monte à 38% (+17 points par rapport à l’abstention au niveau national), à Saint-Denis, JLM réalise 43.4% et l’abstention était de 33.5% (+12.5 points), à Gennevilliers JLM réalise 46% (son meilleur score dans les villes de plus de 30 000 habitants) et l’abstention est de 25% (+4 points) ; à Montreuil, JLM réalise 40% et l’abstention est de 25% (+ 4 points). Dans toutes ces villes, on notera au passage que le Front national est contenu très en-deçà de son résultat national (avec un résultat entre 8 et 12%), ce qui montre qu’il n’y a pas de fatalité à ce que l’électorat populaire se tourne vers l’extrême-droite.

Ce déficit de participation, dans des villes où le score de Jean-Luc Mélenchon est très élevé, me semble démontrer qu’un travail de terrain, aussi méticuleux qu’ancré dans la durée, est nécessaire pour ramener au vote des électeurs qui s’en sont durablement éloignés. Cela est d’autant plus indispensable qu’on s’approche d’élections pour lesquelles la participation est toujours beaucoup plus faible que pour une présidentielle (c’est le cas des élections législatives pour lesquelles, en 2012, la participation avait crû de 22 points entre le premier tour de la présidentielle et le premier tour des législatives). C’est aussi, et bien sûr, un enjeu démocratique qui dépasse l’enjeu électoral.

  • Sur la recomposition politique, l’échec des négociations entre le PCF et la France insoumise porte déjà un coup d’arrêt à la dynamique de l’élection présidentielle. Si cet échec est en germe depuis bien longtemps, il n’en désespère pas moins ceux, parmi les militant.e.s, qui avaient tenté de l’éviter et ceux, parmi les nouveaux convaincus, qui ne peuvent comprendre une telle incapacité à se mettre d’accord.

Avec ces élections législatives, faute d’accord entre le PCF et la France insoumise, nous courons à la catastrophe, indignes de l’espérance qui s’est levée autour de Jean-Luc Mélenchon. Le temps viendra d’analyser les raisons qui conduisent à cette impasse coupable : cette analyse sera indispensable pour recomposer, sur des bases solides, la gauche de transformation sociale. Or, ni le PCF, ni la France insoumise ne sortiront grandis de cette séquence législative, ce qui est un mauvais point de départ pour un dialogue serein et respectueux.

Pour l’heure, un ami me faisait remarquer que la situation actuelle peut se lire à l’aune du dilemme du prisonnier : en théorie des jeux, cela caractérise une situation où deux joueurs auraient intérêt à coopérer, mais où, en l’absence de communication entre les deux joueurs, chacun choisira de trahir l’autre si le jeu n’est joué qu’une fois.

L’image me semble assez juste. En tout cas, nous sommes nombreux à nous sentir prisonniers de mauvaises décisions qui ont été prises, de querelles que nous n’avons pas voulues, et qui risquent de laisser des traces profondes entre des militant.e.s qui devraient être des partenaires naturels, sans compter l’image désastreuse que nous renvoyons aux électrices et électeurs.

Les Insoumis ont, pour eux, le rapport de forces et la conviction que la présidentielle leur donne la légitimité pour imposer le cadre de la France insoumise, misant sur un report de dynamique et, donc, de voix de la présidentielle vers les législatives dont ils surestiment, à mon avis, l’effet. Ils ont également peu à perdre puisqu’ils ne disposent pas aujourd’hui de représentation parlementaire et qu’ils semblent faire de l’élection de quelques personnalités nationales l’enjeu principal des ces élections législatives.

Pour les communistes, la situation est plus cruelle, puisque le rapport de forces nous est défavorable (nous n’avons pas fini de regretter ce soutien si tardif, puis si timide, à Jean-Luc Mélenchon) et que la division risque de nous faire perdre dans les quelques circonscriptions où nous avons encore des député.e.s et dans celles où nous nourrissons des espoirs légitimes de reconquête.

Pour sortir de ce dilemme, il faudrait (ou il aurait fallu) que chacun puisse dépasser son réflexe premier d’orgueil, pour penser à ce qui constitue le commun combat : faire entrer un maximum de député.e.s à l’Assemblée pour pouvoir marcher sur deux jambes (la rue et le Parlement) dans les luttes à venir. Mais il semble qu’une nouvelle fois, nous, militant.e.s dévoués et, surtout, électrices et électeurs pleins d’espoir, devions être sacrifiés à l’aune de logiques d’appareils. 

Pour ma part, j’essaie, pour dépasser la colère présente, de penser au temps d’après, quand les élections législatives, qui se solderont par une occasion historique manquée, auront rappelé le caractère indispensable du rassemblement. Nous aurons encore perdu un temps précieux – et ce sera difficile de nous le faire pardonner, mais nous n’aurons d’autre choix que de nous asseoir, une nouvelle fois, autour d’une même table.

Elena

Je t’aime pour ces deux semaines de vie, et pour toutes celles qu’il nous sera donné de vivre ensemble.

Je t’aime pour le temps, que tu allonges.

Je t’aime pour les yeux de ton frère, et ceux de ton père. 

Je t’aime pour notre famille, que tu complètes.

Je t’aime pour nos rêves, que tu agrandis.

Je t’aime pour le monde, que je voudrais meilleur.

Je t’aime pour le goût de la lutte, et le goût du bonheur.

Je t’aime d’un amour impudique et universel.

Elena, ma fille.

De la légitimité secondaire des femmes en politique et de la crise démocratique dans notre pays

Il me trotte depuis quelques temps des mots dans la tête, à propos de la place des femmes en politique et de la crise démocratique que traverse notre pays, mélange de mon cheminement personnel et de l’actualité qu’il nous est donné de connaître, ces dernières semaines. Autant profiter du 8 mars pour essayer de les coucher sur la toile…

72 ans après avoir obtenu le droit de vote, 17 ans après la loi sur la parité, les femmes semblent toujours reléguées au rang d’une légitimité secondaire dans l’espace politique. Quand elles arrivent à des postes de responsabilité, on en recherche toujours la raison cachée, celle qui prévaudrait nécessairement sur leurs compétences : de qui sont-elles la fille, l’épouse, la protégée ou la maîtresse ? On se pose rarement la question pour un homme, en tout cas pas en des termes similaires.

En parallèle, les phénomènes de reproduction sociale, de connivence et d’entre-soi pourrissent la vie politique et démocratique de notre pays. Cela doit inviter à la réflexion et à l’exemplarité, quel que soit le niveau auquel on décide de s’engager.

Cela forme un ensemble de questions que je me pose beaucoup pour moi-même.

Les parents s’efforcent de transmettre à leurs enfants une culture, des valeurs, une façon de se conduire dans la vie et avec les autres. Certains font naître la passion d’un métier. Les miens m’ont transmis – avec bien d’autres choses – le sens de l’engagement et de la révolte. Comme eux, je suis devenue militante communiste et, comme mon père, très tôt, j’ai été élue.

Certains amoureux se rencontrent sur les bancs de l’école, au travail, au cours d’une soirée entre ami.e.s. J’ai rencontré celui qui est devenu mon mari et le père de mon fils en menant campagne électorale. Depuis, ce jeune militant associatif dont je suis tombée amoureuse, il y a bientôt dix ans, est devenu Maire de Fontenay.

En politique, j’ai donc d’abord été « la fille de » avant de devenir « la femme de ». Cette propension à me réduire aux liens qui m’unissent à des hommes (mon père, mon mari) n’est ni systématique, ni toujours mal intentionnée. Mais elle est certainement révélatrice de cette « légitimité secondaire », que j’évoquais plus haut, et elle m’est difficile à digérer, comme s’il me fallait toujours me justifier de mes compétences ou de mon parcours.

Mais quels que soient la sincérité et le désintérêt dont je me sens animée, il me revient de prendre en compte le contexte dans lequel se déploie mon engagement. Ne comptant pas abdiquer ma légitimité à exister et à agir par moi-même.il m’a néanmoins semblé préférable de ne pas proposer, cette année, ma candidature pour l’élection législative, alors que j’avais été candidate en 2012. Par cette décision, j’ai souhaité ne pas prêter le flanc à ceux qui pourraient penser que nous gérons la ville « en famille » ou que nous prétendons concentrer les responsabilités dans quelques mains.

Les récentes affaires, en particulier l’affaire Fillon, génèrent de la suspicion et creusent encore le fossé entre la politique et les citoyen.ne.s, poussant légitimement ces derniers à s’interroger sur les intérêts personnels que tirent les hommes et les femmes politiques de l’exercice de leur mandat.

En ces temps troublés, il ne faut surtout pas renoncer à combattre le « tous pourris » car il y a, en France, des milliers d’élu.e.s, de tous bords, qui, dans l’anonymat, donnent de leur temps pour servir sincèrement l’intérêt général. Il faut le combattre également car cet argument du « tous pourris » est d’abord utilisé par ceux qui ne le sont pas moins, mais qui réussissent à se faire une virginité à bon compte.

Pour se régénérer, notre vie politique a besoin d’un profond renouvellement : cela passe par un véritable statut de l’élu.e (facilitant, notamment, le retour à la vie professionnelle et/ou la reconversion après un mandat exercé à temps plein), par le non cumul des mandats (entre eux et avec une limite dans le temps), par de nouvelles mesures de transparence, notamment concernant le financement de la vie politique et les avantages octroyés à certains « grands » élu.e.s (je pense, en particulier, au régime spécial des parlementaires).

Cela passe également par l‘approfondissement de la parité femmes / hommes, qui doit être garantie par la Constitution, mais qui sera réellement rendue possible par les mesures citées ci-avant : en effet, pour faire place à de nouvelles têtes, notamment des femmes, il faut d’abord que ceux qui sont bien installés dans leurs fauteuils laissent de la place et si nous ne les y contraignons pas, nul doute qu’ils ne partiront pas d’eux-mêmes…

C’est le sens de l’engagement pour la 6e République, que portent Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens pour l’élection présidentielle. Puisse la situation actuelle de pourrissement que connaît notre vie politique avoir au moins le mérite de donner à voir l’urgence de porter loin cet engagement pour changer profondément nos institutions démocratiques.

Après le vote des communistes, soulagement et espoir

Ce week-end, les communistes français ont choisi, à 53.6%, de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, inversant le vote des cadres du Parti, trois semaines plus tôt (à l’issue de la Conférence nationale du 5 novembre).

Je suis soulagée de ce résultat mais je ne peux pas dire que je m’en réjouis. J’en conçois même une certaine amertume, à la vue de toute cette énergie dépensée, ces derniers mois, à étaler et exacerber nos divergences internes, prenant le risque de nous abîmer profondément.

Certes, il était nécessaire que le débat ait lieu et que les points de vue cheminent mais nous ne nous sommes pas facilité la tâche. L’heure n’est pas à régler des comptes, ni à analyser les failles de notre fonctionnement de parti. Nous avons déjà perdu suffisamment de temps et nous avons tant à faire.

J’espère que les communistes vont pouvoir se rassembler et être là où ils sont le plus utiles : sur le terrain, déployant leur énergie et leur intelligence militantes, non au service d’un homme providentiel, mais à disposition d’un rassemblement qui doit s’élargir, de propositions qui doivent se faire connaître, de voix qu’il est nécessaire de faire entendre.

A Fontenay, comme partout, il me semble impératif de déployer rapidement une campagne publique de proximité, joyeuse et déterminée, qui nous fasse retrouver et, si possible, décupler l’élan de 2012. Entre partenaires politiques, au sein de l’assemblée citoyenne du Front de gauche, avec les représentant-e-s de la France insoumise, nous avons besoin de nous parler, de nous comprendre pour, sans attendre davantage, occuper l’espace public, recouvrir les murs, frapper à chaque porte qui voudra bien s’ouvrir, afin de semer, une à une, les graines qui feront grandir l’espoir.

Nous sommes condamné-e-s à réussir.

Conférence nationale des communistes : pour un choix lucide et courageux

Les communistes sont réuni-e-s aujourd’hui en conférence nationale, pour débattre de leur choix pour l’élection présidentielle, entre le soutien à Jean-Luc Mélenchon et la désignation d’un-e candidat-de communiste. Je reproduis ci-dessous l’intervention que j’ai prononcée à cette occasion.

Je me permets tout d’abord de remercier Pierre Laurent pour sa prise de position, en faveur du soutien à Jean-Luc Mélenchon. Je la trouve courageuse, au terme d’un engagement sincère et obstiné pour construire le rassemblement le plus efficace possible. Je la crois lucide, prise à la lumière du rapport de forces qui se dessine, attentive à ce qui se dit chez les communistes, qui ne sont pas tous d’accord, mais qui veulent tou-te-s entrer en campagne et retrouver le sentiment de leur utilité.

Il me semble important que la conférence nationale se prononce pour un soutien clair à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui ne soit pas un choix sans enthousiasme, mais une prise de position exigeante et optimiste.

La candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a pas vocation, comme nous l’avons entendu souvent, à n’être qu’une candidature de témoignage. S’il existe un infime espoir qu’un candidat de gauche soit présent au 2nd tour, c’est Jean-Luc Mélenchon qui l’incarne. Cet état de fait ne changera plus, surtout pas avec un candidat issu du PS ou ayant participé au Gouvernement. Mais, surtout, la candidature de Jean-Luc Mélenchon peut permettre d’ouvrir un nouvel espace politique.

Les contours de cet espace politique, son mode de fonctionnement, son positionnement sur l’échiquier politique nous posent des questions. Il ne peut pas s’appeler seulement « France insoumise ». Mais, pour nous poser toutes ces questions et, surtout, être en mesure d’y apporter notre part de réponses, encore faut-il que cet espace existe et que nous en soyons.

C’est pourquoi les communistes ne peuvent pas, ne doivent pas être absents de cet espace politique, que la candidature de Jean-Luc Mélenchon nous permet d’ouvrir :

Par ce choix, il ne s’agit pas d’assurer notre survie, bien qu’il en soir aujourd’hui question. Il s’agit de représenter la famille communiste, d’apporter nos idées, indispensables pour construire l’alternative de gauche que nous appelons de nos vœux depuis de longues années.

Il ne s’agit pas de nous rallier, d’être les petites mains invisibles de la campagne d’un leader tout puissant, bien que plus plus notre décision tarde, plus ce risque sera grand. Il s’agit de diffuser nos pratiques, de permettre un élargissement du rassemblement, par notre présence sur le terrain.

Enfin, il ne s’agit pas, par ce choix, de sauver des places, bien que la question des élu-e-s et, en particulier, des député-e-s soit essentielle. Il s’agit de porter nos exigences, notre capacité à porter le renouvellement, à faire émerger de nouvelles figures et de nouvelles pratiques politiques, pour enfin réconcilier les citoyen-ne-s et la politique.

Cher-e-s camarades, faire de la politique, en tout cas comme nous souhaitons en faire,  c’est-à-dire en partant du mouvement réel des choses, c’est toujours faire des choix et, par ces choix, prendre le risque d’abandonner un peu de nous-mêmes pour donner une chance à nos idées de vivre, de prospérer.

C’est le choix que les communistes ont fait plusieurs fois dans leur histoire, avec courage et lucidité. C’est le choix que nous devons faire aujourd’hui.

En direct du Conseil national du PCF des 24 et 25 septembre

Je partage, ci-dessous, le texte de l’intervention que j’ai prononcée au Conseil national du PCF, ce samedi 24 septembre, qui porte sur la stratégie des communistes pour l’élection présidentielle.
Les interventions que j’ai trouvées les plus intéressantes sont celles qui nous donnent à partager l’état de la réflexion des communistes dans les départements, dans les sections. Pour travailler à l’unité des communistes, à un débat respectueux – nécessité que beaucoup de camarades ont soulignée – il me semble important de faire cet effort. C’est aussi notre rôle de direction nationale.
J’y prends donc ma part, en rendant compte rapidement – trop rapidement – de l’échange entre les communistes de Fontenay, réunis en assemblée de section cette semaine, qui met en lumière les points suivants :
- une difficulté à s’impliquer dans la consultation citoyenne, bien que la démarche soit partagée sur le fond, en raison des défauts intrinsèques du questionnaire (très compliqué) mais surtout du manque de perspectives, qui nous rend mal à l’aise dans la discussion avec les citoyens ;
- le sentiment d’être inaudibles et le besoin de rendre public notre appel au rassemblement ;
- dans le même temps, des interventions qui, majoritairement, invitent à prendre acte de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, sans beaucoup d’enthousiasme mais avec le sentiment que nous ne pouvons plus faire autrement ;
- pour résumer, du désarroi et beaucoup d’attente vis-à-vis de notre Conseil national, pour y voir plus clair rapidement.
Pour ma part, et pour donner ma réflexion dans le débat, je fais partie de ceux qui pensent que le soutien critique à la candidature de Jean-Luc Mélenchon est, désormais, la position la plus réaliste.
Si j’ai été heurtée par certaines des positions de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de proclamer sa candidature et de mener campagne, je dois dire que je suis heurtée également par les propos que certains camarades, en particulier des dirigeants nationaux du Parti, tiennent vis-à-vis de lui, comme s’il était devenu notre principal adversaire politique.
Quelle que soit la décision que nous prendrons, in fine, je crois nécessaire de nous demander pourquoi la candidature de Jean-Luc Mélenchon nous gêne tant :
Certes, il y a ses maladresses, les désaccords que nous pouvons avoir avec lui – qui ne doivent d’ailleurs pas faire oublier tous les points d’accord, dont nous parlons pourtant très peu.
Mais je crois que sa campagne, certaines de ses prises de positions nous heurtent surtout car elles nous renvoient à des questions non réglées chez nous, qui posent la question de notre utilité, de la légitimité de notre action. Je résume ce propos en 3 questions :
1. Comment surmonter la crise politique, celle qui plonge dans le discrédit tous les partis politiques, y compris le nôtre ? Jean-Luc Mélenchon y répond en tentant une campagne hors partis, directement du candidat au peuple : je ne partage pas cette position mais le constat qui y conduit m’interroge et me parle. Nous pouvons, nous devons continuer de penser qu’une organisation politique est nécessaire pour mener le combat qui est le nôtre, tout en étant lucides sur le discrédit qui pèse sur les partis, qui doit nous conduire à remettre en cause nos pratiques politiques.
2. Autre question : Comment faire face à la crise de la gauche, gauche à laquelle nous sommes associés et que le quinquennat de Hollande a abîmée de façon désastreuse, provoquant une situation de fracture entre la gauche et celles et ceux qui ont le plus besoin ? Jean-Luc Mélenchon y répond par l’effacement du concept de gauche, en prônant une lutte entre le peuple et les élites. Encore une fois, je ne partage pas cette stratégie mais reconnaissons que la reconquête de l’hégémonie politique et culturelle par les idées de gauche n’est pas un combat gagné d’avance.
3. Enfin, 3e et dernière question : Comment faire face à l’échec, dont nous portons une part de responsabilité et que constitue le fait de n’avoir pas su rendre incontournable une construction politique alternative à gauche, dont le Front de gauche semblait pourtant, en 2012, une belle préfiguration ? Certes, Jean-Luc Mélenchon a dit que le Front de gauche était dépassé mais n’avons-nous nous-mêmes pas dit la même chose ou, pire, fait en sorte qu’il en soit ainsi ?
Traiter ces questions et examiner les divergences que nous avons dans les réponses à apporter, c’est un gros chantier. C’est celui de la recomposition de la gauche et je crois que nous ne sommes pas dans le moment politique qui permette de mener ce chantier.
C’est pourquoi, à ce stade, il me semble nécessaire de nous adresser à Jean-Luc Mélenchon et de rendre public notre échange. Si nous avons la responsabilité du rassemblement, nous avons aussi la responsabilité d’aller au bout de notre relation avec celui qui a donné un visage au Front de gauche en 2012.
Pour finir, je dois dire que je suis assez étonnée par les camarades qui considèrent que cet échange avec Jean-Luc Mélenchon est, à priori, voué à l’échec.
Car considérer que la position de Jean-Luc Mélenchon est immuable, sur des questions comme le clivage gauche / droite, sur le cadre de la campagne, sur les législatives, sur certains points programmatiques,
Considérer, en somme, que la candidature de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de mener campagne existent indépendamment de la position que nous, communistes, pouvons prendre, 
N’est-ce pas faire le constat de notre propre échec, de notre inexistence dans le rapport de forces que Jean-Luc Mélenchon a su construire et qui le rend, aujourd’hui, incontournable dans le paysage politique ?
Nous pouvons, nous devons peser dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon comme en 2012 et même mieux qu’en 2012 !

Appel à faire front commun en 2017

Je reproduis ci-dessous le texte que je viens de co-signer pour appeler à « faire front commun » en 2017 (à retrouver et signer sur www.frontcommun.fr)

Cette signature n’enlève rien de mes réserves à l’égard de Jean-Luc Mélenchon, sa façon de faire de la politique tellement Ve République, ses prises de positions douteuses (sur les travailleurs détachés, sur le burkini, sur certains points de politique étrangère…), sa France insoumise qui n’est pas la mienne.

Cette signature, c’est une tentative d’aller de l’avant, pour retrouver du collectif, des perspectives, ne pas se laisser piéger dans des débats interminables et sans issue.

C’est une signature pleine de doutes, qui tient compte du contexte dans lequel nous sommes tenus d’agir, qui n’oublie pas ce que nous n’avons pas su ou voulu faire ces dernières années pour être à la hauteur de l’espoir ouvert par le Front de gauche en 2012 et qui mesure tout le chemin qui reste à parcourir pour faire de la politique autrement.

 
Citoyennes et citoyens de gauche, organisés ou non, nous voulons que les élections présidentielle et législatives de 2017 soient utiles pour ouvrir dans notre pays une perspective politique de progrès humain, démocratique, social et écologique.

Après cinq ans de gouvernements se réclamant de la gauche tout en poursuivant les politiques néolibérales et autoritaires de la droite, l’écœurement et la colère risquent de se traduire par une abstention record de l’électorat populaire, une défaite historique du parti socialiste et la victoire d’une droite radicalisée flanquée d’une extrême droite plus menaçante que jamais. Quant à la gauche de transformation sociale et écologique, qui avait commencé à créer du neuf, notamment avec le Front de gauche, elle pourrait bien revenir une nouvelle fois à sa dispersion antérieure et tuer pour longtemps l’espoir qu’elle avait réussi à faire naître en 2012. Nous ne voulons pas de ce scenario épouvantable qui aboutirait à un très dangereux face à face entre néolibéralisme et néofascisme, confortant la supercherie visant à faire passer celui-ci pour la seule alternative envisageable au « système » qui ravage nos sociétés. Le pire deviendrait alors possible.

Au vu des risques bien réels d’une catastrophe politique aux conséquences incalculables, nous en appelons à l’esprit de responsabilité et d’audace de toutes les forces de la gauche de transformation sociale et écologiste. Elles sont diverses, à l’image du peuple qu’il s’agit de rassembler, comme des combats dont elles sont héritières : socialiste, communiste, écologiste, libertaire, féministe, anticolonialiste, pacifistes, altermondialistes, etc. Mais elles ont tellement en commun comme l’ont montré l’adoption du programme « l’Humain d’abord » il y a cinq ans, les luttes que nous avons mené ensemble et l’intérêt soulevé en Europe par des expérience novatrice comme celle de Syriza et Podemos qu’il serait inacceptable qu’elles ne réussissent pas à se rassembler aujourd’hui pour mener ensemble le combat difficile qui s’annonce.

Dans cet esprit, nous décidons de nous engager dans la campagne électorale de 2017. Les jeux ne sont pas faits. En profondeur, le peuple français est en attente. Les mobilisations au moment de la COP 21, celles contre la déchéance de nationalité et à Notre Dame des Landes, contre la loi travail et Nuit debout ont montré que, dans l’autonomie de leurs mouvements et dans leurs diversités, les exigences de justice sociale et écologiste, d’égalité, de démocratie sont toujours bien vivantes. Elles doivent pouvoir trouver l’expression de leur potentiel politique. Il est donc vital de créer un élan, et pour cela de jeter de toute urgence les bases du rassemblement politique à construire.

Il faut aujourd’hui pour cela une nouvelle proposition politique, un programme et des candidatures en rupture avec l’ordre productiviste et néolibéral, permettant un très large rassemblement de forces et de personnalités représentatives des différentes sensibilités de gauche, à égalité avec des citoyennes et des citoyens engagées dans la vie politique, syndicale, associative, intellectuelle et culturelle.

En l’état, EELV s’apprête à désigner son candidat. Les « frondeurs » du PS risquent, après la primaire, de se retrouver à soutenir un candidat qu’ils n’ont eu de cesse de combattre. Le Front de Gauche est éclaté. Le Parti communiste désigne ses candidats aux législatives et annonce qu’il décidera le 5 novembre prochain de la candidature qu’il présentera ou soutiendra pour la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a annoncé la sienne et entend que « La France insoumise » qu’il a créée soit le cadre unique d’organisation des campagnes électorales de l’an prochain. Cet éparpillement serait suicidaire. Et des candidatures fratricides, y compris aux législatives, aboutiraient à un désastre complet.

Nous refusons de laisser une nouvelle fois le piège de l’élection présidentielle et les débats sur une candidature ruiner tout espoir avec la vaine recherche d’une femme ou d’un homme providentiel. Une candidature de large rassemblement est possible et peut résulter d’une construction collective impliquant directement, au-delà des forces concernées, les citoyen-nes. Quels que soient les arguments des uns et des autres ou les divergences que nous pouvons avoir avec lui, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique. Elle exprime dans les classes populaires le refus à gauche de la politique mise en œuvre par François Hollande. A près de six mois de l’échéance, il serait, à nos yeux, irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation. Cependant son mouvement « La France insoumise » ne représente qu’une partie des forces disponibles. Réussir à les rassembler très largement nécessite une alternative politique pluraliste, démocratique, répondant aux exigences d’un fonctionnement plus horizontal et citoyen portées notamment par la mobilisation contre la loi travail et les Nuits debout.

Il faut donc franchir une étape. Afin de nous engager toutes et tous ensemble dans ce combat politique si important pour l’avenir de notre pays, il est indispensable que soit constitué au plan national, avec toutes les parties concernées, un lieu d’échange et de coordination qui rendra compte de notre diversité politique et sera ouverte aux acteurs des mouvements sociaux, aux intellectuels, créateurs et artistes, qui manifestera notre ambition commune et donnera à nos campagnes présidentielle et législatives la plus grande efficacité. Nous proposons que celles et ceux qui entendent se joindre à notre appel contribuent activement à la convergence des forces sociales et politiques de gauche et écologiste dans les villes, les départements et les 577 circonscriptions législatives, avec les organisations locales de « la France insoumise », du PCF et du PG, d’Ensemble, d’EELV et des groupes de socialistes critiques, ceux de l’Appel des cent, les assemblées citoyennes créées dans le cadre du Front de gauche ainsi que les citoyennes et citoyens, celles et ceux qui se sont mobilisés depuis des mois contre la politique du gouvernement, les femmes et les hommes susceptibles de participer à une démarche de rassemblement et d’innovation à gauche pour 2017. C’est la clé d’une convergence à gauche audacieuse et déterminée, d’une véritable dynamique collective et donc du succès. Nous prenons à cette fin toutes les initiatives nécessaires.

Nous appelons toutes les femmes, tous les hommes et toutes les forces de progrè s à se joindre à cette démarche en signant cet appel et en s’engageant concrètement pour la réalisation des objectifs qu’il se fixe. C’est la condition pour échapper au piège qui nous est tendu en 2017. Et pour que cette campagne marque une étape décisive dans la reconstruction dans notre pays d’une gauche digne de ce nom.

Fontenay, mon image de France

Apres ce mois d’août pourri par les polémiques nauséabondes, je me suis plusieurs fois demandé ce que j’allais écrire pour rompre la trêve estivale et sacrifier au sempiternel « C’est la rentrée ! ».

Mais les mots, que j’ai d’habitude faciles, cette fois-ci, ne venaient pas. Une trop grande morosité dans l’air, malgré le ciel bleu qui se prolonge. Une difficulté à tracer des perspectives, à l’aube de cette année électorale qui ne me dit rien qui vaille.

Alors, je n’ai rien dit, jusqu’à ce jour de rentrée scolaire. La première pour mon petit bonhomme.

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En accompagnant mon fils dans sa classe, dans l’école populaire de notre quartier, j’étais avec les mamans voilées et celles qui ne le sont pas,  les papas trop peu nombreux, les gens modestes, tous ces parents émus – j’étais l’une d’eux. J’ai entendu parler le français, l’arabe, le russe. J’ai aimé les enseignants, parlant avec la même attention à chacun. J’ai vu tous ces gamins avec leur regard brillant, leur tenue apprêtée, leur coiffure soignée.

J’étais fière d’être là. Ce coin de Fontenay, ce matin, c’est mon image de France, celle qui me donne envie d’agir, celle qui répond le mieux aux polémiques et remplace tous les discours.

Le combat continue. Bonne rentrée !

Après le 37e Congrès du PCF : doutes, responsabilité et espérance

Déléguée au 37e Congrès du PCF, qui s’est tenu du 2 au 5 juin 2016, je sors de cette période intense de réflexion et de débats entre communistes avec des sentiments mitigés.

L’essentiel des débats entre communistes a porté sur notre stratégie de rassemblement, notamment en vue des échéances de 2017. La proposition, portée par la direction nationale sortante, de participer à l’organisation d’une primaire, pour désigner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle, a tout particulièrement cristallisé les débats.

Par ailleurs, dans la première version du texte soumise au débat des communistes, le Front de gauche avait littéralement disparu. Il a ensuite été réintégré mais plutôt pour constater son état de mort clinique, sans faire l’effort suffisant d’analyse pour expliquer ce qui nous avait conduits à cet état de fait, la part de responsabilité que nous portions, alors que nous avions confirmé, lors de notre précédent Congrès (en 2013), la stratégie du Front de gauche et décidé de lui donner un nouvel élan (ce qui devait constituer sa « saison 2 »).

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Ces insatisfactions m’ont conduite à m’associer à la rédaction d’une base commune alternative de discussion, proposée au vote des communistes, que nous avons nommée « Ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen. » Comportant bien sûr lui-même des défauts et des manques, notamment sur la stratégie pour les mois à venir, ce texte a recueilli 24% des suffrages des adhérent-e-s.

Cette démarche a aidé à mettre en lumière les doutes de bien des communistes sur la stratégie de la primaire, à replacer l’analyse du Front de gauche au cœur de nos débats de Congrès et à pousser les questions relatives à l’état de la gauche, notre rapport au PS et à la social-démocratie, la vocation majoritaire de notre rassemblement.

Au sortir du Congrès, quelques lignes ont bougé mais je reste dubitative quant à la stratégie retenue par les communistes.

Postulant qu’il n’est pas trop tard pour réussir à unir la gauche de transformation sociale pour les élections de 2017, cette stratégie consiste à organiser une grande consultation citoyenne, dont les communistes seraient les initiateurs et qu’il mettraient à disposition des organisations et des citoyen-ne-s, afin de définir une plateforme d’engagements communs, à laquelle devra adhérer le ou la candidate souhaitant se présenter à l’élection présidentielle. Cette plateforme devra être prête en octobre et une fois adoptée, s’il reste des candidats à départager, une primaire  (ou « tout autre processus de désignation citoyenne », comme le précise notre texte de Congrès) pourra être organisée, au mois de novembre.

Je ne suis convaincue ni par le calendrier, ni par le fond de la démarche.

Sur le calendrier, il me semble suicidaire d’attendre le mois de novembre pour entrer réellement en campagne, avec le risque de sortir divisés d’une démarche dont les contours restent flous et pour laquelle nous n’avons aucune assurance que d’autres veuillent s’associer à nous.

Par ailleurs, à juste titre, les communistes estiment nécessaire d’engager, dès le lendemain de leur Congrès, la campagne des élections législatives, refusant ainsi la présidentialisation du régime et mettant en avant la nécessité de disposer d’un groupe fort de parlementaires pour peser réellement dans les rapports de forces politiques et institutionnels. Mais comment engager cette campagne, désigner des candidat-e-s, élaborer des propositions sans avoir d’abord clarifié notre position pour l’élection présidentielle qui, malgré tout, structure la vie politique de notre pays ? Avec qui discuter, dans quel cadre puisque le Front de gauche est en sommeil mais que nous ne lui avons substitué aucun autre espace d’élaboration collective ? Doit-on mettre en place des collectifs ad hoc, dont je doute qu’ils soient très bien perçus ?

En outre, sur la votation citoyenne et l’éventuelle primaire, il reste beaucoup de flous. En aucun cas, Hollande, Valls ou Macron ne pourront y participer… mais s’agit-il d’une question de personnes ou d’une question politique ? Notre texte de Congrès parle d’un « clan » au pouvoir et élude, en fait, la question de la rupture à gauche, au motif de n’exclure personne et de laisser ouvertes toutes les possibilités de construire un rassemblement majoritaire. Mais s’il est louable et légitime de vouloir s’adresser à tous les électeurs dont le coeur bat à gauche, ce qui inclut donc une partie des électeurs socialistes, est-il raisonnable de vouloir encore ménager les responsables, qu’ils soient frondeurs ou non, d’un parti qui n’a plus de socialiste que le nom ?

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C’est la question de la stratégie de conquête du pouvoir qui est posée. Et elle ne se joue pas entre, d’un côté, les sectaires, ceux qui voudraient garder les mains propres et, de l’autre, ceux qui prendraient leurs responsabilités.

Pour espérer être majoritaires, il faut, bien sûr, viser bien au-delà de nos rangs, bien au-delà même de nos 4 millions d’électeurs de 2012. Mais pour espérer être entendus et utiles, il faut porter et rendre crédible l’idée d’une transformation radicale du système. Il faut gagner des rapports de forces. Cela suppose des ruptures, du courage – que nous ne pouvons pas avoir pour les autres mais que beaucoup attendent de nous.

Notre démarche ne doit pas être excluante mais elle doit être claire. Elle ne remet pas en cause, comme j’ai pu l’entendre, les expériences de gestion que nous avons, dans les collectivités territoriales, même si elle peut bien sûr conduire à les questionner, toujours à l’aune de cette dialectique entre l’exercice des responsabilités pour être utiles – ce qui suppose du pragmatisme et des compromis – et la poursuite d’une visée transformatrice de la société – ce qui nécessite de la radicalité.

Enfin, ce déploiement, cet élargissement du rassemblement, que nous appelons de nos vœux, doit bien trouver un point de départ.

Il me semble que le Front de gauche constitue ce point de départ. Même si nous avons perdu beaucoup de temps en ne produisant pas tous les gestes nécessaires, pour aider à le pérenniser et à le structurer, le Front de gauche reste un repère politique, que ni les communistes, ni Jean-Luc Mélenchon ne peuvent abandonner, sans devoir s’en justifier.

Plutôt que d’en appeler chacun de notre côté – les communistes, la France insoumise – à un contact direct « avec le peuple », incantation qui sert en fait de prétexte pour contourner le Front de gauche et ses militant-e-s, nous devrions retrouver le chemin des assemblées citoyennes et de cet enthousiasme militant qui nous avait fait déplacer des montagnes en 2012 et nous avait permis de faire grandir, au fil des mois, une dynamique et un rassemblement enfin porteurs d’espoir.

C’est ce que nous aurions dû faire depuis des mois, mettant en partage « L’humain d’abord », attentifs à l’évolution du mouvement social, proposant un espace politique ouvert à celles et ceux qui voudraient prolonger leur engagement, permettant à des figures nouvelles d’émerger.

C’est encore possible. Mais, compte tenu du temps perdu, il me semble aujourd’hui raisonnable de penser que Jean-Luc Mélenchon sera notre candidat pour l’élection présidentielle. J’aimerais que nous réglions cette question rapidement afin de pouvoir entrer en campagne, en construisant du collectif.

Mais ce n’est pas le chemin que les communistes ont choisi… pour l’instant.

Au cours de ce 37e Congrès, j’ai été élue, avec 169 autres camarades, au Conseil national, organe de direction du PCF. C’est une responsabilité et un honneur. La première réunion est prévue le vendredi 17 juin et portera sur les suites à donner au Congrès, en commençant par engager le processus de consultation citoyenne.