2016 : du cœur et du courage

Du cœur pour rire, partager, découvrir.

Du cœur pour voir les injustices et n’y être jamais insensible.

Du cœur pour aimer la vie.

 

Du courage pour continuer de croire en une vie meilleure, une société plus juste et donner du temps, du l’énergie pour y contribuer.

Du courage pour être lucide sur nos erreurs, abandonner quelques certitudes, poser les bonnes questions et chercher les réponses au-delà des frontières habituelles.

Du courage pour marcher le coeur et la tête droite, même en prenant quelques chemins de traverse.

 

2016, après 2015 : du cœur et du courage, il nous faudra au moins ça !

Dimanche, j’utiliserai ma voix

J’ai hésité à rester sans voix jusqu’à dimanche, 20h.

D’abord, il y a la tristesse des résultats au soir du premier tour. On a beau s’y attendre, on ne s’y prépare pas.

À Fontenay, la liste du Front de gauche remporte un score honorable (17.5%), derrière le Parti socialiste (26%) et la droite (23%) mais l’abstention reste de loin le parti de la majorité des Fontenaysiens.

Dans le pays, le Front de gauche, avec différentes stratégies, subit un échec cuisant et humiliant, bien loin de cette alternative que nous prétendons incarner.

S’il y a encore un avenir pour le Front de gauche, il ne pourra passer que par la conscience aiguë d’une urgence à faire autrement.

Dans mon département, par exemple, nous avons d’abord été guidés par le souci d’avoir des élus. C’est un objectif que je renie pas mais les élus sont d’autant plus utiles qu’ils sont portés par une légitimite populaire, qu’ils donnent de la fierté et le sentiment d’être représenté-e-s à celles et ceux qui les élisent.

Sans dynamique collective, sans intervention citoyenne, ce mouvement n’a que peu de chances d’exister alors que notre département regorge de talents, de disponibilités, de liens tissés… J’enrage de tout ce que nous aurions les moyens de faire et que nous ne faisons pas.

Alors, avec cette tristesse, avec ces regrets, que faire ?

Voter, dimanche, pour le candidat du Parti socialiste – et pas n’importe lequel ! – n’est-ce pas entretenir un système, exprimer une forme d’adhésion à ce parti qui, au Gouvernement, porte une grande responsabilité dans la situation actuelle de notre pays ?

Je me sens prise dans une forme de piège : voter pour le Parti socialiste et lui confier, de nouveau, des responsabilités, c’est prendre le risque de faire monter encore la désespérance, celle-là même qui fait grandir l’abstention et nourrit les votes extrêmes.

Alors, voter blanc ? Choisir de ne pas choisir ?

Tirer un trait d’égalité entre cette gauche qui a dirigé la région pendant 11 ans et la droite de Valérie Péçresse, l’amie de la Manif pour tous, celle qui se vante de supprimer les aides au logement social et le tarif unique de la carte de transports.

Faire, d’une certaine façon, le jeu du Front national qui profitera de l’abstention de gauche pour augmenter son poids dans le résultat final et, donc, le nombre de ses élus.

J’éprouve un sentiment de colère, un sentiment d’injustice d’en être réduite à ce choix qui n’en est pas vraiment un.

Pourtant, ma décision est prise :

Dimanche, j’utiliserai le bulletin Bartolone pour battre la droite et l’extrême-droite.

Et lundi, en tâchant d’être la plus consciente possible de nos lacunes, de nos erreurs…, à ma place, et avec mes camarades, je continuerai de mettre mes forces, mon engagement au service de cette alternative de gauche que nous méritons.

Pour qu’il n’y ait plus de tristes dimanches soirs et des lundis matins avec la gueule de bois.

 

Haut les coeurs !

Voir mon fils grandir. Imprimer ses rires dans mes oreilles et sur ma rétine car « le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants« .

(Re)faire du sport.

Lire des vrais livres, et pas seulement des notes et des rapports ! Dans ma liste de la rentrée littéraire : Les gens dans l’enveloppe d’Isabelle Monnin, Boussole de Mathias Enard, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Commencer par aller les acheter chez mon ami Guillaume, qui tient la librairie Mot à mot à Fontenay.

M’éclipser quelquefois, à la pause déjeuner, pour aller au Méliès, « cinéma public » comme l’annonce fièrement son fronton et désormais le plus grand cinéma d’art et d’essai d’Europe.

Passer une soirée par semaine à la maison.

Ménager des pauses, des escapades et des échappées belles.

Faire tout cela et continuer d’être une femme, une mère, une cadre territoriale, une élue locale, une militante du mieux possible, sans frustrations et sans culpabilité.

Est-ce que les résolutions de rentrée ont plus de chances d’être respectées quand on prend le temps de les coucher sur le papier ?

Allez, haut les cœurs… et bonne rentrée !

 

Attentat de Charlie Hebdo : la solidarité contre la terreur

Charb, Wolinski, Cabu, Tignous, Bernard Maris : à prononcer, vos noms sont familiers. Voilà bien qui suscite tant d’émotion, d’hébètement, ce qui était sans nul doute l’effet recherché. Je n’oublie pas pour autant les quatre journalistes plus anonymes, les deux policiers, l’agent d’entretien, tous froidement assassinés dans l’exercice de leurs fonctions.

Je n’ai pas partagé tous les partis pris de Charlie Hebdo ces dernières années, j’avais eu l’occasion de le dire sur ce blog (ici). Mais là n’est pas la question ce soir car rien ne justifie qu’on puisse mourir pour ce qu’on écrit, ce qu’on dessine.

L’heure est avant tout à la solidarité avec les victimes, les familles et les proches des disparus et avec toutes celles et tous ceux que cette attaque blesse dans leur humanité.

Ce soir, je n’ai pas envie de faire mien le slogan, repris en boucle sur les réseaux sociaux : je ne suis pas Charlie, je suis une citoyenne bouleversée, inquiète, mais néanmoins animée d’espérance. Je crains les amalgames et ceux qui sauront utiliser cet événement pour attiser les peurs, les divisions, les haines. Je pense à mes compatriotes de confession ou de culture musulmane, dont beaucoup doivent redouter ces amalgames. Je pense à mon fils et au monde dans lequel il faut lui apprendre à grandir et à vivre.

J’espère que la communauté républicaine saura se rassembler, sans récupération, sans faux-semblants. Et qu’elle n’oubliera pas, le temps venu, de se demander quelle société peut engendrer de tels monstres.

Oui à la laïcité, non aux discriminations !

Je m’associe pleinement à l’appel que plusieurs collectifs, défendant notamment les droits des femmes portant le voile, ainsi que des universitaires et des personnalités engagées à gauche ont publié, en cette date symbolique du 18 juin : « Appel du 18 juin 2014 : oui à la laïcité, non aux discriminations ».

L’appel, que vous trouverez ci-dessous, demande l’abrogation de la circulaire Chatel, qui interdit aux mères d’élèves de participer aux sorties scolaires, lorsqu’elles portent le voile. Dans ces lignes, je m’étais moi-même déjà insurgée contre cette humiliation faite à certaines femmes (pratiquée dans au moins une école de Fontenay) et avais rappelé mon opposition à la loi du 15 mars 2014, sur le port de signes religieux à l’école.

Cette position ferme n’enlève rien à mes interrogations sur le voile. Mais je m’interdis de porter un jugement sur celles qui font le choix de le porter et, surtout, je reste convaincue que la République ne peut être fidèle à elle-même quand elle fait le choix de l’exclusion, de la discrimination, de l’humiliation. Quant au repli communautaire, si souvent brocardé comme une menace et utilisé en réalité pour stigmatiser une seule religion, il serait temps de l’analyser davantage comme un symptôme que comme une cause d’une République qui va mal.

Partout, des exemples nous laissent heureusement penser que le vivre ensemble est toujours possible, bien qu’il nous appartienne de l’entretenir, de le développer comme un bien commun, à la fois fragile et précieux.

L’inauguration de la mosquée de Fontenay, hier, en présence de la communauté musulmane mais aussi des élu-es, des représentants des communautés juive et chrétienne, de Fontenaysien-nes en est une belle illustration. Je suis fière que ce projet, porté depuis de longues années par l’Association Cultuelle Musulmane Fontenaysienne, ait été soutenu par la municipalité (malgré l’opposition d’une partie de la majorité municipale d’alors). Ce fut « un moment de joie et un moment d’histoire pour notre ville », comme l’a justement souligné M. le Maire, un moment qui appartient à la communauté des citoyen-nes.

Appel du 18 juin : oui à la laïcité, non aux discriminations

Nous, femmes voilées interdites de sorties scolaires, mais aussi parents d’élèves, femmes, syndicalistes, politiques, militant-e-s associatifs, femmes et hommes politiques, intellectuel-le-s, citoyen-ne-s, lançons un appel pour le respect de la laïcité et la fin des traitements discriminatoires

A l’heure où la France fait la une des journaux du monde entier, où la patrie des droits humains est devenue la patrie du rejet des étrangers, des « autres », de toutes celles et de tous ceux qui ne correspondent pas à la norme dominante (blanc, homme, chrétien, riche…), nous lançons cet appel pour tenter un sursaut et faire émerger de l’intelligence, du désir d’être ensemble quelles que soient nos différences.

Parce que nous portons un foulard, nous n’avons pas le droit d’accompagner nos enfants aux sorties scolaires, mais nous avons le droit de nous présenter aux élections de délégués de parents d’élèves, nous avons le droit de siéger dans les conseils d’écoles, nous avons le droit de participer aux activités dans l’enceinte de l’école mais nous sommes surtout les bienvenues pour faire des gâteaux…

Nous ne pouvons pas trouver les arguments cohérents pour expliquer cela à nos enfants, sans parler des doutes et interrogations qu’ils vivent chaque jour face à l’exclusion de leur mère. Que penser à leur âge de la maltraitance subie par leur maman de la part de l’institution scolaire ?

Malgré la multiplication des agressions, des discriminations et des humiliations… que nous subissons chaque jour devant nos enfants, nos voisins, les parents d’élèves, les enseignants, nous poursuivons nos mobilisations et nos actions, pour que la laïcité, qui articule la neutralité des institutions et les libertés individuelles des citoyens, soit enfin respectée et appliquée.

Notre résistance face à toutes ces intimidations s’amplifie chaque jour afin de poursuivre notre but : citoyennes de ce monde, nous revendiquons l’égalité pour toutes. Nous exigeons l’arrêt des traitements discriminatoires.

Rien ne nous fera reculer, nous sommes déterminées à être présentes, engagées à part entière dans cette société, à l’école comme dans nos quartiers, au travail comme dans nos familles. Partout où nos droits sont bafoués.

Nous, signataires de cet appel, demandons l’abrogation de la circulaire Chatel, cette circulaire sexiste et islamophobe, ainsi que toutes les lois et circulaires discriminatoires qui l’ont précédée.

Islamophobie, discriminations, sexisme, injustice, inégalités, stigmatisation : ça suffit.

Nous invitons les femmes, les parents d’élèves, la société civile, les journalistes, les intellectuels, les enseignants, les politiques, les mouvements féministes et les associations à nous rejoindre et à soutenir ce combat : celui de la laïcité, celui de l’égalité, à mettre fin à ces peurs sans cesse agitées favorisant la montée de l’extrémisme qui contribue à monter les populations les unes contre les autres.

« J’habite une douleur »

Ce qui est le plus choquant ce matin, c’est que la France ne soit pas choquée. « Séisme », « tsunami », les images ne manquent pas mais elles sont trop éculées pour faire sens. Les discours des responsables politiques tournent à vide. Le traumatisme du 21 avril 2002 semble appartenir à un autre siècle. 

Dans un contexte d’abstention très élevée (56,9%), un électeur sur quatre, soit 4 701 051 personnes, a voté pour les listes du Front national. C’est 1,7 million de voix en moins que le score de Marine Le Pen à l’élection présidentielle.
 
Au cours de cette élection européenne, il n’y a donc pas davantage de personnes qui ont franchi le pas de voter pour l’extrême-droite. La progression du Front national n’est pas numérique, elle est psychologique. Qui est encore convaincu que le Front national est un parti dangereux pour la démocratie ? Qui s’est réveillé ce matin en ayant peur de ce qui se passe dans notre pays ?
 
Voilà bien ce qui m’inquiète. Il existe encore une majorité de Français qui ne sont pas prêts à voter pour le Front national. Mais ils sont de plus en plus nombreux à rester indifférents, voire à se dire « après tout, pourquoi pas ? ».
 
Je ne me joins pas aux discours de ceux qui blâment les abstentionnistes. Il existe des comportements négligents, désinvoltes vis-à-vis du vote, qu’il faut sûrement continuer de condamner. Mais je crois que l’abstention est devenue, dans notre pays, un phénomène politique.
 
Pour aller voter, il faut être convaincu que le vote peut avoir un impact sur la vie réelle. De ce point de vue, l’élection européenne est sans doute la plus compliquée. Il n’est plus à démontrer que l’Union européenne est une construction éloignée des citoyens, dans le fond et dans la forme. Si les analystes disent que les électeurs se sont déterminés sur des considérations européennes, je crois que la politique menée dans le pays est aussi pour beaucoup dans les choix fait par nos concitoyens – dans le vote comme dans l’abstention.
 
En tout cas, j’ai été frappée de voir certaines personnes très investies dans la campagne pour l’élection municipale ne pas comprendre l’intérêt d’aller voter pour l’élection européenne. Au moment des municipales, j’avais souligné, avec d’autres, cette perception de la commune comme rempart. Pour filer la métaphore, il est difficile de faire comprendre qu’il s’agit d’un rempart dont les fondations sont de plus en plus fragiles, si on ne change pas les orientations prises dans le pays et en Europe.
 
Au niveau local, nous allons être condamnés à l’impuissance et les citoyens nous reprocheront – à raison ! – cette impuissance, sans saisir qu’ils en sont aussi responsables. Voilà le difficile mandat qui est le nôtre : continuer de mener et, si possible, de développer des politiques solidaires, utiles au plus grand nombre, tout en faisant progresser la conscience d’un système qui ne tourne pas rond et d’une responsabilité collective pour le remettre à l’endroit.
 
Dans mes nouvelles fonctions, qui me mettent notamment en contact avec de nombreuses associations locales, j’ai décidé de ne pas cacher les difficultés auxquelles nous faisons face, d’une part parce que la situation ne m’en laisse pas vraiment le choix (nous avons voté un budget avec des lignes de fonctionnement en baisse !) mais aussi car je me dis qu’il existe une seule alternative : soit nous parvenons à transformer les colères, les déceptions que suscite cette situation en mouvement pour le changement, en point de départ pour la mobilisation ; soit il n’y aura de toute façon bientôt plus d’intérêt à être élu local, si tant est qu’on considère que le seul intérêt du mandat électif, c’est la capacité à changer les choses.
 
Dans ce mandat, plus que jamais, je continuerai donc d’être une élue et une militante, une adjointe au Maire consciencieuse et une ouvrière zélée de la construction du Front de gauche, ouverte à la critique, bâtisseuse de petits ponts, à la disposition du rassemblement. Fontenay, qui a placé le Front de gauche en tête des forces politiques à l’issue de l’élection européenne, est un bel endroit pour s’assigner un tel programme.
 

La victoire au coeur lourd

J’ai vécu hier soir une expérience inédite : la victoire au cœur lourd.

Entre la ville où j’ai grandi et celle où je travaille, toutes deux conquises par la droite, et quelques autres encore emportées par la vague bleue, il y avait donc bien Fontenay la rebelle, avec à sa tête le maire le mieux élu du Val-de-Marne.

Pendant que Jean-François Voguet proclamait les résultats, il me coulait des larmes d’émotions mêlées. Je ressentais, bien sûr, la fierté d’avoir participé à cette belle aventure, déjà décrite dans ces lignes et le soulagement d’avoir gagné, après six mois intenses de campagne.

Mais Fontenay n’est pas un îlot et, comme bien des camarades, je ne pouvais me départir d’une certaine tristesse, d’une inquiétude. Au-delà de ma situation personnelle, je pensais aux Maires communistes battus, à la douzaine de villes tombées aux mains du Front national et au paysage politique dans lequel il nous faudra désormais agir.

 

L’analyse de cette séquence électorale prendra un peu de temps et je ne prétends surtout pas la conduire seule ! Néanmoins, à partir de la situation de Fontenay, je me risque à avancer quelques facteurs d’explication, qui pourront nourrir la réflexion collective.

Il y a tout d’abord la popularité de notre Maire, constatée chaque jour de la campagne. Je sais que certains continuent de lui reprocher une certaine distance. En réalité, sa popularité est d’autant plus solide qu’elle se fonde sur le respect et la confiance qu’inspire un homme intègre et jamais sûr de son fait.

Il y a également cette conception particulière du mandat électif, initiée hier par Louis Bayeurte, poursuivie aujourd’hui par Jean-François Voguet, qui veut que les élu-e-s soient très présents sur le terrain, dans les initiatives municipales ou associatives, dans leurs quartiers respectifs, à la mairie… Nous devons cette disponibilité à nos concitoyens. Mais c’est aussi ce qui nous permet d’être toujours attentifs – et, si possible, réactifs – à ce qui se vit, se dit, s’échange dans la ville. Je crois que cette présence, intense et continue, est mise à notre crédit.

Il faut ajouter que cette présence a d’autant plus de poids que le Maire n’hésite pas à déléguer les responsabilités, dans un cadre collectif de fonctionnement. Ca aide à trouver sa place, à se sentir légitime pour aller dans tel ou tel endroit et, bien sûr, pour prendre des décisions et agir.

 

Pour en venir à des éléments pour une analyse plus globale, il semble acquis que la politique nationale a très fortement pesé dans le vote – et plus que je ne l’avais imaginé. Pour ma part, je pensais le rassemblement possible avec le Parti socialiste, malgré mon opposition à la politique gouvernementale, car je croyais que les choix des électeurs seraient avant tout guidés par des considérations locales. Je reconnais m’être trompée sur ce point. Cela laisse ouvert en entier le chantier de la reconstruction de la gauche.  

Pourquoi, dans ce contexte, les maires communistes ont-ils connu des fortunes si diverses, avec plusieurs pertes lourdes et symboliques en banlieue (Bobigny, Saint-Ouen, Villejuif…) au profit de la droite, que ne compensent pas les victoires à Aubervilliers et Montreuil (déjà à gauche) ?  Sans doute avons-nous bénéficié à Fontenay d’un contexte un peu moins dur qu’ailleurs – contexte qui n’est pas déconnecté, soit dit en passant, des choix politiques qui ont été faits dans cette ville depuis cinquante ans.

En tout cas, dans des villes moins mixtes socialement que la nôtre, plus pauvres également, il semble que les politiques municipales, même frappées du sceau de la solidarité et de la justice sociale, aient plus vite atteint leurs limites. Les réponses, mais aussi les perspectives données,  n’ont pas semblé suffisantes. Là où ce sentiment d’insuffisance aurait pu (aurait dû) aboutir à une démarche de construction et de mobilisation collective avec les équipes municipales en place, les Maires et les équipes sortants, mis en difficulté ou battus, ont été au contraire accusés d’éloignement, de déconnexion…

A Fontenay, sans céder aux promesses faciles (la pression était par exemple forte sur la police municipale), il me semble que nous avons réussi à faire passer le message, évidemment de façon partielle et inachevée, que la réalisation de notre programme ne serait possible qu’avec une mobilisation citoyenne d’ampleur.

C’est à cette mobilisation, alliant luttes sociales et engagement politique, que le Front de gauche doit œuvrer – sans pour autant chercher à l’encadrer, voire à la contenir complètement – s’il veut contribuer à la reconstruction de la gauche, perspective indispensable pour qui rêve encore à des jours « couleur d’orange » !

Donner une belle victoire à la gauche le 30 mars !

48 heures après le premier tour des élections municipales, certains enseignements semblent clairs : un vote-sanction contre le Gouvernement, en particulier dirigé contre le Parti socialiste (et dont pâtissent les autres forces de gauche, à commencer par le PCF-Front de gauche, quand elles lui sont alliées) ; une abstention élevée, notamment dans les quartiers populaires ; une droite en reconquête ; un Front national en progression (même si cette progression devra aussi se jauger en nombre de voix) et un certain nombre de villes de gauche qui ne seront « sauvées » dimanche prochain qu’au prix de triangulaires avec ledit Front national.

A Fontenay, au regard de tous ces paramètres, on apprécie d’autant mieux le beau score réalisé par la liste « Fontenay pour tous », qui recueille 48,4% des suffrages exprimés, soit 8055 voix, loin devant la droite (30,31%), le Parti socialiste (13,05%) et la liste de centre-droit (8,22%). En revanche, on ne peut se féliciter du taux de participation (52,10%), en baisse par rapport en 2008 (-2,66%) et légèrement en-dessous du taux de participation départemental (52,78%). Cependant, je note que la participation a été meilleure à Fontenay que dans la plupart des villes populaires du département (par exemple, l’abstention a largement passé la barre des 50% à Vitry et à Créteil et, dans une moindre mesure à Ivry et à Villejuif).

Les nombreuses discussions au porte-à-porte, dans les points de rencontre qui nous ont permis de convaincre certains abstentionnistes et de gagner des voix, une par une, ont sans doute porté leurs fruits. L’abstention reste néanmoins très élevée dans certains bureaux de la ville, implantés dans les quartiers les plus populaires (La Redoute, une partie des Larris, de Bois Cadet et de Jean Zay) mais, dans ces mêmes bureaux, les électeurs qui se sont déplacés ont massivement placé en tête la liste « Fontenay pour tous » (qui y dépasse largement les 50%, voire les 60%), nous accordant une confiance qui nous oblige et qui constitue – doit constituer – un socle pour l’avenir.

Comme je l’écrivais dans un précédent billet, cette campagne nous a en effet permis de déployer une dynamique et un engagement citoyens inédits. Il ne s’agit pas de les mettre sous cloche jusqu’à la prochaine fois… ce serait d’ailleurs difficile ! Par contre, il nous appartient de donner à cet engagement citoyen un espace pour grandir, s’affirmer, y compris en nous bousculant ! Bien sûr, nous devrons innover pour être une ville vraiment citoyenne, avec des pratiques démocratiques renforcées. De sujets apparemment techniques (la Métropole du Grand Paris, les règles locales d’urbanisme…), il nous faudra faire des enjeux de mobilisation populaire. C’est à ce prix que nous pourrons mettre en oeuvre le programme que nous proposons aux électrices et électeurs.

Mais j’y reviendrai une fois que nous serons élus… car il reste encore le deuxième tour ! Et ce n’est jamais une formalité, même si la droite ne semble pas en position de reconquête. En effet, elle perd en pourcentage (-2,35%) et en voix (-560 voix) par rapport à 2008, dans un contexte national pourtant plus favorable pour elle. Sans doute la liste conduite par Murielle Michon a-t-elle capté une partie de son électorat : à ce sujet, et bien que la tête de liste elle-même n’ait pas donné de consigne de vote, l’appel sans conditions et sans délais du MODEM, qui soutenait cette liste, à voter pour le candidat de droite aura eu raison des illusions des quelques-uns qui pensaient trouver là une alternative « ni de gauche, ni de droite ».

Quant au score du Parti socialiste (13,05%), il se passe de commentaires trop longs.  La déception affichée par M. Bédouret et ses colistiers, qui espéraient  »donner un nouvel élan à Fontenay » et, pour cela lui offrir un maire socialiste, en dit déjà beaucoup du décalage qu’il y a entre les aspirations populaires et les pratiques et solutions qu’une partie des responsables socialistes s’obstinent à proposer.  M. Bédouret a choisi de se contenter d’un appel à battre la droite, sans fusion des listes : je crois que ce choix convient au plus grand nombre des militant-e-s, tant la gestion municipale et la campagne agressive du Parti socialiste, en plus de nos graves divergences au plan national, nous avaient éloignés ces derniers mois.

Je pense néanmoins aux 2173 électeurs socialistes : pour moi, ils continuent de représenter une force vivante de la gauche. Je vois dans leur vote l’expression d’un attachement au pluralisme, qui caractérise l’histoire et l’identité de notre ville depuis 49 ans. A l’aube du second tour, je ne doute pas que la majorité d’entre eux saura apprécier le renouvellement, la diversité des parcours et des sensibilités que porte notre liste conduite par un homme intègre et expérimenté et qu’ils sauront reconnaître, dans le programme « Fontenay pour tous », les valeurs de gauche qui sont notre bien commun et notre seule issue dans le marasme actuel.

En avant, donc, pour donner à la gauche solidaire, écologiste et citoyenne, une belle victoire, dimanche 30 mars, à Fontenay !

Quelques réflexions sur notre campagne… avant le verdict des urnes

Il est toujours délicat de se livrer à l’exercice des pronostics quelques jours avant une élection. Entre ce que l’on sent, ce que l’on espère et ce que l’on craint, il y a quelquefois des marges difficiles à apprécier. Il me semble par contre à la fois assez intéressant et honnête de s’essayer à livrer quelques analyses sur la campagne électorale… avant le verdict des urnes. Je me lance, donc !

D’un point de vue interne, quoique large (puisque plusieurs centaines de personnes se sont impliquées de façon active dans la campagne), je trouve que nous avons réellement passé un cap dans l’engagement citoyen. Nous avons bien sûr à Fontenay une longue tradition (plus ancienne que moi !) de mobilisation, en particulier quand il s’agit de défendre les intérêts de « notre » ville.

Les jeunes à la MilongaDans cette campagne, nous avons cependant poussé plus loin le processus : aux côtés des militant-e-s adhérents d’un parti politique, les citoyen-ne-s non « encartés », désireux de s’impliquer dans la dynamique « Fontenay pour tous », n’ont pas été seulement invités à assister à des réunions ou à fournir « la main-d’œuvre » toujours nécessaire pour l’organisation pratique des initiatives.

Ils ont pu directement contribuer à l’élaboration du programme, en assistant aux ateliers mais aussi en participant à leur préparation et à leur animation. Sur le terrain, les militant-e-s communistes ont largement organisé le « porte-à-porte » mais ils ont pu compter sur des renforts venus d’autres organisations et des rangs citoyens. Ainsi, les pratiques et les expériences ont circulé, se sont diffusées.

Je vois plusieurs explications à cette belle dynamique collective.

« Fontenay pour tous » s’est donnée des règles de fonctionnement relativement exemplaires : l’ensemble des composantes a été associé à toutes les phases de discussion et de négociation, qu’il s’agisse du programme (en particulier dans la phase de synthèse), de la constitution de la liste et de la rédaction de l’accord final. Dans les instances de concertation et de décision, jusqu’au collectif électoral, les citoyen-ne-s ont été représentés, ainsi bien sûr que l’ensemble des composantes de « Fontenay pour tous ».

4 mars - Salle deboutJe crois aussi que chacun, individu et composante, se sent lié par la démarche dont nous étions convenus au départ : nous mettre d’accord sur les contenus pour constituer le socle de notre rassemblement. Le socle ayant ainsi été bâti de façon solide, chacun y est arrimé de façon solidaire. Bien sûr, chaque organisation politique garde sa place et saura, à l’avenir, faire valoir ses idées et ses différences. Mais il me semble que nous avons de quoi faire fonctionner la potentielle future majorité municipale de façon intelligente et partagée, d’autant que la liste reflète de belle façon notre diversité.

Dans cette réussite, je crois que la construction « Front de gauche » a joué un rôle : je parle de « construction » car le Front de gauche constitue à mon sens une démarche inachevée (un « work in progress »), qui a d’ailleurs montré des imperfections au niveau local (concernant notre processus interne de désignation des candidat-e-s) et qui tangue quelque peu au niveau national (je n’y reviens pas pour le moment). Mais je crois que cette construction nous a déjà fait progresser vers des modes d’échanges et de décision plus démocratiques.

Alors, tout n’est pas parfait, loin de là… Mais cette construction collective, citoyenne et enthousiaste, nous a donné du cœur à l’ouvrage pour multiplier les temps de rencontre et d’échanges avec la population, à un niveau rarement atteint (ce sont les plus anciens qui le disent !), qu’il s’agisse des rencontres au porte-à-porte (dans les quartiers Bois Cadet, Larris, Jean Zay, Pasteur…, l’ensemble des immeubles a été visité au moins une fois !), des ateliers pour construire le programme, des points de rencontre, des repas solidaires ou des initiatives centrales…

Il fallait bien cela pour avoir encore envie de faire de la politique, au sens le plus noble du terme, dans un climat morose. Il ressort en effet de nos multiples rencontres un fort sentiment d’abattement, là où nous préfèrerions trouver de la colère. Les gens semblent peu enclins à se battre, certains rejettent en bloc les « politiciens » et ne veulent pas voter.

Paradoxalement, et c’est ce qui fait tout l’intérêt d’une campagne pour les élections municipales, le Maire est attendu comme le seul à pouvoir résoudre bien des maux. Cela suscite un certain nombre d’attentes déçues (sur le logement, sur l’emploi, sur la sécurité…), sans pour autant que les discours démagogiques de nos adversaires sur ces sujets aient beaucoup de prise. Nombreux sont aussi les habitant-e-s qui nous ont témoigné de leur attachement à leur Maire et à leur ville.

Distribution Patinoire 15 marsCertains diront peut-être qu’il n’y a là qu’une reconnaissance du ventre ou un attachement dépourvu de toute forme de politisation (le Maire reste l’élu préféré des Français, toutes tendances politiques confondues). Pour ma part, j’y vois tout d’abord un manifeste silencieux en faveur de la démocratie de proximité, aujourd’hui largement remise en cause et attaquée.

Et c’est d’abord cette exigence démocratique et citoyenne que j’ai la volonté de porter, dans le fond et dans la forme, si les électeurs nous font l’honneur, avec Jean-François Voguet et tous les candidat-e-s de la liste « Fontenay pour tous », de nous confirmer à la tête de la ville.

8 mars : défendre nos conquêtes, gagner de nouveaux droits envers et contre tout(s) !

Je publie ci-dessous quelques extraits de l’intervention que j’ai prononcée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes :

Nous arrivons au terme du mandat municipal et c’est donc la sixième fois que je prends la parole devant vous à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Je le fais toujours avec beaucoup de plaisir et, cette année, avec une émotion particulière.

Malheureusement, en six ans, la nécessité d’agir pour les droits des femmes et pour l’égalité ne s’est pas atténuée, au contraire. En 2008, la crise économique commençait. Ce n’est pas cette crise qui a créé les inégalités entre les femmes et les hommes mais elle les a encore aggravées.

[...]

Malgré la bonne volonté affichée par le ministère des droits des femmes, il y a peu de chances que la situation s’améliore si le Gouvernement persiste dans la voie de l’austérité et de la réduction de la dépense publique. Car moins de dépenses publiques, c’est forcément moins de crèches, moins de prestations sociales…, en bref, moins de services publics pour accompagner les femmes dans leur quête d’autonomie et d’égalité.

Bien sûr, je l’ai dit, la crise n’est pas la responsable de tous les maux des femmes. Les racines des inégalités entre les femmes et les hommes sont profondément ancrées au cœur de nos sociétés, de nos pratiques sociales et culturelles et doivent interroger chacune et chacun d’entre nous.

[...]

A l’occasion du débat sur le mariage pour tous et, plus récemment, à propos des « ABCD de l’égalité » à l’école qui visent à sensibiliser les enfants à l’égalité entre les filles et les garçons, les discours les plus conservateurs, les plus archaïques se sont en effet libérés.

L’égalité fait peur car elle est un puissant facteur d’émancipation pour tous les individus. Car l’égalité, c’est la liberté pour chaque individu, homme ou femme, de vivre sa vie personnelle, amoureuse, sociale, professionnelle, comme il ou elle l’entend.

Alors, dans tout ça, que peut faire une Ville comme la nôtre pour améliorer la condition des femmes et progresser dans le sens de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

[...]

Il est un domaine, en particulier, dans lequel je suis fière des progrès que nous avons faits : il s’agit de l’accompagnement des femmes victimes de violences. Nous avons travaillé sur l’accueil coordonné au sein des services municipaux, nous en avons fait un critère d’accès prioritaire au logement, nous avons soutenu l’ouverture d’appartements-relais dans la ville, nous avons renforcé les partenariats avec les associations locales qui travaillent dans ce domaine.

Le chemin est encore long pour éradiquer ce fléau des violences faites aux femmes. Je n’oublie pas Tanja, morte à Fontenay il y a quatre ans sous les coups de son ex-compagnon. Je pense à toutes ces femmes, rencontrées depuis six ans, qui ont poussé ma porte, ou celle de mes collègues, pour venir trouver de l’aide quand elles ont décidé de briser la spirale de la violence. Nous avons pu en aider certaines, même si nous avons quelquefois été confrontés à un grand sentiment d’impuissance. Je pense aussi à toutes ces femmes qui n’ont pas encore pu parler : je leur souhaite du courage et je leur dis que nous nous tiendrons à leurs côtés.

[...]

Il y a six ans, quand le Maire m’a proposé de prendre en charge la délégation aux droits des femmes, j’avoue que je n’avais pas forcément conscience de tous les combats qu’il y avait encore à mener pour atteindre l’égalité.

J’étais une jeune femme attachée à sa liberté et à ses droits. J’ai compris que ces droits n’étaient pas des acquis mais des conquêtes. J’ai mieux pris conscience des discriminations que nous continuons de subir en tant que femmes. On nous demande encore de faire nos preuves en nous adaptant à un monde pensé par et pour les hommes.

Je crois qu’il ne faut pas céder : il ne faut pas nous adapter à ce monde mais changer le monde à notre façon, pour en faire un monde d’égalité et de liberté. Les hommes nous diront « merci »… et peut-être même qu’ils nous aideront !